Je n’écris pas beaucoup ces jours-ci. J’ai été vraiment très occupée et surchargée. À la fois sur le plan du travail et sur le plan des émotions. Au sein de tous ces remous, c’est quand même l’espoir qui domine, chose à laquelle je ne suis pas habituée, je l’admets volontiers.
J’ai fait mon premier examen dans mon cours d’histoire de l’art ce soir. J’avoue que je n’avais aucune envie de faire ça. Je pense que ça s’est bien passé. Je suis aussi dans la préparation de cours et dans la préparation d’ateliers. Ça fait beaucoup, mais le temps passe vite et je n’ai pas trop le temps de m’ennuyer, même si j’ai toujours peu tendance à m’ennuyer.
Sur le plan des émotions, c’était la suite de la remontée provoquée par la reconnaissance légale et monétaire de ce que j’ai vécu. C’est un sentiment très étrange. J’ai l’impression qu’on m’a menti à mon sujet pendant plusieurs années. On m’a donné toutes sortes de défauts et d’étiquettes faciles qui ne sont en fait que des caricatures simplistes. Dans les faits, j’étais une personne normale qui traversait des symptômes normaux de personne ayant vécu plusieurs traumatismes graves.
En d’autre mots, on peut dire que je n’ai pas trouvé l’accueil que j’aurais du avoir à la suite de ce que j’ai vécu. C’est vraiment triste et désolant. Personne ne devrait avoir à traverser ce genre d’expérience violente. Encore moins le faire seule. Encore moins le faire seule en se faisant taper dessus par des personnes qui veulent s’aveugler au sujet de la violence présente dans la société. C’est insensé. L’hypocrisie, l’aveuglement et l’absence de souci de l’autre que ça prend pour minimiser des viols et… et attaquer la personne victime plutôt que les agresseurs. C’est malheureusement extrêmement fréquent.
Je ne vais pas rester dans la tristesse et le ressentiment cependant. L’impression que j’ai, c’est d’avoir une deuxième chance et de pouvoir réécrire ma vie maintenant. Les expériences violentes vécues feront toujours partie de moi. Elles sont intégrées dans la personne que je suis. Ce qui change, c’est que maintenant je peux changer mon focus de place, mener d’autres luttes, découvrir la personne que je suis hors de ces histoires qui m’habitent, oui, mais qui ne sont plus l’objet d’une quête de reconnaissance. Je peux mettre mon énergie ailleurs enfin. C’est enthousiasmant, non?

Quelqu’un que j’aime bien mais à qui je n’avais pas parlé depuis des années m’a écrit pendant que je traversais ma grande colère. C’est curieusement la seule personne qui a pensé à le faire. Je pense que ça parle de qui il est et d’un souci de l’autre. D’un souci de moi, en tout cas. Ça m’intrigue. À suivre…
Je vais me reposer. Les derniers jours ont été difficiles.
Prenez soin de vous.