Si mon amie a décidé de suivre le cours malgré le fait qu’elle avait vécu le même type d’humiliation que j’ai vécue avec le même enseignant. ce n’est pas parce que ça ne l’a pas traumatisée, non. Il lui restait un seul cours à faire pour finir son bac et c’était le seul qui entrait dans son horaire. Elle a choisi de ne pas reporter la fin de son bac. Ça signifie par contre qu’elle a passé toute la session à avoir peur que ça lui arrive à nouveau. Comme j’ai eu énormément de difficulté à participer en classe durant cette session parce que j’avais peur. Ça m’a pas mal gâché mon expérience universitaire durant la session. Ce n’est pas normal d’avoir peur d’aller à l’université. Ce n’est pas normal de devoir apprendre dans des conditions aussi malsaines. Ce n’est pas normal que la majorité de la population se fiche du fait que tant de femmes soient soumises à des expériences d’abus durant leur études, souvent jusqu’à abandonner ou changer complètement de parcours académique.
Une des professeures impliquées dans cette histoire m’a dit qu’on n’avait plus les élèves qu’on avait, qu’ils étaient sensibles à tout maintenant. Pour moi , c’est une excellente chose que les élèves soient davantage conscients de leurs droits. Parce que c’est ce que c’est. Contrairement à ce qu’on entend souvent, ce n’est pas de la sensiblerie. C’est plus de conscience. C’est juste honteux que les ressources pour faire valoir ces mêmes droits ne suivent pas. Ce n’est pas un signe d’intelligence ni de force ni de supériorité de se taire face à l’injustice ou d’endurer des abus sans rien faire. Jamais.
J’ai raconté une nouvelle fois cette histoire en partie parce qu’elle me hante et n’est pas complètement terminée. C’est normal qu’elle m’habite encore puisqu’il y a eu un dénouement temporaire récent. C’est encore plus normal d’être hantée comme ça quand on souffre de stress post traumatique. Les pensées intrusives et le surgissement incontrôlable de souvenirs traumatiques sont pas mal des symptômes principaux et non, ce n’est pas une question de volonté ni une question de simplement choisir de penser et passer à autre chose. Ça m’habite dans mon consentement. C’est pas mal une des traces les plus pénibles et destructrices de la violence psychologique.
J’ai aussi raconté cette histoire parce qu’elle résume assez bien en accéléré des choses que je vis sans arrêt dans les relations interpersonnelles. Établir des relations avec les autres, ça implique de partager qui on est, ce qu’on a vécu, ce qu’on vit encore, nos rêves, nos forces, nos fragilités et… Le fait est que l’ignorance que j’ai constatée dans cette histoire, ce n’est pas la première fois que je la vois et que je la subis. Elle est en fait très commune. La plupart des conflits interpersonnels que je vis sont basés sur cette ignorance en fait. Les gens me disent n’importe quoi sur ce que j’ai vécu et les effets qu’il en reste dans ma vie. Ils essaient de me faire croire que je suis juste trop sensible… Le fait est qu’aucune de mes idées sur ce que je vis n’est basée sur ma sensibilité… Aucune. Toutes les choses que je dis de ce que je vis, ce sont des choses établies par la science et la recherche. Pas mon opinion personnelle. Les choses que je dis sur les humiliations publiques ne sont pas des opinions personnelles. C’est ce que la recherche sur le sujet dit. Ça n’a rien à voir avec moi ni avec la personne qui me le fait subir. La seule chose qui est propre à moi, c’est que je suis plus sensible à la violence psychologique parce que j’en vis depuis l’enfance… et que je lis sur le sujet depuis plus de quinze ans…
Je suis heureuse d’être en thérapie. Je suis heureuse d’avoir autour de moi des personnes qui savent se quoi elles parlent et qui ont pu aisément relever les fautes professionnelles, les violences et les mensonges dans ce que j’ai vécu. Le pire dans ces situations, c’est que souvent ces personnes qui me font vivre des violences, elles essaient de me faire croire que je ne me remets pas assez en question. Comment pourrais-je me remettre davantage en question qu’en étant en thérapie avec trois personnes différentes et en lisant 150 livres par année plus une quantité indéterminée mais considérables d’articles. Est-ce que ces personnes s’attendent vraiment à ce que j’abandonne les faits pour croire l’opinion qui les arrangerait? Ça ne serait pas très intelligent ni rationnel de ma part, non? Le problème c’est leur ignorance. Pas mes connaissances.
Je ne souhaite pas vraiment de mal au chargé de cours malgré ce que j’ai dit il y a quelque temps. Je ne m’attendais pas à ce qu’il perde sa job ou quoi que ce soit d’aussi intense. Je m’attendais à au moins une quelconque mesure disciplinaire, comme une lettre au dossier ou quelque chose du genre. Quelque chose pour le secouer assez pour qu’il change son comportement. Une connaissance que nous avons en commun m’a dit que j’avais bien fait de porter plainte, que ça lui calmerait peut-être enfin les nerfs… S’il circule des idées comme ça à son sujet, je ne pense clairement pas être la seule à avoir subi ce type de traitement de sa part… En fait je sais qu’on est au moins deux, mais probablement plus. Je lui souhaite que ça lui ait ouvert la conscience sur les effets de ce type de comportement qu’il a juste finalement fait à quelqu’un qui sait que ça ne fait pas partie de ses droits et qui n’a pas eu peur de le dévoiler, cet abus. Je préférerais clairement que les gens comprennent leurs erreurs avec leur cœur et leur cerveau qu’avec l’intervention d’une force extérieure.
Insulter son élève ne fait pas partie de la liberté d’expression ni de la liberté académique. Inventer un trouble de personnalité à son élève et l’en affubler publiquement, c’est de la diffamation. J’aurais pu le poursuivre légalement. La diffamation ne fait pas partie de la liberté d’expression. C’est une connaissance de base à avoir.
Reconnaître qu’il a commis une erreur et eu des propos déplacés, ça ça aurait été être fort et agir dans un sens de réparation. Au lieu de ça j’ai vu de la violence et de la diffamation être réduites au statut de « commentaire » et la faute à été mise sur moi. C’est bien sûr parce que je parle de choses très personnelles qu’il a fait ça… pas parce qu’il a choisi de réduire mon travail à parler de moi et de volontairement m’insulter et me blesser alors que j’étais dans une position de grande vulnérabilité… Vous le voyez, le retournement pervers des responsabilités?
Moi oui.
