
Aujourd’hui j’ai revu le film sur Janet Frame de Jane Campion. J’avais fait le projet de revoir tout Campion pendant mes vacances, mais je n’ai pas eu le temps… J’en ai quand même vu trois. Je peux modifier mon projet en la revoir durant l’année… parce que je sens que ce sera une féroce année de travail intellectuel et créatif.
Ça me touche toujours quand je repense à Janet. Elle m’a accompagnée si longtemps. Elle est injustement si peu connue ici puisque son œuvre est fascinante, belle et intelligente. Une grande œuvre de l’intériorité et de l’aliénation du monde. Une œuvre sur un rapport au langage plus important que la vie elle-même. Je n’ai jamais tant reparlé de mes trucs pour rester saine durant la pandémie, mais la plupart venaient de ceux qu’elle a développé durant ses périodes d’isolement forcé. Donc au lieu de vous les dire, je vais vous encourager à aller la lire.
Toute ma cage thoracique s’est en même temps serrée et réchauffée alors que je revoyais son histoire. J’aime la partie sur l’enfance infiniment triste. On y voit un petit être complètement pétri de honte et de malaise en société. Une sorte de honte fondatrice que l’internement ne fera qu’accentuer. C’est triste, mais magnifiquement rendu par Campion. Je me suis demandé, maintenant qu’il y a de plus en plus d’études sur les « jumeaux fantômes », c’est-à-dire sur les personnes qui ont perdu un jumeau ou une jumelle dans différentes circonstances, comment ça a pu l’affecter dans son mal être dans le monde que sa jumelle soit morte à la naissance.
Le film faisait écho très fortement avec des choses dont je parle souvent aussi, à travers son rapport aux hommes, à la féminité et à l’enseignement. Quand j’ai vu le film la première fois, j’ai pensé que comme elle, je m’enfuirais en courant de la classe si un jour j’enseignais. J’ai retrouvé mon malaise face à ce que ce soit ma « vie adulte » en elle, une sorte de « ce n’est pas ce que je veux du monde pour ma vie ». En tout cas pas seulement ça.
Il y a des scènes atroces avec un homme qui veut lui dicter qui être et l’empêcher d’enseigner. Il y a une scène atroce avec un homme qui prétend l’aimer alors qu’il ne fait que l’utiliser pendant ses vacances. C’est à vomir… et ça montre comment le contrôle et la réification ne datent pas d’hier. Ce sont les mêmes problèmes 57 ans plus tard…
J’ai repensé à toutes ces personnes qui me mettent de la pression pour être en relation. Ces personnes qui pensent encore qu’il faut absolument être en couple pour être complet et avoir une valeur comme être humain. Ces personnes qui trouvent que c’est triste pour moi alors que je ne voudrais pour rien au monde être dans leur relation et que ma vie, malgré tout ce qui m’arrive, me semble objectivement plus intéressante et plus heureuse que la leur. Plus complète aussi. J’ai repensé à ces personnes qui balaient sans arrêt les traumatismes graves que j’ai vécus à répétition et qui veulent me forcer à vouloir fréquenter des hommes. Ces personnes qui se racontent qu’elles font ça pour m’aider, alors qu’au fond elles me nuisent. Je ne veux pas que ma vie soit cette criss de merde là. Je ne veux pas que ma vie soit juste une recherche infinie d’être en couple. C’est d’un ennui mortel.
Imaginez si j’avais fini avec le voisin et ses idées de gnochon arriéré fini et son obsession et son contrôle. Quand elles me poussent à vouloir être en couple, ces personnes ne me respectent pas en fait. Elles ne respectent pas ce que je sais et ce que j’ai vécu. Elles veulent que je fasse comme elles pour se sentir bien avec leurs choix. Elles veulent que ce soit l’objectif de ma vie et c’est infiniment lourd et agressant. Elles me disent que je passe à côté de la vie et de plein de choses, comme si elles estimaient que je ne vis rien et qu’elles ne voyaient pas tout ce à côté de quoi elles passent en faisant les choix qu’elles font.
Ma vie est riche. Plus riche que toutes les fois où j’ai été en couple. Mon expérience du couple, ce sont des hommes contrôlants, des hommes dénigrants, des hommes qui me parlent comme si j’étais idiote alors que je suis souvent plus intelligente et plus instruite qu’eux, des hommes qui me disent comment être, des hommes qui me réduisent, des hommes qui veulent me dire comment vivre et c’est comme eux qu’il faut le faire bien entendu, des hommes qui me font me sentir dégoûtante parce que j’ai été violée, des hommes qui veulent juste coucher avec moi et…. Des hommes qui ne me voient pas. Des hommes qui ne veulent pas que je vive finalement,
La prochaine fois que je serai en couple, ce sera avec un homme qui ne me fait pas ces choses-là. Ça arrivera si ça arrive. J’ai autre chose à faire de mon temps que de chercher. Crissez-moi la paix avec ça. je ne suis plus capable de passer mon temps et mon énergie à me remettre des conneries et des violences qu’ils me font vivre.
J’adore la scène dans le film où Janet rentre à la maison après la mort de son père et où, après avoir enfilé ses bottes, elle trouve confiance en elle, parce que c’était lui qui lui avait donné son premier cahier pour écrire… et après, elle mène la vie qu’elle veut. Pas celle des autres.
Bonne nuit!