J’ai eu une journée belle et pénible en même temps. C’était la grande remontée des souvenirs traumatiques ou péniblement intenses et inutiles du travail. J’imagine que mon cerveau essaie un peu de se préparer à retourner là-bas et veut digérer ce qui peut l’être avant que ce soit le moment.
Même si la grève a recousu certains liens, il me semble évident que je n’échapperai pas aux choses lourdes, inutiles et mesquines cette session non plus. Ça a déjà un peu commencé avec une remarque insensée du collègue qui avait ri de mes bandes dessinées qui m’a félicitée d’avoir eu le cours parce que ça fait tellement tellement longtemps que je me prépare… alors que j’ai seulement commencé il y a deux semaines. Je suis restée un peu bouche bée. Un peu parce que ça ne faisait pas de sens. Un peu parce que je n’avais aucune, mais aucune criss d’idée de quoi il parlait. À moins qu’il confonde le travail que je fais dans ma pratique artistique avec le fait de se préparer à donner un cours… alors que ce n’est pas du tout la même chose même s’il est possible d’établir des ponts. Anyway… j’ai aussi un peu choisi de ne rien dire parce que je n’avais pas envie d’embarquer dans une discussion à ce sujet avec lui et qu’il me sorte genre Alan Moore comme preuve que mon travail est de la merde… comme si Alan Moore et moi avions quoi que ce soit à faire ensemble dans une comparaison alors que nous avons des parcours et des objectifs complètement différents… et aussi alors que j’ai clairement vraiment beaucoup moins d’expérience que lui… Je n’ai pas envie de devenir Alan Moore non plus, même si je l’apprécie beaucoup, voire énormément. C’est comme comparé un ours et une souris dans une épreuve de force. C’est insensé et ridicule.
Déjà qu’il faut que je me tape sans arrêt des commentaires non désirés sur ma santé, mon corps, mon poids, ma vie, mes choix, ma pratique artistique, mes études, mes chiens, mon célibat et… cauchemars et anxiété en vue. À la fin je ferai ce que j’ai à faire malgré tout, mais c’est sérieusement épuisant. Ça a l’air que c’est comme ça… et j’ai mon petit protocole pour me créer une bulle de sécurité maintenant. Je cherche quand même une façon polie de répondre aux gens qui disent des horreurs et hurlent ensuite qu’ils ont droit à leur opinion si on ose répondre quoi que ce soit. Ce qui m’intrigue vraiment et ce que je veux demander, c’est pourquoi ils ont ces opinions là. Pourquoi les seules opinions qui semblent leur venir en tête sont négatives, haineuses, mesquines, voire violentes. Il y a quand même toujours un immense registre d’opinions possibles à avoir dans la vie. Les opinions nuancées sont ma foi une ressource riche et extrêmement sous-exploitée dans la société. Les opinions qui reposent sur de l’ignorance et de fausses informations m’énerveront toujours. Je ne pense pas être capable de changer ça. Je travaille quand même à être capable de nommer la violence plus calmement et poliment en thérapie. Mais en même temps c’est ridicule parce que je me retrouve à faire tout le travail pour des personnes qui se fichent complètement de ce que la merde qu’ils me déversent dessus me fera… mais c’est moi le problème.
J’ai lu deux livres magnifiques aujourd’hui. Ce n’était pas prévu, mais les deux parlaient de violence sexuelle. Ça ne m’a pas rendue triste, sauf pour elles. Ça m’a fait penser à toutes ces femmes qui disent ne jamais avoir vécue de violence dans leur vie. Parce qu’à moi il me semble qu’il suffit d’ouvrir le livre d’une femme et paf! On nage dedans. Dans le livre de Beaton, qui est autobiographique, les 4 sœurs ont été agressées sexuellement sans savoir que les urges l’ont été. Dans le livre de Delporte, elle parle magnifiquement brillamment du fait qu’il est possible d’être agressée sans le savoir, sans l’avoir conscientisé comme tel. Ben oui… ça arrive et pas besoin d’être inconsciente comme je l’étais, non. Simplement de vivre dans une société qui banalise les violences et les fait passer pour autre chose et décrédibilise les victimes. Ça suffit pour se raconter à soi-même que ce n’était pas ça, voire à échapper à la conscience que c’était bien ce que c’était, une agression… et après les gens prétendent que c’est rare, les agressions…
Des œuvres fortes, belles et essentielles. Je recommande les deux.
J’ai aussi commencé à imprimer des zines pour le salon.
Au lit!
