C’est moins difficile (2)

Mon psy pense que je suis en train de digérer certains traumatismes que j’ai vécus enfant et adolescente à Québec et que c’est une partie de ce que je ressens en ce moment pour ma ville d’origine. Je pense que c’est en partie vrai. Ça m’a fait bizarre, en regardant la série dont je parlais dans le dernier billet, de voir des images vidéos du mail St-Roch. La dernière fois que je suis entrée dans cet endroit j’avais 14 ans et je cherchais un endroit pour me cacher pour consommer. Ca m’a fait très étrange de le voir revivre. Ca fait des années que le toit a été enlevé et que c’est devenu une rue commerciale plus bourgeoise et gentrifiée… alors que c’était autrefois un endroit où s’entassait une bonne partie devenue la misère humaine… Je dois encore réfléchir à tout ça. J’ai réalisé aussi que plusieurs maisons du quartier où j’habite maintenant ont l’architecture des maisons d’une partie de la Haute-Ville de Québec. Je me demande si ce n’est pas en partie pour ça que j’ai tant aimé ce quartier. Je suis revenue m’installer dans ce qui était familier.

J’ai fini mon travail sur le schizophrène voyeur pyromane meurtrier de Québec. Toute un mélange, oui. J’ai trouvé ça super intéressant. J’aimerais que ce soit ça mon travail. Analyser et expliquer. Il y a des gens qui détestent faire ce genre de travail. Moi j’adore. Je perds toute notion du temps et de l’effort en m’enfonçant dans les explications des phénomènes, de pourquoi une chose est de la violence, de pourquoi une personne est devenue comme elle est et… Je trouve ça fascinant. Ça m’a absorbée plusieurs jours. Je pense que plusieurs personnes se diraient que ce n’est pas une bonne activité estivale, mais je ne suis pas d’accord. Je pense que tout cela me répare. Je pense que mon cerveau se sent enfin vivant et fonctionne comme il le doit quand il fait ces choses. Ça me rend heureuse. C’est ce que je ressentais, de la joie, en travaillant à rattacher tous les fils qui composaient cet homme et ses victimes.

Je suis allée à la dernière réunion donc je suis officiellement en congé. J’y suis allée pour faire exactement la chose que j’y ai faite et je suis fière de ce que j’ai fait. Il y avait une proposition visant à donner la parole à plus de personnes. Je savais que beaucoup de personnes se braqueraient, alors je suis allée pour la soutenir. À un moment une personne a mentionné qu’elle serait surprise que quelqu’un puisse ne pas se sentir libre de parler sans notre tellement ouvert et bienveillant département. Ça m’a fait comme une claque dans la face. Vous vous souvenez peut-être que quand j’avais le harceleur, que j’ai vécu l’humiliation publique à l’université et tout le processus après, que j’ai commencé à prendre les traitements pour le système nerveux qui me vidaient le corps à chaque matin, m’empêchant parfois même de sortir de chez moi le matin… eh bien quand il se passait tout ça, j’avais en plus toujours peur d’aller travailler parce qu’une de mes collègues avait la bonne idée de me faire vivre de la violence psychologique et du harcèlent en essayant de me convaincre que je n’étais pas intelligente et que je ne faisais jamais rien… Cette session là je ne sais plus combien de fois je me suis dit qu’il serait plus facile de mourir et que je ne m’en sortirais pas. J’ai survécu, oui. Parce que je suis forte. Mais quand même… bienveillance mon cul! Enfin… j’ai trouvé le courage de lever la main et de dire que c’était faux d’affirmer que tout le monde était bienveillant au département et que nous nous sentions tous libres de parler. Et j’ai expliqué mon point mais je vois épargne les détails. Après il y a eu un silence et les gens ont voté en faveur de la proposition. J’étais fière de moi. Ma voix tremblait. Je pense que les gens pensaient que j’allais pleurer, mais j’étais en fait enragée. J’avais envie de cracher tout ce que j’avais subi dans ce lieu, mais je savais que ce n’était pas une bonne idée et que les gens se fermeraient. Alors je suis restée polie et posée. Après j’ai filé à la pause. J’avais une conférence qui m’intéressait plus à aller écouter. Ça m’a fait du bien. Une collègue m’a écrit qu’elle était vraiment fière de moi.

Ça n’existe pas les groupes humains dans lesquels tout le monde est bienveillants et où personne n’a de problèmes psychologiques hérités de son éducation ou des événements de la vie. Si ça existait, il faudrait écrire au Vatican pour faire canoniser ce lieu comme saint et miraculeux. Ça n’arrivera pas.

Faire semblant que tout va bien dans un groupe, ça se nomme la pseudo mutualité. C’est la mère d’une famille toxique qui dit qu’on est si bien ensemble alors que tout les même des de la familles rêvent de fuir. C’est ma collègue qui se raconte qu’il n’ya a aucune violence au travail. C’est la mairesse qui pense que les toxicomane et les itinérants vont disparaître sous les fleurs… ça peut être fait par des hommes aussi. C’est une attitude vraiment malsain qui est un terreau très fertile pour les troubles mentaux. Imaginez comment je me sens au travail quand je subis du harcèlement et qu’on essaie de me faire croire à cote que tout le monde il est merveilleux et gentil… bonjour les sentiments d’anormalité, de faute, de honte, de perte d’estime et de confiance en soi et…

Je suis fière de moi.

Je suis aussi très heureuse d’avoir accumulé toutes les connaissances ces que j’ai.

Bon. Je vais au lit. Ça plus le travail universitaire que j’ai fini, ça m’a épuisée.

Mais je vais mieux… oui oui.

Une petite photo d’Hannah-Loup réfléchissant à un plan pour pouvoir jouer toute la vie:

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