Le désir

Je pense que ce soir était mon dernier retour à vélo du travail le soir. Même avec des lumières, je me sentais comme une minuscule affaire noire qui aller se faire happer dans l’hiver sombre ou que j’allais être emportée dans les tournoiements de neiges au sol de la petite tempête qui commençait. Je me suis trouvée bien peu prudente. J’étais épuisée aussi. Je suis rentrée reconnaissante au chaud et je fais du sofa avec les chiens. J’ai été un peu épuisée ces derniers jours. Triste aussi. J’ai trouvé une boîte près de la porte en arrivant, fruit du vendredi noir. Je ne pensais rien acheter, mais, anticipant la grève avant qu’elle ne soit annoncée, j’avoue être un peu devenue folle dans les vêtements et combines de polar et de laine mérinos. J’avais eu assez froid. J’ai hâte de courir aussi. C’est surtout ça qui m’a emplie d’un désir fou de pouvoir résister aux intempéries.

J’ai eu une conversation super intéressante avec mon psy cette semaine. Pas une conversation sur mon désir de laine mérinos, non. Une conversation sur le retour de mon désir et sur comment la conception du désir véhiculée socialement m’ennuie. Que viennent faire la petit Mary Ash et son lièvre en couleurs trop saturées des années 80 dans un texte sur le désir, demanderez-vous? Il y a un lien, c’est promis.

J’essayais d’expliquer à mon psy pourquoi j’avais pris une photo de moi assez dénudée. Ça ne se veut pas une photo sexy, même si je sais qu’on risque de l’écarter ou de la simplifier de cette façon quand je la montrerai. C’est ce que la plupart des gens pensent. Mais je ne suis pas une femme qui fait des photos sexys, non. Penser ça, c’est beaucoup trop me simplifier et me sous-estimer… parce qu’il y a toujours une construction complexe dans ce que je fais même si ça peut parfois paraître simple au premier regard.

J’expliquais à mon psy que j’essayais de retrouver le chemin de mon désir et que je ne comprends pas les femmes qui disent vouloir faire ça et qui se contentent de faire des choses comme apprendre des danses ou s’habiller sexy. Ça me semble illogique et contradictoire. Je ne vois pas comment une femme pourrait retrouver ou se réapproprier son désir en faisant des choses définies comme sexy pas les hommes. Ce n’est alors pas ton désir du tout. Ce sont des choses qui enferment dans une conception simpliste et prémâchée du désir. Le désir qu’on vend facilement. La recette cheap. Des choses plates finalement. Pour moi, le désir est lié à une part qui est dans le réel, oui, une part matérielle liée à mon corps et celui de l’autre… Mais il y a aussi une grande part qui relève de l’imaginaire et de l’imagination. Pour moi, le désir est surtout dans le cœur et dans le cerveau. Mon chemin vers le retour de mon désir assassiné par trop de mauvaises expériences est donc ailleurs que dans la répétitions de choses définies comme désirables par d’autres. La route de mon désir ne passe pas par les clichés cheaps, vus et répétés infiniment trop de fois.

Quand mon psy m’a demandé ce que ça me faisait de constater le retour de mon désir, ce que ça me faisait ressentir, j’ai répondu: l’horreur. Il savait très bien de quoi je parlais et que pour moi, le chemin n’est pas si simple. Il y a de vieilles embûches cachées dans cette horreur. (Ça me fait aussi ressentir de la joie, mais j’y arriverai plus tard.)

Sur la photo, on voit le lièvre mort tatoué sur mon cœur et le bas de mes seins. Donc on ne voit rien. Rien que ma peau. Des seins tout le monde en a de différentes tailles… même si on n’aime pas les nommer comme ça chez les hommes. Un ami a eu l’intelligence de dire que c’était une belle photo et qu’on dirait que je traite plus mon corps comme une carte topographique que dans une optique sexy. Une amie s’est approchée plus près en disant qu’on dirait que le lièvre dévore ma féminité. C’est un peu ça, mais pas tout à fait.

Mon père est un homme violent, raciste et misogyne qui se raconte probablement que ce n’est pas le cas. J’ai grandi dans une maison où on méprisait les femmes. Où on les réduisait constamment. Si bien que j’ai fini par me mépriser et ne pas vouloir être une femme moi-même. Je ne suis pas une personne trans, mais quand j’étais plus jeune, je ne voulais pas être une femme… même si je savais en être une. Ça m’a un peu tuée.

Mon père est un chasseur aussi. Cette photo, c’est la photo du jour où mon père a failli me tuer à la chasse aux lièvres. sur l’originale, on me voit affichant le sourire que mon père me forçait à faire sur les photos peu importe ce que je ressentais. Il y a une sorte d’identification, oui, entre ce lièvre mort et moi.

On me dit souvent, quand je parle des lièvres, qu’ils sont des proies, des victimes. Je ne suis pas d’accord. Le lièvre, pour moi, c’est la sensibilité, la conscience, l’acuité de la perception. Le lièvre mort sur mon corps, il est là pour me rappeler d’où je viens, où je ne veux pas retourner et où je ne resterai jamais… pour ne pas mourir, justement.

J’imagine que c’est moins sexy pour certaines personnes maintenant et plus pour d’autres. Ce sont ces autres qui m’intéressent.

Je continue bientôt. J’ai besoin de repos. Je m’ennuie de la moi vivante et drôle.

Bonne soirée!

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