Vivre encore (2)

Je pense que j’ai pris une décision pour cet été au moins. C’est déjà ça. Je me suis inscrite à un cours de psychocriminologie et un cours sur la violence conjugale, donc au moins un cours dont je connais pas mal le contenu pour ne pas trop m’épuiser. Je vais me laisser du temps pour décider pour mon parcours en art. Je verrai avec le recul et comment ira ma santé à l’automne. J’ai vraiment besoin de récupérer. Je suis un peu découragée du fait que malgré tout le travail qu’on prétend faire, ce sont encore les élèves qui paient le plus cher pour les problèmes des enseignants et leurs comportements inappropriés. Ça ne change pas autant qu’on le prétend.

Je suis écœurée d’avoir à gérer les problèmes des autres. J’agis de façon responsable face aux miens. Je n’attends pas que les autres me prennent en charge et je ne les expose pas à des comportements violents non plus. Même si oui, s’ils me font quelque chose de vraiment dégueulasse, c’est fort possible que je ne sois plus très gentille après. Le fait est que je n’ai aucune obligation d’être gentille avec des personnes qui me font du mal.

J’ai un peu de misère ces jours-ci avec toute la fatigue, le stress et les émotions accumulées de cette histoire de merde. S’y ajoutent les effets secondaires du nouveau traitement qui ne sont pas si horribles, mais qui contribuent à m’épuiser quand même. J’ai infiniment hâte que la session d’hiver soi terminée. J’ai besoin de rester à la maison et de faire du sport. Un peu des deux. C’est une autre des raisons qui font que je préfère faire des cours à distance cet été. Je ne veux être attendue nulle part. J’ai besoin d’espace. J’ai besoin de n’être exposée qu’à qui j’ai envie d’être exposée pour un temps. J’en ai marre de laisser les petits derrière moi aussi.

Il me semble que maintenant, j’ai vécu assez d’injustices pour plus qu’une vie. Il faut que ça cesse. Je ne pourrai pas tenir à l’infini comme ça.

Je me sens un peu comme cette petite demoiselle que j’ai croisée ce matin. Un peu protégée, en même temps entourée de choses potentiellement blessantes.

J’ai quand même eu une journée pas si mal. Je n’étais pas certaines d’y arriver ce matin, mais finalement j’ai donné mon cours sur le documentaire et j’adore donner ce cours. On a regardé un extrait de On est au coton. Je n’ai plus beaucoup ce que fait Arcand aujourd’hui, mais ses premiers documentaires, je les adore. Je pourrai en parler pendant des heures. J’ai parlé trente minute de l’extrait de la conversation entre les jeunes du FLQ et les ouvrières et les ouvriers et le maudit oiseau qui nous dit que c’est vrai, qu’ils sont là, ensemble, malgré le montage… et j’ai pris feu. Je ne pensais clairement pas avoir cette énergie là en moi. Donc il reste de l’espoir, de la vie à quelque part même si ça me semble pas mal éloignée ces jours-ci. J’ai aussi donné mon cours sur la séquestrée de Poitiers et sur In Cold Blood. J’adore raconter, faire les liens avec les informations qu’on a aujourd’hui sur les plans légaux et mentaux… Ça me fascine encore à chaque fois. Ce sont de magnifiques projets d’écriture malgré les bases difficiles sur lesquelles ils se sont édifiés.

Ce soir je suis allée apprendre à utiliser une machine à coudre. J’ai fait différents types de réparations. J’ai volontairement exploré, mais ce n’est pas parfait, je sais, mais qui veut de la perfection?

La perfection ça tue la vie.

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