La différence (3)

En douze ans, j’ai empêché des gens de faire passer leurs amis devant d’autres sur la liste d’ancienneté, j’ai arrêté une tentative de faire renvoyer entre cinq et dix précaires faisant des sacrifices depuis plusieurs années pour travailler au collège, j’ai entendu aussi les pires absurdités et énormités au sujet de ma vie et toutes les parties de ma personne et de mon cerveau ont été jugées inadéquates (alors que je me fais répéter en thérapie depuis 18 ans que je suis normale, saine, incroyablement forte et résistante). J’ai aussi du empêcher des adultes éduqués de dire à des jeunes femmes de 19 ans qu’elles ont cherché à se faire agresser, qu’elles savaient ce qu’elles faisaient et qu’elles n’avaient qu’à ne pas se laisser faire. J’ai aussi empêché l’agression sexuelle d’un de mes collègues homosexuels par un autre collègue homosexuel qui est parti depuis mais dont j’entends régulièrement qu’il était donc cute et gentil et que c’est vraiment dommage qu’il soit parti. Non. Ce n’est pas dommage qu’il soit parti. Tous les hommes gays du collège sont plus en sécurité maintenant qu’il est parti. Bon débarras! Mais c’est moi la niaiseuse pas vite incapable de voir la violence… ou la folle paranoïaque qui imagine des affaires qui se révèlent toutes inévitablement mystérieusement vraies dans les faits. Je me suis fait faire honte d’avoir porté plainte contre un collègue qui est supposément donc cute et drôle et gentil (alors qu’il a été accusé de violences sexuelles par au moins 15 femmes et que je suis la seule à avoir eu le courage de porter plainte). Je me suis fait gueuler après pour aucune raison valable par un nombre très grand de personnes qui apparemment ne savent pas que ça ne fait pas partie des comportements normaux et acceptables au travail de gueuler comme des déchaînés après les autres. Je me suis fait punir pour avoir parlé de mon agression sexuelle. Quelqu’un a porté plainte contre moi parce que j’ai parlé de mon agression sexuelle. On vous donne une lettre de comportement si vous parlez publiquement d’une agression sexuelle et on ne vous fait rien si vous passez votre temps à harceler les autres… et…. J’aurais de quoi écrire un soap opera pendant une dizaine d’années, voire plus.

Personne ne vous doit le silence sur vos comportements inappropriés et encore moins sur ceux violents.

Personne ne mérite de les subir non plus.

Je vais passer les prochaines semaines de ma vie à remplir des feuilles de papier pour départager les responsabilités et ne pas me laisser détruire par la violence des autres. Comme si j’en l’avais pas assez de mes problèmes et de mon travail, j’ai du travail supplémentaire parce que les autres n’ont pas envie de se poser des questions et de travailler sur eux-mêmes pour arriver à agir au moins un minimum décemment, avec un respect minimal, sur son lieu de travail.

Je suis aussi supposée croire que les cerveaux de deux femmes adultes ont mystérieusement oublié de façon synchronisée qu’elles n’avaient pas eu une idée et qui l’avait eue et qu’elles ont été absolument empêchée de vérifier qui pouvait bien l’avoir eu. Je dois excuser le fait qu’elles ont réagi de façon agressive parce que ces deux femmes adultes n’ont apparemment jamais trouvé un moment dans leur vie pour apprendre à gérer leur sentiment de honte sainement. Ça peut sembler une petite chose, mais ça fait douze ans que ça dure. À un moment donné, on s’écœure. J’aimerais ça avoir au moins une fois le mérite de ce que je fais et avoir le respect minimal auquel j’ai droit. Ça n’est jamais arrivé en douze ans ou presque…

Au moins des fois il y a des petites réparations. Un des précaires qui est arrivé l’année où ils voulaient foutre des précaires à la porte pour leurs amis m’a dit qu’il m’avait trouvé super courageuse et que c’était vraiment beau ce que j’avais fait.

Il reste des êtres humains sains.

J’ai une semaine super occupée. Ne vous inquiétez pas si je disparais. Ma santé va mieux. Mon cours était super intéressant.

À bientôt

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