Aujourd’hui toutes les émotions des derniers mois m’ont un peu beaucoup rattrapée sous forme d’anxiété. J’ai eu pas mal de symptômes de stress post-traumatique dans les derniers jours aussi. J’essaie d’alterner repos et mouvement. J’ai eu mon rendez-vous pour mon suivi de stress post-traumatique et elle était découragée de ce que j’ai encore vécu et de comment la situation a été traitée. On a parlé de comment toutes les émotions que je vis ces jours-ci sont normales dans les circonstances. On a parlé aussi de la grave négligence dont pas mal toutes les personnes impliquées dans ce processus ont fait preuve. On a conclu que je devais terminer mon livre le plus vite possible pour mettre ce long traumatisme hors de moi et aller de l’avant avec ma vie. Je ne suis pas naïve. Je sais bien que c’est un problème systémique et qu’il est plus simple de se débarrasser de moi (en me laissant partir) plutôt que d’éduquer et de sanctionner toutes les personnes qui ont mal agi. Je sais aussi qu’il y a des profs qui font des mauvaises choses à l’université où je vais maintenant. Par contre, je suis certaine qu’au moins ils leur donnent des sanctions disciplinaires réelles. Ce qui est quand même pas mal plus rassurant. Je trouve ce que j’ai vécu profondément déprimant et répugnant…
Et puis d’autres fois quand je pense à l’absurdité de toute cela, ça me fait rire. Je repense à quand j’ai dit qu’il n’y avait finalement pas grand différence entre l’université et l’asile et je me fais des blagues poches en me disant qu’en fait la principale différence c’est qu’il semble qu’il y avait pas mal plus d’électricité dans les hôpitaux du 20e siècle que dans cette université (nous recevons des messages de pannes d’électricité sans arrêt). Je ne pense pas que l’université ait un système électrique assez fiable pour donner des électrochocs aux femmes récalcitrantes… C’est déjà ça d’un peu rassurant. Ouf!
Je repense à l’oncle de mon amie. Le contact artistique que j’avais, c’est le gars qui travaillait à la ville et s’occupait de l’installation de son œuvre l’année où j’ai commencé le certificat (avant de décider de faire un bacc). Quand je lui avais dit que c’était mon prof, il m’avait demandé comment il était avec les élèves. Avant que j’aie eu le temps de répondre, il m’a dit que lui le trouvait insupportable et misogyne et qu’il devait protéger ses employées contre lui. Je ris un peu quand j’imagine à quel point il faut être délirant pour s’imaginer en génie tout puissant parce que tu as fait quelque chose de vaguement innovant en art dans les années 70. Je ris moins quand je pense à toutes les femmes qu’il a brisées.
Ça m’amuse aussi de me dire qu’ils ne doivent pas avoir eu de très bonnes notes dans leurs cours de logique et de philo en général, les gens de l’université. J’imagine que ce qui m’est arrivé m’est arrivé comme ça pour des raisons de contrôle de l’image de l’université aussi. Je vois mal comment rajouter d’autres violences par-dessus la violence initiale pourrait donner une meilleure image de l’université plutôt que d’agir adéquatement selon la loi et les droits des êtres humains. On va les laisser à leur absurdité.
À chaque fois que je publie un billet, je vois les chiffres monter en flèche. Ça me suggère que les personnes impliquées dans cette histoire me lisent dans l’espoir de repérer une faute et de m’accuser de quelque chose. Ça m’a d’ailleurs surprise de ne pas voir surgir les menaces d’accusation de diffamation ou les accusations de paranoïa. J’avais des réponses intelligentes et drôles prêtes. Ce n’est pas de la diffamation si c’est vrai. J’ai le droit de parler des choses qui me sont faites dans ma vie. Si vous ne vouliez pas que je parle de vos comportements et paroles répugnantes, il ne fallait pas les faire ni les dire. J’ai aussi le droit à mon opinion d’éducatrice. Je ne vais clairement pas recommander à mes élèves d’aller dans une institution qui agit de la sorte. J’ai plus de respect pour eux qu’on en a eu pour moi dans cette université. Alors continuez vos niaiseries d’espionnage… c’est probablement beaucoup plus productif que choisir de faire quelque chose de juste et d’intelligent.
On essaiera peut-être aussi de me faire croire que mon avocat est incompétent, mais comme ce qu’il me dit corrobore ce que les experts en santé mentale, les livres et les cours disent, ce serait un peu ridicule de prétendre cela. C’est un avocat en immigration. Ça n’a pas rapport, penserez-vous peut-être, mais vous avez tort. Son travail c’est d’évaluer la gravité de la violence que les gens vivent dans leur pays afin de faire des recommandations par rapport aux lois ici afin de déterminer qui a la priorité et qui peut être considéré comme réfugié. Donc c’est pas mal sa spécialité les lois et les règles entourant les cas de violence… s’il m’arrive à nouveau quelque chose d’horrible, j’irai le consulter plus tôt. J’ai appris ma leçon.
J’ai pensé à mon inscription de l’automne. Je me suis inscrite à deux cours. Un en sociocriminologie et un en victimologie. Je pense en ajouter un troisième. J’hésite entre un cours sur les délinquants sexuels et un cours d’intervention. Celui sur les délinquants sexuels serait plus utile pour le livre que je veux finir après celui que je suis en train de finir. Lundi, je vais me remettre au travail pour préparer mes cours de l’automne… parce que j’aimerais avoir une vie en dehors du travail cet automne et parce que j’aimerais peut-être soumettre des projets à mes élèves… et peut-être suivre un cours de yoga à l’automne. Je n’en ai pas fait depuis un moment. Mon système nerveux serait heureux.
C’est pas mal ça. Je suis rendue à 31 livres donner. J’avoue qu’il faudrait probablement que j’en sorte 500 pour que ça commence à avoir du sens. Ce sera une longue tâche. Je vais commencer par essayer d’atteindre la centaine. J’ai lu aussi pour me calmer un peu. J’ai lu le récit d’une femme qui a eu la moitié du visage arrachée par un ours. Son ressenti me semblait étrangement familier… mais ça a aussi pas mal relativisé mes problèmes.
Un jour à la fois je sortirai du film d’horreur dans lequel j’ai été enfermée depuis décembre 2023. Oh et le voisin est pas mal disparu. Le harceleur. Il s’est apparemment enfuit sans payer son loyer. Ça confirme ce que je pensais sur le personnage. J’ai repensé aussi à la directrice de programme qui a essayé de me faire honte d’avoir pris de la drogue à 14 ans… j’aime mieux être une personne qui a pris de la drogue à 14 ans et être devenue une personne adulte intègre, forte et honnête, plutôt qu’une femme dans la cinquantaine qui n’a jamais développé d’empathie et qui ment. J’aime mieux aussi être une personne qui n’a pas perdu son féminisme en gravissant les échelons comme l’autre directrice.
Mon féminisme est en fait plus féroce que jamais!
