Aujourd’hui, j’ai passé six heures dans le froid à demander un peu de respect pour notre profession et celle d’autres personnes. C’était infiniment long et inconfortable. Je suis certaine qu’il y a des gens qui pensent que nous nous plaignons pour rien. Ils ont tort. Nous continuerons la lutte demain, aussi pénible et inconfortable soit-elle.
J’ai eu beaucoup de temps pour penser bien sûr. J’étais souvent avec quelqu’un, mais j’ai aussi pris des moments seule parce que j’en ai besoin pour ma santé mentale et que je devais réfléchir à plusieurs questions. Aujourd’hui des possibilités se sont fermées et d’autres se sont ouvertes. J’ai essuyé un rejet, mais c’est ok. Ce que je fais est inconfortable et ne peut pas plaire à tout le monde. Chaque humain a ses goûts et c’est ce que ça reste, ses goûts. Ça ne signifie pas que ce n’est pas bon ou que ça n’a pas de valeur. Plutôt que ça ne correspond pas à ce qui est cherché par ces personnes à ce moment précis et c’est ok. J’ai repensé aux piles de refus que montrent parfois mes ami.e.s artistes et écrivain.e.s pour montrer que non, leur carrière n’est pas idéale et tout ne leur réussit pas. Ça reste décevant, mais en même temps je sais que c’est un bon projet, une bonne histoire et que beaucoup de personnes aiment me lire. Je mettrai mon projet ailleurs et c’est tout. J’ai eu d’autres offres qui m’ont rendue heureuse. Des portes se ferment et d’autres s’ouvrent. C’est la vie. Je garde l’impression que je n’ai pas un nom assez connu pour que mon projet soit retenu selon ce que cet endroit recherche. Je garde confiance en ce que j’ai à dire et en mon écriture.
Pendant cette longue réflexion de 6 heures, j’ai aussi réalisé que j’étais prête à fermer une porte de mon côté aussi. Celle du voisin. Ça a été vraiment traumatisant. Je n’avais jamais vu quelqu’un à qui on expose un traumatisme agir de façon aussi conne et égocentrique et en remettre autant par-dessus. Je pense que ça dépasse l’entendement. Il reste que ça ne parle principalement que de lui. Je vais toujours penser que c’est vraiment un sale con, qu’il est violent et a de sérieux problèmes à régler. Ce n’est pas mon problème. Je ne l’ai jamais aimé, je ne l’aime pas, je ne l’aimerai jamais non plus. C’est son problème. Il ne fait pas partie de ma vie et je ne serai jamais comme lui.

Ce que ça m’a appris de moi, c’est que j’ai vraiment besoin de personnes plus intelligentes, lucides, conscientes d’elles-mêmes et des autres, sensibles, pertinentes et… J’ai vraiment beaucoup besoin de personnes qui réfléchissent avant d’agir et qui s’intéressent sincèrement à l’autre en face d’elles. J’ai aussi besoin de personnes qui savent réconforter. Ça m’a montré que mon cerveau, mon corps, mon système nerveux n’en peuvent plus des trous du cul. Ça m’a montré aussi que je m’aime beaucoup plus que je pensais et que je suis très très très forte pour avoir réussi à surmonter cette situation et continuer à remplir mes obligations dans l’état où j’étais. Pour réussir à ne pas trop me faire de mal aussi. Et je suis là, encore vivante, encore heureuse, pas haineuse. Surtout encore libre de faire ce que je veux de ma vie.

Ce que j’ai aussi constaté aujourd’hui, c’est que je suis vraiment tannée de cette histoire. Il me l’a imposée trop longtemps avec son harcèlement. Je ne veux plus en parler, si ce n’est pas flashs ici et là, lorsque ce sera théoriquement nécessaire ou artistiquement utile. J’ai écrit à mon prof pour changer mon projet vidéo. Pour le décentrer. Ça parlera encore de violence sous un certain angle, mais pas seulement de cette horrible et dégoûtante expérience. Ça parlera de quelque chose qui m’intéresse beaucoup plus socialement. Je pense qu’il acceptera.
Ça ne veut pas dire que je n’ai plus d’efforts à faire pour guérir et me remettre de ce nouveau traumatisme. Ça veut dire que j’ai envie de vivre et d’aller de l’avant avec ma vie. Le plus loin possible de la petitesse des violents et des agresseurs de toutes sortes.
J’étais heureuse de trouver cette belle face et la chaleur de mon appartement en rentrant. Je me sens prête à vraiment reprendre ma vie.
