J’ai repensé à cette histoire de la plus grande universalité du point de vue des hommes que m’avait affirmée avec conviction mon ancien ami. La question qui me vient, c’est comment, s’ils ne veulent rien savoir ni voir ni entendre de ce que nous vivons, s’ils oblitèrent nos expériences, les dénigrent, les rabaissent et… voire s’ils n’ont aucune conscience de ce que nous vivons, comment peuvent-ils s’imaginer avoir une vision et une voix plus universelle? Force est d’admettre que les femmes, qui vivent leur propre expérience du monde et sont en plus forcées de se soumettre à celle des hommes qui leur est présentée comme plus valide et plus importante, me semblent plus à même d’avoir une vision plus complète du réel et devoir faire preuve de plus d’empathie…. Je ne pense pas que le point de vue de qui que ce soit s’approche d’une quelconque plus grande universalité. Soyons clairs… mais quand même… faire abstraction de ce que vit la moitié de l’humanité parce que ça nous arrange de ne pas le savoir et en plus considérer ces personnes comme inférieures… ça n’a pas grand chose d’universel à mes yeux… même si c’est malheureusement très commun, oui.
Je suis allée voir ma tatoueuse hier. J’étais très heureuse de commencer un nouveau projet. Le vrai début wsh en mai, mais bon… c’est excitant déjà. Elle a pris des photos de mon corps afin de pouvoir dessiner le tatouage dessus à l’aide de sa tablette. J’ai encore une fois été surprise de ne pas me trouver laide et de ne pas être dégoûtée par la vision de mon corps. Je l’ai dit. Elle a dit que j’étais hot. J’ai répondu que je n’en étais pas encore là.
Ça peut surprendre des gens qui ne posent pas le même regard sur moi… mais ça n’est pas quelque chose de rationnelle. Je sais que des personnes peuvent me trouver belle, que des hommes peuvent me trouver attirante… À la fin, c’est mon regard qui doit un jour changer. Après les violences que j’ai vécues et les agressions sexuelles, une partie de moi continue à se sentir sale et dégoûtante même si je sais que c’est ridicule. C’est une autre des raisons pour lesquelles le truc à l’université m’a blessée. Parce que je ne le montre jamais. Qu’on puisse percevoir mon geste de le montrer en photo comme signifiant que je le trouve beau et que je suis narcissique est tellement loin de ce que je ressens pour mon corps que ça a ajouté une couche de honte de plus. Ça n’a clairement pas été l’expérience libératrice que j’espérais disons… Ça a juste été une expérience de honte supplémentaire.
je repense à cet homme qui m’a dit un jour que je mettais des photos laides de moi sur internet. Le regarde masculin. Le criss de regard masculin qui interprète tous nos faits et gestes comme devant être dédiés à son plaisir… À vouloir lui plaire. Si nous cherchons a ressembler aux images désirées, nous nous faisons rentrer dedans. Si nous nous en éloignons c’est la même chose. Nous sommes si bien dressées par la désapprobation continuelle que souvent nous n’osons plus rien faire, surtout pas déplaire. Dans l’histoire de la photographie féministe que j’ai lue récemment presque toutes les femmes qui ne cherchaient pas à plaire s’était fait traiter de narcissiques…
Je regardais le travail de cette femme aujourd’hui:

Elle documente les réactions que les gens ont face à son corps dans l’espace public. Je me suis aperçue que je me disais les mêmes choses que les personnes affreuses qui lui disent des horreurs… parfois pire. Je me suis engagée à ne plus me faire ça.
J’essaie d’être dans l’action et de ne plus trop penser à cette histoire de l’université. Je ne pense pas qu’eux ça les empêche de dormir, ce qu’ils ont fait. il ne doivent même plus penser à moi ni à comment ça a pu affecter ma vie.
Les élèves eux, ont été intéressés par le projet. C’est déjà ça. Je verrai comment mon texte est reçu.nÇa m’a fait du bien de l’écrire. C’est déjà ça.
Je vais faire dodo. Morte. Joueuses Pâques demain! Je reviendrai bientôt!
