Une des choses qui me trouble beaucoup dans cette situation qui m’est arrivée, c’est comment certaines personnes mettent l’accent sur ma condition de santé, le CPTSD au lieu de sur le problème réel: le comportement violent et inacceptable qu’a eu le chargé de cours à mon égard, qui aurait été tout aussi grave s’il avait été fait envers un élève ne souffrant pas de CPTSD. Le problème n’est pas ma condition, mais le comportement. La seule couche ajoutée par le fait que je souffre de CPTSD, c’est la quantité de cruauté qu’il faut pour s’en prendre aussi injustement à moi alors qu’on connaît l’état dans lequel je suis et dans une situation où ma vulnérabilité est accentuée par le fait que je suis en train de présenter un travail profondément personnel qui parle d’événements graves et douloureux. Il ne faut pas aller bien pour humilier quelqu’un publiquement. Il faut aller encore moins bien pour humilier quelqu’un qu’on sait déjà vulnérable publiquement. Il n’existe aucune bonne raison de faire ça.
Ça ne veut pas dire que je ne suis pas capable de soutenir un travail aussi personnel publiquement. Si ça avait été un inconnu dans une expo ou quelqu’un sur les réseaux sociaux, j’aurais été libre de répondre vraiment ce que je veux et je m’en serais fichée après quelques instants de colère. Le fait est que le contexte change complètement l’impact et la gravité du geste, ne serait-ce que parce que j’ai un lien avec cet homme et parce que j’avais beaucoup de respect pour lui jusqu’à ce moment. C’est difficile de ne pas être affectée quand on se rend compte qu’une personne qu’on respecte pense autant de mal de nous tout en ayant fait semblant de nous apprécier. C’est aussi très décevant de constater qu’une personne chargée de nous évaluer a jeté un regard aussi superficiel sur notre travail. Si je suis présente dans mon travail, la partie de ce travail qui consisterait à réellement parler juste de moi est extrêmement superficielle et restreinte. Aussi, on a le droit de parler de soi dans une démarche artistique sans se faire accoler une étiquette de personne souffrant de trouble de personnalité narcissique. De plus les membres du personnel enseignant n’ont pas le droit d’attribuer des diagnostic de santé mentale improvisés à leurs élèves et encore moins de le faire publiquement. Si ça avait été vrai, que je souffrais de ça, il serait tenu au secret professionnel et ne pourrait pas plus en parler publiquement comme il l’a fait. Mais puisque ce n’est pas vrai, ça revient à tenir des propos mensongers sur moi publiquement et ça non plus ce n’est pas quelque chose que le personnel enseignant est autorisé à faire.
Ça me fait rire aussi qu’on me parle comme si j’étais une ignorante de 19 ans alors que c’est mon métier depuis 15 ans. C’est très étrange aussi qu’on ait prétendu qu’il était en mesure de m’évaluer après s’être montré si peu professionnel et si peu objectif de façon publique. Son comportement à ce moment l’a immédiatement disqualifié comme évaluateur. J’ai eu de très bonnes notes, mais elles ne signifient rien. Elles n’ont aucune valeur dans ce contexte. Elles semblent louches, même, on dirait une tentative de me faire taire. Ça me laisse bien amère et déçue tout cela. Je me rassure un peu en me disant que c’est la note que j’ai le plus fréquemment. Il reste qu’à la fin j’ai payé pour suivre des cours et je me retrouve avec des notes qui ne valent rien et un traumatisme psychologique supplémentaire.
Mon cerveau étant ce qu’il est, j’ai élaboré plusieurs hypothèses au sujet de pourquoi il a bien pu faire ça allant de problèmes d’estime de soi (parce que c’est la principale raison pourquoi les gens essaient de rabaisser et d’humilier les autres) à du negging, qui est un comportement que certains hommes adoptent qui consiste à rabaisser une femme dans l’espoir de détruire son estime de soi et de la faire chercher leur approbation à eux. C’est une « technique de séduction » vraiment répugnante et méprisable mais malheureusement fort commune. Mon amie trouvait qu’il avait l’air intéressé par moi. Chose qui n’aurait pas nécessairement été mal une fois le cours terminé. C’est une personne pour qui je pense que j’aurais pu avoir de la curiosité.
Le problème c’est que je connais ces techniques de manipulation et qu’elles ne fonctionnent pas avec moi. Le problème c’est aussi que le fait qu’il se permette de me traiter comme de la marde en public, ça tue pas mal automatiquement quelque curiosité ou intérêt que j’aurais pu avoir parce que rendu là, c’est assez épeurant d’imaginer ce dont il serait capable en privé. De plus ce n’est pas vraiment possible pour moi d’être attirée par quelqu’un qui ne comprend pas et/ou qui rabaisse mon travail. Ce n’est pas viable. Ça ne permet clairement pas l’existence d’une relation égalitaire. Des critiques sont acceptables, oui, mais pas le dénaturer complètement comme ça non.
Peut-être que la raison pour laquelle il a fait ça n’a rien à voir non plus avec mes hypothèses. Il est la seule personne qui sait pourquoi il a fait ça. C’est à lui d’en faire part s’il veut se sortir du pétrin, mais aussi d’aller chercher de l’aide si ça ne va pas. Il a le droit d’avoir des problèmes, mais les autres n’ont pas à subir de la violence à cause de ça. Ça prend beaucoup plus de force pour se remettre en question et aller chercher de l’aide que pour faire semblant que tout va bien et nier la réalité. Ce n’est pas non plus à moi de lui trouver des excuses ou des explications.
À la fin, la seule personne réellement pénalisée dans cette histoire, c’est moi, si je continue à me sentir mal d’avoir subi ça à cet endroit, je changerai d’université. C’est une situation injuste, oui, mais je ne la laisserai pas me détruire ni m’enlever l’envie de créer ce que je veux créer.
Je vais continuer à travailler à la vulgarisation et la diffusion d’informations concernant la violence et les effets des traumatismes sous différentes formes. C’est à ça que je veux consacrer le reste de ma carrière et cette expérience très négative ne me découragera pas de le faire. Elle ne fait que me confirmer que beaucoup de personnes sont ignorantes sur ces sujets. Je ne peux pas faire grand-chose de plus dans cette situation pour guérir de ce qui m’a été fait.
Je vais aller travailler contre ça de ce pas et faire des choses qui me font plaisir comme lire ce livre:

Bonne journée!