Les difficultés

J’ai recommencé à avoir plus de flashbacks depuis le féminicide. C’est normal. C’est un traitement pour mon système nerveux, que j’ai. Pas un lavage de cerveau. Parfois ça me rentre dedans et ça me fait tellement mal. J’ai de la misère à respirer et je dois m’asseoir. J’ai envie de m’effondrer en larmes. Probablement que la fatigue de la fin de session n’aide pas. Je pense quand même qu’à un certain niveau, ces histoires de violence que j’ai vécues, elles me hanteront toute ma vie.

Ça devient parfois difficile au travail. C’est sûr que croiser constamment des personnes qui m’ont fait du mal de différentes façons ça ne peut pas être vraiment bon pour moi. Le contraire serait très surprenant. Je ne sais pas si je peux encore passer 15-20 ans à voir constamment des personnes qui m’ont quand même assez sauvagement blessée. Je ne pense pas pouvoir le faire à temps plein en tout cas. C’est très très lourd à vivre. Parfois, en réunion, j’ai des montées d’anxiété qui frôlent la crise de panique… mais je reste là, faisant semblant d’être calme et d’écouter, alors que je suis envahie par des choses que je n’aurais, que personne n’aurait jamais dû vivre.

Ce matin, en arrosant mon jardin, j’écoutais un balado qui parlait de la différence que les gens font entre les personnes qu’ils considèrent être une « bonne victime » et celles qui ne le sont pas. Je ne suis pas une bonne victime. Je ne suis pas détruite. Je ne me laisse pas faire. Je ne demande à personne de me sauver. Je porte plainte. La femme citait des études qui disaient que les femmes qui semblent indépendantes, intelligentes et fortes subissent toujours plus de violence. Je ne suis pas une personne douce et faible. Je suis une personne qu’on tente d’écraser parce qu’on se sent menacée par elle pour des raisons imaginaires qui relèvent plus souvent de l’ego que de quoi que ce soit d’autre. Je dois faire attention à m’entourer de personnes qui sont saines et ont confiance en elles.

J’aurai d’ailleurs des mûres cette année. Ça vaut la peine de semer et d’arroser:

Si je disparaissais du travail du jour au lendemain, je pense que seulement 3 ou 4 personnes le remarqueraient et en seraient tristes… mais encore là, ce sont probablement des personnes avec qui je garderais contact. Les demandes et le refus de travailler de certaines levés me pèsent de plus en plus aussi. Le clientélisme me dégoûte. Peut-être que je combinerai avec autre chose… un temps… et peut-être qu’un jour je partirai. J’ai vu, dans mon cours sur la violence conjugale, que mes compétences peuvent être très utiles et très efficaces ailleurs. Peut-être plus appréciées aussi. J’ai eu 20/20 dans mon examen. Les gens ont une réaction à moitié heureuse à moitié triste quand je leur dis. C’est parce qu’ils trouvent ça triste que je connaisse le sujet si bien. Moi… moi ça me fait du bien de lire tout ça. De confirmer des choses, d’en apprendre des nouvelles. Ça me fait relire mon histoire différemment et c’est nourrissant. J’aime ça. Ça ferme la gueule à certains doutes qui pouvaient me rester d’avoir été si longtemps et si souvent manipulée.

Il me reste trois jours plus une réunion à me présenter au travail. Après je pourrai enfin rester à la maison. J’ai une tonne de choses à faire. Je me coucherai tôt. Je me lève avec les oiseaux.

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