L’affaire de mon projet photo, ça m’a en partie rentré dedans parce que l’université c’est un des rares endroits où j’arrivais à me sentir bien après cette histoire de harcèlement. J’ai presque arrêté de sortir de chez moi pendant un temps. Sauf quand c’était nécessaire pour les chiens ou quand j’étais obligée pour le travail.
Ça m’a fait mal. Si ce commentaire était venu d’un étranger je n’en aurais eu rien à foutre. Si je n’avais pas été dans une situation d’évaluation, j’aurais agi autrement et répondu autre chose. Je me sentais coincée. Ça ne me dérange pas qu’on n’aime pas mon travail. Personnellement je ne ressens pas le besoin de le dire si quelque chose n’entre pas dans les préférences esthétiques ou dans les problématiques qui m’intéressent. Je cherche plutôt quelque chose de constructif, mais bon. Un étranger, j’aurais été libre de l’envoyer chier carrément. Là ça m’a vraiment prise par surprise. Je ne comprendrai jamais non plus c’était quoi le but ni la motivation réelle. Si c’était de m’apprendre que des trous du culs peuvent me faire ou me dire n’importe quoi, ce n’était pas nécessaire. Ça fait longtemps que je le sais.
Je ne sais pas ce qui me dégoûte le plus. La fausse empathie pour ce que je vis. Les compliments déversés durant la session. Le choc du volte-face inattendu que ça a été. Le besoin d’écraser l’autre. Je ne sais pas.
Je suis tannée de la petitesse des hommes. Petitesse doublée d’un sentiment de supériorité qui ne repose sur rien. C’est vraiment épuisant. Je suis tannée de devoir forcer des hommes adultes à se poser des questions sur leur comportement et leurs paroles. Je sais que ça m’arrive plus souvent parce que je suis féministe et que je le suis ouvertement. Je ne cesserai pas de l’être pour autant.
Aujourd’hui mon psy m’a demandé comment je pourrais faire pour être moins affectée par quelque chose qui n’arrêtera jamais. Il y aura toujours des hommes qui se permettront de faire ce genre de choses et qui se pensent justifiés de les faire. Justifiés et en droit de… quelle prétention quand même… Je n’avais pas de réponse claire pour mon psy. Je sais que mon engagement féministe, mon enseignement et ma pratique artistique aident… mais ce n’est pas toujours suffisant.
J’aurais, chose certaine, besoin d’une longue pause de comportements malsains. Je vais essayer de me la donner parce que dans l’état d’hypervigilance et d’épuisement où je me trouve, ça me heurte de plein fouet et me hante, ce genre de situation. Ça me rend physiquement malade.
J’ai fait un mini sapin hier pour me changer les idées. Il est plein de chiens. Je vais dormir. Désolée pour les coquilles.
