Attention celui-là est un peu long… alors j’y vais:
Ne dites pas à vos élèves qu’ils sont cutes, s’il vous plaît. Peu importe la raison. C’est ce qui m’est arrivé. Je me suis fait dire que mon chien et moi étions beaucoup trop cutes. C’est arrivé après que je me sois fait taquiner durant les deux cours précédents. Même si ça peut être bien intentionné, même si ça peut sembler gentil parce que c’est un compliment. Ce n’est pas une bonne idée.
D’abord, comme j’ai dit, je ne pense pas que l’homme qui a dit ça avait des intentions méchantes. Le fait reste cependant que les élèves ne connaissent pas assez leurs professeurs pour savoir ce qui motive ce genre de commentaire. Est-ce juste mon chien qui est cute? Est-ce qu’il me trouve cute et essaie de le dire à moitié subtilement? Est-ce qu’il essaie d’attirer mon attention parce que j’ai l’air à moitié morte à l’écran? Est-ce un narcissique qui ne supporte pas que je ne le regarde pas avec de grands yeux et que je ne ris pas à toutes ses blagues comme les autres femmes du cours ? Aucune idée. J’en aurais encore moins une idée si j’avais l’âge normal qu’ont les élèves à ce niveau, soit 20-22 ans… Déjà là, c’est compliqué.
Ensuite, il y a le fait que les enseignants ne sont pas supposés commenter l’apparence des élèves. Ça n’a rien à faire dans une salle de classe. J’enseigne depuis 2007, il me semble, et il n’est jamais jamais jamais arrivé une situation où j’aie eu envie et où ça aurait été adéquat de ma part de commenter l’apparence d’une ou d’un élève. Jamais.
Je peux comprendre que quand l’élève a à peu près notre âge, c’est plus risqué de tomber dans la familiarité. Le problème avec ça, c’est que la familiarité c’est une pente assez glissante vers l’ambiguïté. Et l’ambiguïté ça ouvre des portes qui ne devraient pas être ouvertes dans une salle de classe ou dans un lien d’enseignement. Ça fait se poser des questions. Je n’avais pas de question avant la première taquinerie ni après. J’ai commencé à en avoir un peu après la deuxième. Tendu au commentaire sur notre cuteness, j’ai fini par me demander ce qu’il me voulait. Je pense qu’il ne devrait pas y avoir, dans un contexte d’enseignement, une accumulation de familiarités qui brouillent la nature du lien et peuvent créer de la confusion par rapport à ce qui est en train de se passer. Puis après, s’il n’y a rien, c’est on doit en plus se sentir con et avoir honte de s’être posé des questions.
Dans mon cas, ça m’affecte parce que ça fait 25 ans que je suis des cours à l’université et que j’en ai eu plus que ma part des commentaires et des avances déplacées de profs. Vraiment plus que vous pensez en ce moment. Bien sûr la situation présente n’est pas aussi pire que le charge de cours qui appelait chez moi tous les jours pour savoir ce que je portais et chez qui une élève a fait une overdose en portant l’habit de danseuse de son ex. Ce n’est pas aussi pire que le cas de l’humiliation publique et les violence qui s’en sont suivies qui ont fait que j’ai dû changer d’université. Cette expérience là est encore à vif. Ça fait quand même juste deux ans…. Mais ça reste une expérience ambiguë et surprenante dans le cadre d’un cours à l’université.
Si on rajoute à ça l’infinité d’expériences pénibles que j’ai vécues avec les hommes et mon trauma complexe, c’est littéralement la panique que ça peut créer une situation comme ça.
Si on veut aller dans les scénarios possibles, admettons qu’il me trouve cute pour vrai. Ça aurait été correct qu’il me le dise après le cours. Ce n’est plus mon prof. Il n’a pas de pouvoir sur mon cheminement. Il n’a pas d’emprise sur moi. je n’ai pas 20 ans et je ne suis pas super impressionnable parce que pour moi un être humain c’est toujours juste un être humain. Et ce n’est pas interdit à l’université si toutes ces conditions sont réunies. Alors ça aurait pu être ça. Il aurait eu le droit.
Si c’est une personne qui me tolère pas qu’on me soit pas gaga en classe, eh bien c’est égocentrique et un peu vain. Le sentiment de valeur personnelle doit venir de l’intérieur et non de l’approbation extérieure. Si c’est parce qu’il trouve mon chien ou notre lien cute, il fallait le dire comme ça. En ne m’incluant pas.
Maintenant, après avoir dit tout ça, je ne pense pas, comme j’ai dit, que cette personne avait des intentions méchantes comme par exemple de commettre un abus de pouvoir. Je n’ai pas envie de lui faire du mal ni de lui causer des problèmes. Je pense que c’était surtout de la maladresse. C’était quand même important pour moi de le dire parce que ça m’a affectée (même si j’aurais préféré que ça me laisse indifférente ou que ce ne soit pas aussi intense en tout cas), mais aussi parce que ça ne me tente pas qu’il fasse vivre ça à quelqu’un ni qu’il se cause lui-même des problèmes en continuant sur cette voie. Si c’est vraiment inconscient, c’était important qu’il en prenne conscience.
Aussi je ne comprends pas pourquoi les profs me remarquent tout le temps. Je sais que ça a l’air d’un faux problème, mais non. C’est parfois vraiment lourd. Des fois j’aimerais ça juste apprendre sans attirer l’attention et en ayant la paix. J’ai pensé me mettre une cagoule et à Cassius aussi, mais je pense que nous serions juste plus cutes. Je ne pense pas ouvrir ma caméra cette session à moins de ne pas avoir le choix. Je pense que ça me donnera une pause d’attention même si je risque de me sentir plus seule.
Pour ce qui est des remarques comme quoi je tourne tout en noir. D’abord, ce n’est pas ce que je fais. L’explication nuancée que je viens de fournir montre que j’ai examiné plusieurs points de vue et plusieurs raisons et motifs de la situation. (Il y en a plus en fait, mais ce serait trop long et il faut quand même que j’aille dormir un jour.) Ensuite, c’est extrêmement condescendant. Les femmes n’ont pas à être heureuses de tous les compliments qu’on leur fait tout simplement parce qu’on leur fait un compliment. Tous les compliments ne sont pas faits par gentillesse dans la vie et, surtout, je n’avais rien demandé à cet homme. J’ai aussi une histoire personnelle dans laquelle ce n’est jamais arrivé que des hommes hétérosexuels que je ne connais pas bien me fassent des compliments sans qu’il y ait une intention derrière, que celle-ci soit bonne ou mauvaise. C’est peut-être difficile à comprendre pour certaines personnes, mais c’est ma réalité.
Ensuite, j’aimerais ça qu’on arrête de me dire des conneries quand on ne sait pas du tout ce que je vis. Le jour où vous aurez été violée deux fois inconsciente, que vous aurez grandi avec un narcissique pendant des années à subir du gaslighting, de la manipulation, de harcèlement et… et ensuite endurer les mêmes maudites affaires de vos premiers conjoints et de malades croisés ici et là et que vous souffrirez de trauma complexe, de stress post traumatique et de dépression, vous aurez le droit de venir critiquer ma vie. D’ici-là, vous n’avez aucune idée de quoi vous parlez et minimiser ce que j’ai vécu ou les symptômes de ma conditions c’est de la violence.
Non, je ne me pose pas trop de questions. Si les gens se posaient plus de questions il ne feraient et diraient pas n’importe quoi et beaucoup moins de personnes seraient blessées dans la vie.
Non, je ne rumine pas. Je subis des pensées intrusives. Ce sont des choses complètement différentes. On ne peut pas juste « se changer les idées à volonté » quand on a des pensées et des souvenirs qui surgissent sans arrêt à cause des traumatismes vécues.
Non, je ne suis pas négative. Je suis sans arrêt dans l’apprentissage, la remise en question de mes croyances constante, la construction de projets et… Je remonte aussi en selle après chaque coup dur. Si vous ne voyez pas qu’arriver à faire ce que j’ai fait de ma vie malgré tout ce que j’ai traversé c’est faire preuve d’une résilience et d’une force exceptionnelles, vous êtes aveugles.
Ce sera plus intelligent de poser des questions sur ma condition au lieu de me juger, mais aussi de comprendre que j’aimerais vraiment ça ne pas être aussi maganée par mes expériences de vie et ne pas faire des crises de panique ni de l’anxiété quand on me fait un compliment. C’est le résultat d’une accumulation de traumas graves. Ce n’est absolument pas un choix.
J’ai besoin d’expériences positives et de respect. De beaucoup d’expériences positives et de respect. De curiosité aussi. Pas de violence supplémentaire.
Bon. J’aurais encore des choses à dire, mais je suis fatiguée. Alors au lit.
On donne des points à ce prof pour avoir répondu et pour l’avoir fait assez décemment. C’est déjà plus que bien des hommes qui sont passés dans ma vie. Je pense qu’il aura réfléchi et c’est ce que je voulais. Pas être négative, non… juste construire.
Les plus cutes, malgré tout:
