Quand je parle des hommes que j’ai aimés, il y a toujours un ou une imbécile pour me dire qu’eux n’auraient pas fait ça pour moi, que j’ai moins d’importance pour eux qu’eux en ont eu pour moi. La vérité c’est qu’on ne sait pas. J’ai revu un homme dont je pensais qu’il ne se souvenait plus de moi qui s’est excusé dix ans plus tard. C’est arrivé plus qu’une fois en fait. Ce n’est pas à vous de décider de l’importance que j’ai pour les autres. La honte fait faire et cacher bien des choses. La vérité c’est aussi que vous montrez ainsi que vous n’êtes capables de bien que si l’on vous le rend. Donnant-donnant. Je ne suis pas comme ça. J’agis en fonction de qui je suis et de ce que je pense que je dois faire. Pas en fonction de ce que les autres feront pour moi ou pas après.
J’ai longtemps espéré que tout s’arrangerait entre nous. Ça n’est pas arrivé. Cette histoire m’a fait tellement mal. Je pleure encore quand je repense à cette douleur. Au nombre de fois où il est venu rôder dans le coin, je pense que ça a dû lui faire mal aussi.
Ça n’aurait pas pu fonctionner. Il aurait eu besoin de travailler sur lui autant que je l’ai fait. Il n’était pas gentil avec mon premier chien. C’était aussi une personne qui attendait que les autres lui posent des limites au lieu de se les imposer lui-même et ça, je n’ai pas de patience pour ça.
C’est quand même avec lui que j’ai passé mon plus beau Noël en compagnie d’un humain. J’en ai passé plusieurs avec les chiens, oui. Ça m’avait beaucoup touché qu’il ait peur que je sois seule à Noël. Il était allé chez ses parents puis revenu. Il ne voulait pas juste coucher avec moi, non. Il ne faut pas comprendre grand-chose aux polytoxicomanes pour penser qu’ils ont une libido élevée et que la chose la plus importante pour eux serait le sexe… C’est aussi à chaque fois diminuer l’importance que j’ai pu avoir pour quelqu’un de toujours ramener ça à cela. Je suis capable de faire la différence. Les hommes qui voulaient juste coucher avec moi ne sont pas mentionnés ici puisqu’ils ne méritent pas une ligne de plus que ce que je viens d’écrire.
Probablement que je parle de lui aussi parce que je pense que c’est un des deux prochains dont j’apprendrai la mort d’une façon ou d’une autre et ça me rendra très triste encore. C’est un de mes fantômes des Noël passés.
Je vais aller me reposer et prendre soin de moi. Noël sera vite passé heureusement. Le mien se fera sous les regards doux des chiens. Je serai au lit et debout tôt parce qu’à la fin, pour moi, c’est un jour comme les autres.
