C’est une bien drôle de situation, avoir grandi dans la violence et avoir les moyens intellectuels de la penser après. Une chose que mes « moyens intellectuels » n’enlèvent pas, c’est la confusion. Il y a beaucoup de penseurs qui ont comparé la violence intra familiale et la violence conjugale à la violence coloniale. Ça fonctionne effectivement de la même façon. Vivre avec un narcissique aussi, donc. Juste sur un plus petit groupe, parfois sur une seule personne au lieu d’une population.
Ma thérapie, c’est donc comme ça qu’il faut la voir, comme une lente et longue décolonisation. C’est difficile à imaginer pour les autres, je pense, à quoi ça peut ressembler de l’intérieur. Je n’ai pas eu une vie normale, non, comme m’a dit une femme récemment… quoique je ne sais pas trop ce que c’est une vie normale. Pas une vie saine, pas une vie où il était possible d’être soi et de s’épanouir … ça convient peut-être mieux. Pas une vie où être aimé est normal ni facile. Pas une vie où on m’encourage à être qui je suis ni même à savoir qui je suis… avec les hommes violents qui en ont rajouté par après, ça n’est pas toujours évident de savoir qui je suis ni ce que je veux dans la vie. Je le découvre un peu plus chaque jour, par différentes explorations. Ça aussi ça doit être difficile à imaginer pour les personnes qu’on a peut-être parfois même trop encouragée à etre elles-mêmes.

J’envisage l’option de commencer un certificat en criminologie à distance. Ça ne veut pas nécessairement dire que je quitterai le bac que je fais présentement. Il y a eu des développements. Je pense éventuellement aller en art thérapie mais pour cela il me faudra le bac… à laisser mijoter un temps … mais la combinaison de ces choses me permettrait beaucoup à long terme…
Ça me prend plus de temps pour réfléchir ces jours-ci. Je me sens comme le chien dans mon nouveau tatouage, coincée dans une structure faite par une créature qui m’aliène parfois presque jusqu’à la mort.

Je vais au lit . Journée interminable en vue demain. Je continue bientôt …