Ce matin je me suis sentie mal. Il y avait eu trop de choses. J’avais la nausée et d’autres problèmes digestifs. Le grille-pain sentait le feu. J’étais épuisée. Un arbre est tombée à côté et les chiens aboyaient comme des fous contre les hommes qui essayaient de le couper. J’ai repensé qu’hier à cause de la tempête j’avais quinze élèves seulement. J’ai pelleté un peu la galerie et pendant que j’étais dehors, l’homme qui fait les réparations m’a appris qu’il y a un écureuil qui a creusé un trou dans l’immeuble. Je suis rentrée. J’ai vu l’heure. Je me suis effondrée en larmes à ma table de cuisine et j’ai décidé de prendre une journée de maladie. Je ne sais pas trop comment j’ai fait pour ne pas en prendre dans les jours et les semaines précédentes. Peut-être que c’était tout le stress qui tombait d’un coup. Anyway. C’est ok parfois. J’ai moins eu de malaises cette année que l’an dernier.
J’ai repensé un peu aujourd’hui à comment toute ma vie j’ai souffert et j’ai payé pour les problèmes mentaux d’autres personnes, surtout ceux des hommes. Je sais que c’est toujours comme ça. Je sais que ce ne sont jamais les gens qui en auraient vraiment besoin qui y vont, en thérapie. Ils sont trop occupés à se défouler sur les autres et à être incapables de se remettre en question. C’est un peu pathétique. C’est surtout très triste.
J’ai été très triste, mais je n’ai pas réussi à pleurer alors ça s’est transformé en anxiété sévère. Là ça va. J’ai fini par me calmer en m’occupant de mes plants de légumes pour mon jardin de cet été et j’ai regardé la série sur Gabrielle Roy. J’ai beaucoup de respect pour ses livres, mais en regardant la série, mon dieu que je la trouve énervante! J’espère qu’elle était moins pénible dans la vraie vie sinon ses proches ont dû beaucoup souffrir.
J’ai pas mal arrêté d’essayer de faire sens avec ce qu’il s’est passé. Les gens ont agi de façon très peu réfléchie et parfois irrationnelle. Parfois j’aurais aimé que la médiation ait lieu pour voir s’il avait compris. Pour préciser différentes choses aussi. Comme le fait que les narcissiques ne parlent jamais de choses personnelles justement. Le fait de laisser les autres dans le flou leur permet de mentir, cacher des choses, souvent des doubles vies et aussi bien sûr de manipuler. Mais je n’allais pas me rendre encore malade je ne sais combien de temps pour accommoder Monsieur. Ça faisait déjà trois mois que je souffrais et que je me rendais disponible à chaque fois que c’était nécessaire malgré mon horaire très chargé. Je n’en pouvais plus. Ça a été traumatismes sur traumatismes sur traumatismes à partir du jour où il a fait ça. Puis les madames, puis l’incompétence, puis la décision absurde… J’étais déjà épuisée de plus d’un an de harcèlement. Quand j’ai fink la dernière conversation portant sur ça cette semaine pour boucler l’affaire de la plainte, j’avais de la misère à parler et à tenir debout, mais je suis quand même allée enseigner… J’y crois encore, à la justice réparatrice. Je pense par contre que ça doit être plus encadré, mais aussi que la personne qui a commis l’acte blessant doit vraiment le regretter et comprendre l’impact que ça a eu sur la vie de l’autre personne pour que ça puisse fonctionner.
Je suis tannée. C’est rendu que j’ai peur des humains. C’était déjà le cas avant, mais là ça a franchi des niveaux quand même intenses et les choses qui m’ont été faites et dites sont difficiles à comprendre et à croire. Ce n’est pas la première fois que je vis des choses qui semblent irréelles dans des établissements institutionnels, mais je continue de ressentir le choc et de trouver ça effarant. J’imagine que ce serait un peu moins pire s’il ne s’agissait pas de personnes qui sont en quelque sorte payées pour penser et aider…
Je trouve difficile qu’on me mette de la pression maintenant pour être en relation. Je pense que si je me mets simplement à trouver un homme sympathique les crises de panique vont recommencer. Parfois j’ai aussi l’impression que je vais me mettre à hurler et ne jamais arrêter. J’ai peur et j’ai mal comme ça, oui.

Je vais aller au lit. Demain je vais apprendre à restaurer des meubles. Ça devrait un peu me changer les idées.