À la base, les projets que j’ai choisis de faire dans mes cours d’art l’automne dernier, ils devaient servir à me réparer et à informer les autres sur la violence à partir de mes expériences et des connaissances que j’ai accumulées avec le temps. À la place, j’ai vécu encore de la violence psychologique et j’ai subi une autre situation traumatique qui a affecté ma santé physique et mentale pendant plusieurs mois. Cette violence, je l’ai vécue dans une institution dans laquelle les gens qui y travaillent devraient être mieux formés et informés. Ils devraient aussi agir plus décemment considérant leur position. Je reçois à toutes les semaines des messages de prévention et de lutte contre la violence de cette université. Comme dit mon psy, ce n’est pas tout de faire de la prévention. Il faut prendre des mesures concrètes aussi. C’est pas mal ça qui a manqué dans mon histoire, même si à la fin il a un genre de dossier qui reste là si jamais il commet à nouveau ce genre d’abus. C’est déjà ça, mais c’est bien peu. Je me suis rappelé d’une autre situation que j’ai vécue. La première fois que j’ai fait un bac celle-là. Ça veut dire durant ma vingtaine. Il y avait un genre de chargé de cours fêlé qui cruisait les élèves. Il s’était mis à appeler chez moi et me demandait ce que je portais et faisait toujours des remarques atrocement déplacées. J’avais à me tenir loin de lui… mais après j’ai appris qu’une autre élève s’était fait prendre au piège et qu’il l’avait humiliée et forcée à porter des vêtements de son ex qui était danseuse… Nous ne sommes jamais seules… malgré ce qu’on essaie de nous faire croire. Une autre élève m’avait dit que c’était parce que je m’étais laissé faire et qu’il s’était essayé sur elle et qu’elle avait réussi à s’en débarrasser facilement. Elle avait mentionné que c’était dans un party et que son chum était là. Étrangement elle n’a jamais semblé comprendre le poids que ça avait pu avoir, la différence que ça faisait, justement, être seule face à quelqu’un ou dans un party avec ton chum. Il y a pourtant tout un monde de différence entre les deux situations. Je parle de ça, parce que ça me rappelle combien j’avais peur à cet âge de porter plainte… Donc je ne pense pas qu’il lui arrivera grand-chose même s’il a ce dossier.
Ce qui me frappe le plus dans les histoires de violence, c’est l’ignorance des personnes qui devraient avoir les ressources internes et les connaissances pour s’en occuper. Vous avez probablement fait le lien entre la himpathy et les madames dans l’histoire du chargé de cours… Je me souviens qu’une des deux professeures que j’ai rencontrées au département m’a dit qu’il ne pouvait pas savoir que c’était mal parce que ce n’était pas son travail d’avoir ces connaissances là. Je lui ai répondu qu’on choisissait quel genre de professeur on était. Quand j’ai commencé à enseigner, je me souviens parfaitement qu’un jour j’ai décidé de m’éduquer sur les droits des élèves, ainsi que sur les situations problématiques qu’ils risquaient de rencontrer à cet âge (qui est très critique en passant. Le cégep et le début de l’université sont les moments de leur vie où les humains sont le plus à risque de subir ou de commettre des abus et des actes de violence). Je pense même que c’est un devoir de le faire. Les jeunes qui sont dans nos classes comptent sur nous, nous font confiance, nous prennent comme modèles et même nous idéalisent souvent. J’ai aussi fait le travail nécessaire sur moi-même pour pouvoir parler de sujets sensibles de façon rationnelle et saine malgré tout ce que j’ai vécu. Ne pas fondre en larmes. Ne pas être une femme détruite. Parce qu’il y a une vie après, oui. Mes élèves peuvent avoir confiance en moi et ils et elles le savent. Ce n’est pas le cas de tous les enseignants. Je préfère être l’enseignante à qui plusieurs élèves ont dit qu’elle les avait aidés et certaines jeunes femmes, qu’elle leur avait sauvé la vie. Je ne veux jamais être celle qui leur fait vivre des violences. Je me contenterais bien d’être celle qui ne les a pas traumatisés..: Depuis quelques années, je leur dis, quand ils demandent pourquoi je parle de sujets aussi difficiles, que j’espère qu’ils n’auront jamais à repenser à moi dans la suite de leur vie, mais que s’il arrivait un jour qu’ils aient besoin que quelqu’un leur dise les choses que je leur dis à travers mon enseignement, je serai là dans un coin de leur tête pour leur rappeler que personne n’a le droit de les maltraiter.
C’est ça que j’ai choisi.
Je l’ai fait parce que j’aurais aimé qu’on le fasse pour moi. J’aurais aimé ne pas avoir à traverser tout ce que j’ai traversé seule. J’aurais aimé ne pas être aussi ignorante. J’aurais aimé que les adultes n’aient pas peur de me parler ou de répondre à mes questions. J’aurais probablement été déçue… si vingt ans plus tard il y a autant d’ignorance.
