Vivre encore

Hier c’était mon anniversaire. Il ne s’est pas passé beaucoup de choses. Une amie est venue à la maison pour faire un atelier en histoire de l’art en équipe. C’était bien. C’est rare que j’invite des personnes ici. C’est la deuxième fois qu’elle vient en peu de temps. Les chiens l’ont reconnue et ils étaient moins craintifs que la première fois. Quand nous avons eu terminé, nous avons parlé de l’histoire qui m’est arrivée. Ça la fâche vraiment beaucoup, elle aussi. Je lui ai dit combien ça avait été dur pour moi d’être capable de parler publiquement et combien c’était redevenu un peu difficile depuis. Elle était surprise. Ça ne paraît plus tant aujourd’hui. Jusqu’à la fin de mon doctorat, j’étais tellement mal dans ma peau et je doutais tellement de moi que j’étais incapable de lever la main en classe pour poser une question. Personne n’aurait pu penser que j’allais devenir professeure et que viendrait un moment où je me ficherais complètement de me tromper ou de dire une chose inexacte en classe… tout en ayant l’humilité nécessaire pour le reconnaître. Pourtant, jusqu’à tout récemment, c’était devenu comme ça. J’invite même mes élèves à me le dire si jamais je commets une erreur selon elleux. J’avais fini par me détacher de ce que les autres pensent et à être plutôt dans une position davantage reliée à la connaissance… qui implique toujours nécessairement d’écarter au fil du temps des choses qu’on a cru savoir. C’est une des choses que m’a coûté cette histoire de merde qui s’est produite il y a quelques mois. J’ai recommencé à être nerveuse quand je dois parler. Ça passera probablement, mais ça a réouvert une énorme plaie qui avait été très difficile à fermer pour moi. Quelques remarques mal intentionnées d’une personne qui ne comprend apparemment pas vraiment mon travail ni c’est quoi être narcissique n’effacent pas tout le travail que j’ai fait ces dernières années. Je reste avec l’impression d’avoir mangé un coup de poing dans le ventre. Un coup de poing complètement gratuit, que je ne méritais clairement pas et qui n’a pas vraiment servi à quoi que ce soit ni à personne. C’est décourageant.

Je sais que je l’ai déjà dit, mais j’ai encore une fois cette impression fugace d’être dans une sorte de Truman Show dont le gagnant sera l’homme qui a réussi à me faire la chose la plus gravement conne. On dirait vraiment qu’ils sont en compétition pour déterminer qui me fera la pire affaire. Je sais bien que je n’ai pas cette importance et que ça parle d’eux… mais quand même. Je sais aussi que c’est très fréquent d’être retraumatisée plusieurs fois quand on a été gravement violentée, mais quand même… Quand j’étais plus jeune, je pensais que c’était moi qui sécrétais quelque chose qui rendait les gens violents. Aujourd’hui je sais que c’est impossible et que je ne suis pas responsable des choix des autres, même s’ils essaient toujours de me faire croire que je suis le problème… Leur problème, c’est surtout qu’ils font de très mauvais choix et que je ne me laisse pas faire. J’aimerais quand même ça qu’ils choisissent de ne pas agir comme des caves dans ma vie… mais peut-être en sont-ils incapables. Peut-être qu’ils sont en fait vraiment caves même si j’ai cru le contraire un temps. Ils ne m’ont pas laissé la possibilité de continuer à croire en eux, ça, c’est certain.

Je dois le verbaliser dans les semaines à venir, mais je trouve que dans mes différents suivis, on me met trop de pression pour que je sois en relation. Je ne vois pas comment je pourrais en avoir envie après tout ça. La vérité c’est aussi que je ne me souviens absolument plus de ce que ça fait de recevoir de l’affection d’un être humain. Peut-être que vous trouverez ça triste. Je ne sais pas si ça l’est. Ça doit m’affecter à quelque part, mais honnêtement, je ne sais plus du tout ce que ça fait. C’est difficile de s’ennuyer de ce qu’on ne connaît pas vraiment.

Je pense qu’en ce moment je dois surtout m’occuper de ma santé et de mes projets, me concentrer sur la fin de session et sur le fait de reprendre des forces. J’ai envie de vivre. C’est déjà ça.

Je continue bientôt. Je tombe de fatigue. Je vous laisse le beau Cassius.

Bonne nuit!

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