Cette semaine, en faisant ma longue promenade matinale avec Cassius, j’ai écouté, comme d’habitude, des balados. Un épisode m’a vraiment marquée. C’était un épisode dans lequel un homme d’à peu près mon âge expliquait comment il était devenu un intimidateur au primaire et comment cela l’avait ensuite suivi dans sa vie adulte dans ses relations de couple avec des femmes. Le gars s’appelait Jimmy Larouche. C’est un réalisateur. J’ai probablement vu quelque chose qu’il a réalisé, mais pas le film dont il était question dans l’épisode. Je l’ai trouvé très lucide et très courageux. Le balado s’appelle Corde sensible. Il est disponible sur Ohdio. L’épisode s’intitule: Secrets – Indimidateur, de la cour de récréation jusqu’à l’université.
Dans le balado, il raconte comment, dès le primaire, il s’était senti obligé de choisir un camp. Celui des enfants qui intimident ou celui des enfants qui sont intimidés. Parce qu’il avait lui-même vécu du harcèlement parce qu’il était un enfant rondouillet, il a rapidement choisi de faire partie du groupe des intimidateurs, celui des violents. C’est mieux qu’être une victime, penserez-vous peut-être… mais la réalité n’est pas si simple. D’abord, je déteste ce mot de victime parce qu’il est aujourd’hui trop souvent perçu de façon négative. Dans l’imaginaire collectif, il est confondu, à tort, avec le mot victimisation. Cela a malheureusement pour conséquence que beaucoup de personnes enrayent leur processus de guérison en niant avoir été la victime de quoi que ce soit, puisque pour guérir, encore faut-il admettre, justement, avoir été victime de quelque chose. Le mot en tant que tel n’a pas un sens négatif. Il signifie simplement qu’il vous est arrivé quelque chose, que vous avez été, temporairement, placé dans la position d’être victime d’un crime, d’une injustice, d’une agression ou… C’est un état ponctuel. Pas une sentence à vie, même si la guérison peut prendre du temps, oui. Le mot signifie simplement que temporairement, quelqu’un vous a, temporairement, fait vivre quelque chose qui a eu pour conséquence que vous pouvez, temporairement, porter ce titre de victime. Le terme est associé à tort à de la faiblesse. Être victime de quelqu’un ou quelque chose n’a rien à voir avec la force. Toutes les choses nommées peuvent arriver à absolument n’importe qui. La question qui me vient souvent, quand j’entends quelqu’un prononcer le mot victime avec dégoût c’est: En quoi serait-il vraiment mieux d’être un agresseur? Encore une fois, contrairement à ce que l’imaginaire collectif suggère trop souvent, il n’y a absolument pas de force impliqué dans le fait de commettre une agression. C’est au contraire plutôt la faiblesse de caractère qui mène à se rendre responsable de pas mal toutes les formes de violences.
Les gens réellement forts ne cherchent pas à contrôler, rabaisser, agresser et… les autres. Ils n’en ressentent pas le besoin et ont sérieusement autre chose à faire de leur temps.
Ce n’est pas non plus comme si nous n’avions, en tant qu’êtres humains, que ces deux positions possibles dans la société, soit celle de victime ou d’agresseur.
C’est justement à cause de toutes ces erreurs de raisonnement que j’étais heureuse d’entendre le témoignage de Larouche, dont je pense qu’il vaut clairement l’écoute. Il raconte comment ça a commencé, comment, très jeune, il avait, avec un « ami » insulté une fille au téléphone pendant 5 minutes en lui promettant qu’ils allaient devenir ses amis si elle était capable de supporter ce traitement pendant 5 minutes. Au bout des cinq minutes, vous devinez la suite… Les garçons lui ont dit qu’elle était trop laide pour qu’ils soient ses amis. Le fait est qu’il s’agissait de la première jeune femme avec qui Larouche avait eu une forme d’intimité exploratrice avant cet incident… Mais parce qu’elle ne correspondait pas aux standards de beauté à cet âge, elle s’est mérité ce traitement destructeur.
Je ne vous raconterai pas tout le témoignage. Je vous dirai de l’écouter. On y apprend comment, en grandissant et en vieillissant, il avait continué à agir de la même façon avec les femmes. Il le faisait par manque de confiance en lui, par insécurité. Parce qu’il se sentait comme de la merde, il avait peur que ses blondes le laissent. Il a donc commis des violences (principalement psychologiques, mais ce n’est pas moins pire, non…) envers elles afin qu’elles se sentent comme lui, comme de la merde. Mais la peur finissait par gagner. Le dégoût de soi aussi, alors il les laissait lui-même… avant qu’elles le laissent.
Un jour, il a réalisé qu’il avait un réel problème et a décidé d’aller en thérapie. Il dit que sa blonde et lui appelaient ça « aller aux violents », chose qui m’a bien fait rire à cause du titre de ce blogue. Il explique aussi très bien dans ce billet comment une fois rendu là, il avait l’impression que les autres hommes avaient fait et vécu pire que lui, ce qui faisait qu’il parlait peu… mais il a fini par se rendre compte qu’ils étaient tous un peu dans le même bateau. Les violences physiques étaient très rares. Celui qui avait fait les pires choses était un minuscule et maigrelet jeune homme ayant apparemment l’air d’un musicien emo… ce qui l’amène à conclure ce que je sais déjà, mais que plus de personnes devraient savoir: il n’y a pas de typologie physique de l’agresseur. Ils peuvent avoir l’air de n’importe quoi. Tous les gars présents savaient très bien que la violence psychologique est une violence grave… ils le niaient seulement devant leurs victimes… justement.
J’ai en un sens revu passer toute ma vie affective en écoutant cet épisode. Ça m’a fait du bien de l’entendre. Je me suis demandé aussi si le chargé de cours n’avait pas fait exprès de dire ses conneries durant mon évaluation finale, justement parce que je l’avais remercié quelques jours plus tôt de ne jamais avoir dit de conneries sur mon travail. En faisant ça, je lui avais indiqué un moyen clair de me blesser… ce qui a peut-être touché un besoin qu’il avait de me rabaisser, justement par faiblesse, mal-être et insécurité. C’est sa faute. Pas la mienne. Une personne saine aurait continué à agir décemment et respectueusement.
J’ai eu une belle journée.
À plus!
