Il y a toujours des personnes qui me trouvent dure quand je parle des personnes qui consomment donc je me sens encore obligée de préciser certaines choses. Non, la consommation ne fait pas d’une personne une mauvaise personne. La consommation est un choix. Malgré les personnes qui disent que c’est génétique, il y a quand même un choix qui est fait. On a toujours le choix de se battre contre quelque chose qui nous arrive ou dont on est porteur ou pas, que ce soit notre faute ou pas. Je me bats tous les jours contre les effets secondaires des violences que j’ai vécues. Même si elles ne sont pas ma faute, oui.
Choisir de consommer, c’est choisir d’éviter. C’est aussi choisir de s’absenter, face aux autres et face à soi-même. Je ne parle pas des personnes qui prennent un verre ici et là. Je parle des personnes qui ne consomment pas assez pour ne pas être capables de travailler, mais qui sont incapables de passer une journée sans consommer. Ceux qui sont rendus à la rue et ne vivent que pour ça, c’est encore une autre catégorie dont je ne parle pas ici.
Et oui, souvent, parce qu’elles ne ressentent pas vraiment leurs émotions et parce que leur conscience est altérée, ces personnes blessent souvent d’autres personnes, qu’elles soient fondamentalement gentilles ou pas. C’est un fait. La bullshit voulant que ça ne soit pas très grave est juste ça, de la bullshit. Consommer ça empêche ou freine considérablement le développement de certaines parties de soi.
Quand ça fait dix, vingt, trente ans… le cerveau est affecté, oui… et il y a plein de blessés derrière. Dont moi. La supposée ouverture d’esprit liée à la consommation de drogues ou d’alcool est plus souvent un refus de penser, un refus d’être responsable de ce que l’on fait, du tort qu’on cause. Un refus de voir la réalité en face. Un refus de vivre.
Je n’ai toujours pas compris pourquoi tant de personnes étaient surprises de la fin de mon ex. N’avez-vous pas vu qu’il se tuait déjà à petit feu depuis entre vingt et trente ans? N’avez-vous pas vu qu’il était en dépression depuis plus que quinze ans? Toujours plus creux, avec quelques diversions ici et là le maintenant à flot… Que quand il n’a plus pu en imaginer, de diversions, il n’y avait plus de vie… sans compter qu’il a peut-être appris qu’il avait une maladie incurable… parce que c’est à son âge que ça commence à lâcher les organes comme le foie quand on les imbibe trop d’alcool. Mais les gens préfèrent penser que ce sont des fuckés… des perdus… mais qui s’amusent au moins.
S, comme le décédé, n’était pas capable de présence à lui-même ni à moi. Quand on se fait du mal à soi-même, on en fait souvent aux autres. Quand on a mal et qu’on ne s’en occupe pas, on finit par faire aussi mal qu’on a mal aux autres. souvent ils s’aveuglent encore plus en attribuant à la substance des pouvoirs qu’elle n’a pas. Elle tue. C’est tout, Ce n’est pas cool non.
Il s’était excusé, S… mais il ne savait pas pourquoi. Il ne se souvenait pas assez et n’était pas assez présent pour savoir ce qu’il avait fait. Trop de mécanismes d’évitement et de déni. C’est ce que ça fait. Une partie de moi voit quand même qu’une partie de lui avait assez bon cœur pour comprendre qu’il n’avait blessée… mais ce n’était pas assez. Je m’étais rendue trop loin dans la douleur pour que des excuses floues suffisent. Je ne me connaissais pas très bien. Je n’ai pas toujours bien agi. Je me suis rendue trop loin dans la douleur.
J’ai fini par le chasser en disant que j’appellerais la police s’il m’approchait à nouveau. Ça a fonctionné parce qu’il avait un casier judiciaire. N’allez pas imaginer un caïd… Il avait vendu du pot, très jeune et avait fait de la prison à la maison… mais c’est un peu pour ça que je parlais de la société qui maintient dans une trajectoire… avoir quelque chose comme ça dans ton histoire avant même d’avoir 20 ans, ça bloque pas mal l’avenir.
J’avais dit ça parce que je n’étais plus capable d’avoir mal. Je n’avais pas peur de lui comme j’ai eu peur du voisin, non. J’avais peur de continuer à avoir mal à ce point. Aujourd’hui je ne pense pas que j’appellerais la police contre lui. À moins qu’il ait beaucoup changé et soit devenu pas mal plus effrayant. Peut-être que je pourrai lui dire tout ça et bien d’autres choses un jour… s’il fait de meilleurs choix que d’autres.
Moi aussi j’avais refoulé des trucs quand je buvais souvent. J’en ai eu la preuve durant les dernières semaines. C’est pas mal ça le truc. Ça ne disparaît pas. Ça finit par nous remonter à la figure.
Il m’avait dit qu’il me souhaitait d’être aimée parce que j’étais pleine d’amour. Ça n’est pas arrivé, mais c’était quand même la plus gentille chose qu’un homme m’ait dite jusqu’à tout récemment quand un autre m’a dit qu’il me trouvait inspirante et courageuse.
Je vais avoir besoin de vivre des expériences positives un jour. Je pense qu’il y a juste ça qui finira par me guérir… et même là, je n’oublierai jamais.
Une amie m’avait souhaité des surprises positives aujourd’hui, mais ce n’est pas arrivé.
J’ai passé un jour de Noël tranquille.
J’espère que vous aussi.
À plus!
