Je suis tannée d’avoir à toujours préciser « pas tous les hommes ». Je ne comprends pas pourquoi ils ont toujours besoin d’être pris par la main. Si on reproche un comportement violent fréquent chez les femmes, je vais questionner mon comportement pour voir si je suis concernée et si quelque chose peut être modifié dans mon comportement. Si je ne me sens pas concernée, je ne penserai pas qu’on parle de moi, je ne me sentirai pas attaquée, mais ça ne veut pas dire que le problème n’existe pas dans la réalité parce qu’il ne s’applique pas à moi. On ne reproche pas aux gens de parler de ce qui les fait souffrir parce que nous ne participons pas à cette souffrance. Tout comme nier qu’il y a encore du racisme dans la société ne fera pas disparaître le racisme, nier qu’il y a beaucoup de misogynie internalisée ne la fera pas disparaître non plus et ça ne fera pas que nous en serons moins affectés comme individus non plus.
C’est très étrange, mais ça arrive souvent. Comme mon collègue l’autre jour qui se sentait attaqué parce qu’une femme autochtone avait écrit un livre sans les années 60 dans lequel elle désignait toutes les personnes blanches comme « le blanc ». Comme si les blancs utilisaient des termes particulièrement nuancés pour désigner les autochtones à l’époque (et encore aujourd’hui)… Je ne pense pas qu’il y a une raison de se sentir attaqué. C’est un fait que nos ancêtres ont maltraité les autochtones. Beaucoup d’entre eux l’ont fait. La seule chose qu’on peut faire c’est entendre la souffrance, faire preuve d’empathie et essayer de faire mieux que nos ancêtres justement. Le fait de se braquer ou de déformer l’histoire n’aidera en rien.
Ça m’embête quand même, cette histoire de « pas tous les hommes ». Bien sûr que non, pas tous, mais c’est toujours la même et seule réponse qu’on peut faire: il y en a assez qui ont des problèmes de violence pour que ce soit un problème de société, qu’il s’agisse de violence physique ou psychologique ou de n’importe quel type. Et non, la violence psychologique n’est pas moins pire ni moins destructive. Elle laisse juste moins de traces apparentes. Mais on peut crissement détruire quelqu’un juste avec des mots et des attitudes physiques. C’est démontré depuis longtemps.
Ça m’embête aussi parce que ça nie ou invalide mon expérience. Même s’il ne s’agit pas de tous les hommes, il reste que la majorité des hommes que je rencontre (à part ceux qui sont déjà mes amis) me font vivre des choses violentes et irrespectueuses. C’est un fait. Il n’y a pas de discussion possible à ce sujet. Non, je ne perçois pas mal ce qu’ils choisissent de me faire. Et non, il n’y a pas de façon dont je suis responsable de leur violence. Après 16-17 ans de thérapie maintenant, c’est clair que non, ce n’est pas moi le problème, même si j’ai des défauts comme tout le monde. Rien qui justifie ces traitements malsains. Ça, c’est très clair.
Quand on me dit que le problème c’est mon féminisme, c’est aussi décourageant. Il n’y a rien de réellement négatif pour les hommes à ce que je sois féministe, à part ceux qui voudraient pouvoir me soumettre et ça ce n’est pas vraiment un signe de santé mentale chez eux. Les hommes sains, ils sont en faveur des relations égalitaires et du féminisme, même si cela implique pour eux de perdre quelques privilèges. De toute façon, qu’est-ce que je pourrais y changer? Je ne peux pas devenir moins féministe pour leur faire plaisir… accepter de me faire parler et traiter comme si j’étais inférieure… ça n’a rien d’acceptable et je ne suis pas capable de toute façon d’avoir du respect autre que de base pour un homme qui pense que je lui suis inférieure. C’est tout simplement impensable pour moi d’aimer un homme comme ça. Et oui, on peut choisir qui on aime. C’est qui nous attire, qu’il est plus difficile de choisir. Mais quand on se rend compte que l’autre nous maltraite, c’est possible de cesser de nourrir l’intérêt et de ne pas nourrir de l’amour pour cette personne. On a des choix, même s’ils demandent beaucoup de travail sur soi.
Je décide de maintenir mon refus de rechercher un compagnon. Si un homme sain se présente un jour, j’aviserai. Je n’ai pas peur d’être seule. Je ne me sens pas mal seule. Je déteste juste les gens qui essaient de me faire croire que c’est absolument nécessaire que je sois en couple. Ils sont vraiment pénible et invalidants. Vous parlez de vous. Vous parlez de votre incapacité de vous sentir bien seul.e.d. Pas de moi. je serai toujours plus heureuse seule qu’avec un homme violent. Ça me semble quand même évident.
Je veux la paix. Je veux de l’espace pour me rétablir. Je sais que j’ai déjà énoncé cette envie de ne plus chercher un homme, mais c’était difficile d’exclure ces considérations de mon esprit avec l’autre qui rôdait sous ma fenêtre. Ça semble avoir cessé. Et non, je ne suis pas responsable de son harcèlement. Je ne suis pas non plus responsable des actions du chargé de cours. Je ne suis pas responsable de la violence que les hommes m’ont fait vivre dans ma vie. S’ils avaient des choses à me dire, c’était à eux de choisir des moyens sains de le faire.
Je commence à aller mieux. Je vais dormir.
À bientôt!