D’autres choses absurdes se sont produites. Une madame a dit qu’il s’agissait de quelqu’un de consciencieux pour dire quelques minutes plus tard qu’en fait elle ne le connaissait pas du tout. Une prof et une dame du centre ont dit qu’il avait l’air poli. J’ai donc dû instruire des madames dans la cinquantaine que si les gens capables d’êtres vilains avaient des cornes, il n’y aurait pas de problème. Tout le monde se sauverait en courant en les voyant… C’est plutôt ça le truc. Ils sont généralement charmants en fait. Du moins à première vue. Dans le truc de la médiation, on me demandait finalement de faire son éducation, de lui apprendre que même si la police ne viendrait pas le chercher s’il ne respectait pas les droits des élèves, il pouvait choisir de ne pas le faire. C’est une question d’éthique personnelle.
Ce que j’avoue ne pas comprendre, c’est pourquoi c’est moi qui dois instruire tous ces hommes et toutes ces femmes adultes. Dans quel monde ils vivent pour n’avoir aucune idée de ces choses? Les informations sont à un clic sur ton téléphone… et ce n’est pas comme si c’était rare ces situations. Je trouve ça vraiment très irresponsable et irrespectueux de ne pas avoir au moins des connaissances de base sur ces sujets. Il y a d’autres humains qui vivent des choses différentes de vous sur terre. L’empathie et la curiosité c’est quand même plutôt sympathique…
La seule chose que je puisse éventuellement croire, c’est que le chargé de cours puisse ne pas savoir que faire vivre une humiliation publique à une élève c’est une agression psychologique, que c’est très violent. Ça revient à ce que je disais hier… avec les idées de supériorité qu’on enfonce dans la tête des hommes, je ne serais pas tellement surprise qu’il pense vraiment que ça fait partie de ses droits d’agir comme ça, que c’est normal. Mon intervenante pour le stress post traumatique m’a déjà raconté comment ça se passe avec les hommes qui commettent des violences. Il faut leur expliquer le point de vue de l’autre pendant des heures. Ils pensent par exemple que ça devrait être évident pour nous que s’ils défoncent le mur ça ne veut pas dire qu’ils vont nous frapper. Il ne faut vraiment rien savoir de la réalité des femmes et de comment on nous apprend à vivre dans la peur dès l’enfance pour affirmer pareille connerie. Un peu comme mon harceleur. Peut-être que parce qu’en tant qu’homme il n’a jamais vraiment eu à subir les mêmes peurs et violences, il ne réalise pas à quel point ça pouvait être perturbant de le voir continuellement là. Mais peut-être aussi qu’il sait et que ça l’amusait de le faire peur… Le grand homme fort qui s’amuse à faire peur à une femme déjà gravement traumatisée… Mais bon… même si le chargé de cours ne savait pas, en tant que prof, il devrait au moins savoir qu’il ne lui est pas permis d’insulter des élèves. Une personne ayant un trouble de personnalité narcissique est toujours une personne violente. C’est donc toujours une insulte. En plus je venais de le dire à quel point mon père était violent parce qu’il souffrait de ça.
Mais ça aussi ça va avec la misogynie internalisée. Je pense que quand je parle, son cerveau doit simplement se dire bla-bla-bla elle parle encore d’elle et au fond il n’écoute pas ce que je dis et ne peut donc pas réellement comprendre ni entendre de quoi il est question. Ça aussi c’est une posture qui découle de ces idées de supériorité qu’on enseigne aux hommes. Ils pensent qu’ils savent mieux tout sur tout… même sur des choses que ça fait quinze ans de plus qu’eux qu’on étudie… Ce n’est pas possible de bien traiter quelqu’un ni même de comprendre qui il est si on n’écoute pas vraiment ce qu’il dit et qu’on ne cherche pas à comprendre. Encore moins si on se place dans une posture de supériorité face à l’autre.
La madame qui le trouvait poli était en colère quand je lui ai dit qu’il avait qualifié ses propos de simple commentaire dont je pouvais ne pas tenir compte si ça ne servait pas. Inventer un trouble de santé mentale à ton élève en public c’est une agression. Pas juste un commentaire. Aussi c’était pas mal certain que les excuses ne seraient pas convaincantes malgré tous les compliments qui portaient d’ailleurs sur les travail vidéo. Le travail photo, lui, est définitivement resté sans commentaire aucun. Je dis que les excuses n’allait pas être convaincantes parce qu’elles ne venaient pas de lui. Elles lui ont été demandées. Elles auraient dû venir de lui pour être sincère. Personne n’aurait dû avoir à l’obliger à les faire. Le premier message de détresse que j’ai envoyé après le cours aurait dû suffire à interpeler l’envie de s’excuser. Mais non.
Tout le long du processus, j’ai donné plusieurs chances et j’ai toujours espéré qu’il ferait pour le mieux. Mais non. Ça n’était pas dans ses plans. Et je ne suis pas responsable de ses choix. Ils lui appartiennent complètement.
Je dois faire dodo. Je continue demain ou mercredi! il y a une raison pourquoi je raconte à nouveau tout ça, oui…
Je me suis acheté des lys.

Et quelques petits rappels:


