Ce n’est pas une question de faire un Power trip ou quoi que ce soit du genre avec mon élève. Ni de ne pas être assez humaine. Quand je dis d’éduquer vos enfants, je veux dire que mes élèves ont 19-20 ans en moyenne et que je ne devrais pas être la première à leur dire non ni à leur faire comprendre que leurs comportements affectent les autres, qu’ils n’ont pas droit à un traitement de faveur dans la société et qu’ils ne sont pas autorisés à donner des ordres à tous les êtres humains qu’ils rencontrent comme si nous étions à leur service. Si j’avais voulu des enfants j’en aurais eu. Si j’avais eu des enfants je leur aurais appris ces choses parce que pour moi ce sont des notions fondamentales de la vie en société, un respect de base finalement, un début de conscience de l’autre.
Cette élève est intelligente et débrouillarde. Le problème réside en bonne partie dans le fait que ces dernières semaines je l’ai vue faire toutes sortes d’activités dans les corridors à des moments où elle aurait dû être en classe et qu’elle avait l’air d’avoir beaucoup d’énergie… Ce type de situation m’arrive très rarement et je déteste quand elles se produisent, mais il me semble nécessaire de maintenir ma position. Sinon j’aurais l’impression de contribuer à la montée des traits narcissiques dans la société… et j’aurais l’impression de nourrir des personnes qui deviendront comme les personnes qui m’ont méprisée et maltraitée toute ma vie. Des personnes qui pensent que c’est leur droit de faire du mal aux autres et d’essayer de les contrôler pour cacher leur comportement plutôt que de simplement faire un travail sur elles-mêmes. Je n’ai clairement aucune envie de participer à la fabrication de ces personnes et je ne suis pas responsable du manque d’organisation de l’élève. Je n’ai pas non plus à faire passer mes autres élèves en second pour elle.
Je fais déjà aussi beaucoup d’éducation, mais c’est celle que je choisis et celle qui correspond aux attentes du ministère. Je me suis fait dire merci tellement de fois cette session… Merci madame d’être la première personne à nous parler franchement des violences psychologiques et sexuelles depuis le début de notre scolarité… on a les réseaux sociaux mais personne ne veux jamais nous en parler. C’est de ça que je me fais remercier. Et non, mes élèves ne sont pas traumatisés par ce que je leur fais lire. Ils en veulent plus. Je leur ai demandé ce dont ils aimeraient qu’on leur parle plus et ils m’ont répondu de continuer à parler des mêmes sujets, mais aussi de l’anxiété et du suicide… c’est ça qu’ils veulent. C’est ça qui leur fait mal et qu’ils veulent comprendre pour pouvoir le dépasser. J’attendrai d’être plus formée sur la question du suicide, mais je le ferai, oui.
Dans un autre ordre d’idées, j’ai adoré regarder l’actualité ces derniers jours… Les innombrables façons de répondre à Brigitte Macron me font beaucoup sourire. Les avancées sur le contrôle coercitif aussi d’ailleurs.
Sale conne je suis et sale conne je resterai si c’est comme ça qu’on appelle les féministes aujourd’hui… mais ça revient à ce que je disais au début… à quel point faut-il se penser spéciale et au-dessus des autres pour qualifier de sales connes les femmes qui se battent pour leurs droits et pour la fin de la violence?
La sale conne va aller donner sa dernière heure de cours, puis rentrer, corriger, étudier, puis être en vacances et créer des choses, écriture, aller voir les expos de Monkman et Sherlock Holmes, lire à l’infini, dormir et jouer avec les chiens et…
À plus!
