Les conversations de psy (2)

Les humains sont vraiment très étranges. Il me semble qu’ils font vraiment beaucoup de choix contre productifs… Je ne dis pas que je n’en fais pas. Dans les relations, je pense que je n’en fais pas tant. Dans le reste de ma vie, oui, ça m’arrive. Ce sont cependant des choix qui n’affectent en général que moi, ce qui est différent de traiter les autres n’importe comment, ce qui n’est pas tellement mon genre. Ça m’arrive même encore de me sentir coupable de ne plus parler à des personnes qui m’ont pourtant fait beaucoup souffrir. Je ne comprends pas pourquoi il y a des gens qui pensent que c’est intelligent, voire ne serait-ce que le moindrement pertinent, d’instrumentaliser et d’utiliser les autres. Mon psy dit que c’est clair pour moi ce que ça fait puisque ça m’est arrivé, donc non, je ne fais jamais ça, mais qu’il y a des personnes qui ne connaissent pas vraiment d’autres façons d’être en relation avec les autres. Ça ne veut pas dire que leur comportement est ok pour autant, non. Ça me fait penser à Jeffrey Dahmer qui volait des mannequins dans les magasins pour ne pas dormir seul. C’est dur, hein, être soi avec un autre? C’est dur, être vulnérable.

C’est à ces histoires que me renvoie le fait de penser aux agresseurs et aux hommes violents. C’est vraiment comme s’ils nous voulaient inanimées. Ils se racontent que ce qu’ils font est correct et que c’est la personne en face d’eux qui est inadéquate. C’est ce qu’ils se disent pour ne pas changer. Je suis heureuse de ne pas être avec un homme qui pense que c’est ok de me traiter comme le voisin m’a traitée. Si j’apprenais que mon chum trouve ça ok, je le crisserais là sur le champ. Je n’aurais aucun respect pour lui. L’affaire c’est que bien sûr ils ne le disent pas qu’ils font des choses comme ça. Ils mentent, manipulent, déforment les faits pour se victimiser… et il y a malheureusement beaucoup de femmes qui les croient ou se mentent à elles-mêmes en se disant que c’est juste un petit défaut ou… Mais je n’ai plus envie de parler de lui en particulier pour trop longtemps. Il m’ennuie. Son caractère malsain a assez pesé sur ma vie. Mais c’est ça les agresseurs, même ceux qui font de la violence psychologique on peut les appeler des agresseurs, oui… Ils font subir leur mal-être à tout le monde autour pour se sentir un peu mieux. Mais au fond, ils ne sont jamais heureux. Ils ne font pas ce qu’ils auraient besoin de faire pour l’être. Ils font semblant. Les gens réellement heureux ne mentent pas, ne manipulent pas et ne font pas de mal aux autres… Les gens vraiment forts ne font pas des choses comme ça non plus. La conclusion de mon psy, c’était qu’il devait s’agir d’une personne extrêmement fragile en fait. Ce serait cohérent. Les gens solides intérieurement n’essaient pas de vous berner pour vous séduire… par exemple en vois espionnant sur votre blogue puis en faisant semblant de ne pas l’avoir lu…

L’autre partie de la conversation a surtout portée sur le victim blaming. J’en avais déjà vécu dans le passé, mais cette fois, j’en ai vraiment vu de toutes les couleurs. L’éventail m’a semblé épouvantablement large et aucune des raisons invoquées ne tenait compte du fait que ce n’est pas moi qui ai mal agi dans cette situation. Ce n’est pas moi qui ai fait quelque chose de répugnant à un être humain que je savais vulnérable. C’est encore plus dégoûtant. Ça allait du fait que ma laideur extrême expliquerait la maltraitance, voire la justifierait, au fait que j’habite dans le mauvais quartier ou que supposément j’aimerais ça. Si j’aimais ça, je serais restée avec un de mes exs… ou j’aurais accepté de sortir avec ce gars-là. Il me semble que c’est évident.

La société aime ça, essayer de faire croire aux femmes, ou dire des femmes, que tout ce qui leur arrive de mal est leur faute. J’ai regardé une série criminelle sur un crime réel qui impliquait une jeune femme de 13 ans et son amoureux de 19 ans. Un écart d’âge considérable, oui, surtout durant cette période de la vie. Les parents de la jeune femme ne voulaient pas qu’elle sorte avec lui, à cause de la différence d’âge, justement. Eh bien le gars a tué toute la famille et pris la fuite en emmenant la jeune femme et il a tué 11 personnes avant d’être arrêté. Leur histoire a été reprise au cinéma dans plusieurs films, entre autres Natural Born Killers. Mais ils ont changé l’histoire et au lieu d’une jeune femme enlevée par un adulte armé et dangereux, on a un couple follement amoureux qui tue parce que la société est contre eux et pour le plaisir. L’imaginaire collectif a davantage retenu les films, la version romancée des crimes. Si bien que même aujourd’hui, alors qu’elle a 80 ans, le statut de victime de cette femme n’est toujours pas vraiment reconnu. Je parle d’une jeune fille de 13 ans qui a été enlevée, violée et forcée à voir des gens se faire assassiner. Certains vont même jusqu’à dire que c’était elle qui était le cerveau criminel… à 13 ans. Mais depuis Ève on sait bien que le mal vient des femmes. On adore ça, leur mettre les gestes des hommes sur le dos. C’est systématique. Oui, il y a des femmes malsaines, mais non, tout n’est pas toujours leur faute contrairement à ce que l’imaginaire collectif semble aimer penser. Cette femme a fini par dépasser ses traumatismes et se marier, dans la cinquantaine, je crois. Son mari et elle ont eu un accident de voiture. Il est mort. Figurez-vous qu’elle a reçu des centaines de lettres et que les gens ont posté sur les réseaux sociaux que c’était juste une salope et que c’était le temps que quelque chose de mal lui arrive enfin… Une salope parce qu’elle avait été forcée de subir et d’assister à des crimes atroces… à l’âge de 13 ans. Je ne peux même pas imaginer.

Je sens que ma vie reprend malgré les quelques éléments pénibles qui restent encore. Je sens que ma créativité aussi revient. J’ai survécu, même si je ne suis pas complètement remise. Je ne sais pas ce qui m’attend dans la suite des choses, mais j’espère que ce sera mieux. J’espère qu’un jour je rencontrerai un homme plus sain et plus mature et qu’il ne mourra pas dans un accident de voiture. J’espère surtout ne plus connaître le sort de tant d’autres femmes… surtout pas celui des femmes intelligentes.

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