Je suis allée me faire masser. Ça a fait du bien mais ça a fait remonter beaucoup de tristesse aussi. Des choses que j’ai vécues il y a un moment. Je ne sais pas trop pourquoi mais ces jours-ci ça remonte à chaque fois que je prends un peu de temps pour me faire du bien. Paf! Souvenir d’une trahison, d’une amitié déçue, de la découverte d’une hypocrisie… Je ne sais plus trop comment être en relation avec des humains. Est-ce qu’il y a un point où cela devient vraiment impossible de renouer des liens? Je ne sais pas. Je sais juste que je ne me sens pas bien avec les autres depuis un moment.
Je suis prête à retourner au travail après tous ces jours à la maison. J’aimerais mieux travailler de chez moi, mais disons que je me sens ok pour un retour en classe. Je me sens prête aussi à mentionner les choses qui me dérangent aux personnes qui me font toujours des commentaires déplacés. Je me demande cependant pourquoi j’ai à faire ça et pourquoi les gens ont ces pensées et en plus font ces commentaires. Mes élèves étaient partis en grève avant la semaine de « relâche » et n’avaient pas fini d’écrire leur épreuve de mi-session. Je vais donc crouler sous les corrections durant les prochains jours, mais c’est la vie.
Je ne sais pas si je continuerai à enseigner. Certains jours j’les ai envie et d’autres non. J’aimerais peut-être travailler en intervention. Je comprends qu’enseigner est une bonne chose. C’est juste que la société change. Mes valeurs s’éloignent de plus en plus de la direction que la société prend. Parfois les soucis des personnes privilégiées me tapent vraiment sur les nerfs. Comment peut-on faire une crise parce qu’on n’a pas le bureau qu’on veut pendant une session alors qu’il y a des gens qui dorment dans des tentes? Et d’autres qui ont le cancer… Je suis à fond pour la recherche de savoir et le fait d’apprendre. Je suis contre l’élitisme qui vient souvent avec les milieux académiques. Contre le snobisme superficiel qui se raconte qu’il est supérieur et bien pensant. À voir aussi comment les gens rechignent de plus en plus à lire, je me demande si je ne serais pas plus utile ailleurs… dans un endroit où les gens ont d’autres types de problèmes que celui de vouloir écraser les autres pour se faire voir… Je suis une bonne prof, je le sais. Je ne suis peut-être plus à ma place dans cet environnement précis.
Ce n’est toujours pas plus clair comme vous voyez. Je cherche encore où me lancer dans l’avenir.
J’ai pris une petite pause de l’écriture de mon livre pour écrire un texte pour la revue féministe à laquelle je participe. J’ai fini. J’écris maintenant une nouvelle qui se passe en prison. Après je vais plancher sur mon livre jusqu’à la fin de l’année.
C’est une bien drôle d’époque, je trouve. Les gens sont perdus, incluant moi. J’apprécie le fait que je commence à mieux me connaître malgré tout. J’ai l’impression qu’une bonne partie de ma vie s’est envolée dans les traumatismes. Il faudra vivre plus.
