Le ménage

J’ai failli acheter une maison cette semaine. Une belle petite maison bleue. Un étage et demi. Des fenêtres immenses donnant sur le long terrain étroit à l’arrière, terrain qui débouche sur un petit quai permettant de plonger dans un lac très mignon… Ou en tout cas d’y sauter, histoire de ne pas se casser le cou. C’était dans Lanaudière, pas si loin de Montréal. C’était vraiment joli. Nous aurions été bien là, les chiens et moi. J’ai quand même décidé d’attendre. Je pense qu’on peut sentir l’urgence qui commence à monter en moi. Un énorme besoin de changer d’air. Je vais parler à un conseiller financier dans les prochaines semaines. Pour le moment, mon sentiment de sécurité interne n’est pas assez fort pour supporter ce genre de choix. J’ai fait la Boussole des régions et ça m’envoyait là ou en Gaspésie. On verra!

J’ai croisé le voisin de l’histoire de harcèlement ce matin. Il passait dans la rue. Ça s’est bien passé. Il ne s’est rien passé, à part que j’étais surprise parce que ça faisait plusieurs mois que je ne l’avais pas vu. Je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter pour le moment. Quand même, ça et ce qui est arrivé à mon amie l’autre jour, ça m’a fait me demander pourquoi les personnes qui ne sont pas traumatisées nous en demandent plus qu’elles s’en demandent à elles-mêmes. Ça a l’air d’être vraiment difficile de garder à l’esprit la réalité des autres, ou même de l’imaginer ponctuellement. C’est bizarre. Je suis vraiment tannée de l’égocentrisme et de l’ignorance des autres. On nous demande de penser comme des personnes qui n’auraient jamais été traumatisées et qui auraient en plus le détachement d’individus ayant une pratique de méditation de 15-20 ans… tout ça alors que ces personnes n’en sont pas capables elles-mêmes. J’aimerais vraiment ne jamais être réduite à souhaiter que les gens se fassent casser les jambes, défoncer le cul ou maltraiter et humilier au point de ne plus savoir qui ils sont. Alors il sauraient… mais non. Je ne souhaite pas ça. Il me semble aussi que ça ne devrait pas être si difficile de juste avoir le respect minimal pour ne pas nous traumatiser à nouveau et nous laisser vivre nos vies. C’est long de reconstruire. Infiniment long. On ne redevient pas comme avant après non plus. C’est possible de s’informer, hein? Les violences ne sont pas particulièrement rares dans la société. C’est pas mal sûr que ça va servir un jour ou l’autre.

J’ai recommencé à faire un grand ménage. À la fois de mon appartement et de mes relations. J’ai besoin d’air. On va le faire de façon plus structurée dans mon suivi pour le stress post-traumatique. J’ai besoin de protéger mon espace et ma santé. Sinon c’est épuisant et je suis condamnée à toujours devoir reconstruire les choses que j’avais reconstruites mais qui n’étaient pas encore assez solide pour subir un autre assaut violent. Je sais aussi que j’ai besoin de finir et fermer des projets si je veux me sentir un peu libérée et sentir ma vie avancer.

Je sens que je vais passer les deux prochaines semaines à produire beaucoup de choses. J’ai besoin de ne pas trop penser. J’ai appris ce matin que ma belle-sœur part pour le Liban demain. Son père a été hospitalisé. Ça m’inquiète, mais je dois m’oublier. Je dois voir que c’est inspirant, moi qui me plains sans arrêt que les gens se fichent des autres.

Il y a de l’espoir.

Hannah et moi on se tient la patte pour se réconforter.

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