De meilleurs jours (3)

J’ai eu une expérience assez pénible au travail aujourd’hui. Ça faisait un moment. C’est déjà ça. J’avais annoncé qu’ultérieurement je voudrais parler d’un sujet lié à un autre sujet dont nous allions parler aujourd’hui puisque je savais que nous n’aurions pas le temps aujourd’hui. Eh bien figurez-vous qu’on avait fait des démarches pour invalider ce dont je voulais parler alors qu’on n’a aucune idée de quoi il s’agit avant même la réunion aujourd’hui et apparemment mes préoccupations (qui n’étaient pas du tout connues par les personnes ayant pris la parole) ont été déjà invalidées et présentées comme pas pertinentes. Ça donne une impression d’irréalité quand ça se produit. Ce n’est pas non plus une ambiance où l’on se sent libre de parler de ce qui nous préoccupe ni de ce qui est important pour nous. C’est aussi extremely violent de voir sa pensée déformée sauvagement comme ça. Dans les faits il y a seulement deux personnes qui ont une autorité et une expérience réelle de ce dont je voulais parler. Un collègue et moi. Et bien sûr aucune de ces personnes n’a eu la possibilité de s’exprimer dans ce contexte. C’est vraiment étrange. Ça m’a renvoyée au sentiment d’impuissance apprise que j’avais dans l’enfance. C’est dur d’avoir envie de s’impliquer quand on n’a pas l’impression de pouvoir changer son environnement ni de pouvoir même avoir du respect dans son environnement. Il me semble que le fait qu’une élève se soit enfermée dans une pièce pour s’automutiler ce n’est pas particulièrement superficiel et bizarre comme préoccupation de ma part… Les autres choses dont je voulais parler ne le sont pas non plus. Mais bon… Je vais les laisser à leur illusion de savoir toujours mieux que tout le monde. Je n’ai plus d’énergie ni d’envie de m’impliquer là dedans… je ne sais honnêtement pas comment ce serait possible.

Le reste de ma journée était bien. J’ai réalisé que ma conception de la violence est un peu en avance sur mon temps en fait et que ça participe au décalage que je ressens lorsque j’échange sur ce sujet avec d’autres personnes. Ça me vient de ma tonne de lectures féministes et de mon souci de justice et de respect pour tous. La définition de la violence qu’on a ici est en train de changer. Avant on jugeait la violence sur les actes et les incidents. On veut maintenant changer la loi pour inclure le concept de contrôle coercitive dans l’analyse des relations. Ça veut dire qu’une très grande partie des violences psychologiques pourraient devenir condamnables sur le plan criminel. C’est très excitant. Ça enraye aussi les risques d’erreurs d’attribution de responsabilité. En mettant l’accent sur les droits et libertés des femmes qui ne sont pas respectés dans les actes de violence plus subtils (comme le harcèlement que j’ai vécu par exemple qui me privait de vivre librement en me sentait en sécurité) on remet l’accent sur la personne fautive. C’est la personne qui brime les droits de l’autre qui porte clairement l’infraction. Cela enlève toute possibilité de dire aux femmes que c’est à elles de faire attention, de déménager et… afin d’éviter la violence et pour se sentir en sécurité. Ça évitera aux femmes de continuer à payer toujours plus que les hommes qui les violentent.

Ça va prendre du temps, mais c’est follement excitant!

Ça m’a rendue très heureuse. J’expliquerai plus en détails une autre fois. Je dois faire dodo.

Je vous laisse mon balcon coloré pour la route… Je dois étudier pour mon premier examen. Je reviendrai après… dans quelques jours.

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