Le reflux colérique

Quelque chose de très étrange m’est arrivé hier. Je pense que c’était la première fois de ma vie et j’ai été très surprise. J’ai été en accord avec Sophie Durocher. C’est dit. Elle dénonçait une émission de Noovo dans laquelle des propos faux et inacceptables en 2023 avaient été tenus au sujet de la violence conjugale. L’émission s’appelle Les justiciers, on ne sait trop pourquoi puisque les trois avocates présentes sont des femmes. Aucun homme en vue. J’ai écouté l’émission. Il y a eu une deuxième première fois de ma vie. Pour la première fois de ma vie j’ai crié à une personne dans la télévision de fermer sa gueule, chose que je ne dis a peu près jamais dans des conversations réelles et encore moins à mon téléviseur. Ça me dit à quel point ça m’a enragée.

Je suis consciente que c’est de la télévision expressément faite dans cet objectif. Et oui, il est malheureusement possible que des avocates mentent ou soient ignorantes des lois réelles. Ce n’est pas que moi qui le dis. La femme qui s’occupe des maisons pour les personnes victimes de violence conjugale l’a dit aussi, qu’elles avaient tort. La loi aussi, le dit. Je n’en croyais pas mes oreilles d’entendre une avocate dire dans une émission de grande écoute que ce n’est pas de la violence conjugale d’insulter ta conjointe, de lui serrer le poignet pour l’immobiliser ou encore de défoncer les murs à coups de poings par frustration. Monsieur n’était pas content que madame ne veuille pas le voir une soirée… Ce que ces avocates ont dit est légalement faux. Le problème avec ça c’est que bien des gens dans leur salon sont ignorants au sujet de la violence ce qui donnera d’un côté des victimes persuadées qu’elles se plaignent pour rien et des agresseurs confortés dans leurs comportement à partir de ces mensonges présentés comme des vérités à la télévision.

Ça va trop loin et ça m’a honnêtement terrorisée de voir la désinformation qu’on véhicule au sujet de la violence. Hier j’ai écrit sur plusieurs préjugés qu’on a envers les femmes violentées. Tout le monde est persuadé qu’elles le sont par faiblesse, parce qu’elles se laissent faire alors que ce n’est que très rarement le cas et même quand c’est le cas, n’est-ce pas plus raisonnable que faible de ne pas s’opposer constamment à quelqu’un assez plus fort que vous pour vous tuer en vous étranglant en à peine quelques secondes… parce que c’est quand même assez facile à faire apparemment, selon ce que j’ai lu la semaine dernière et c’est la principale façon dont les femmes sont tuées dans les cas de violence conjugale.

Je n’ai jamais été une personne faible. Je ne me suis jamais « laissée faire » au sens d’une personne qui se soumettrait à la violence sans réagir et en restant passive. C’est justement une des raisons pourquoi j’ai vécu autant de violence. Je n’ai jamais laissé un homme me contrôler. Je n’ai jamais laissé qui que ce soit me dire ce que c’est qu’être une femme. Je n’ai jamais laissé dire comment m’habiller par un homme ni ce que j’avais le droit de faire ou pas. Je ne me suis jamais soumise à la fausse idée que les hommes seraient naturellement immatures (on attend encore la preuve génétique de ce supposé retard inévitable de maturité d’ailleurs) à qui il faut tout pardonner parce que ce n’est pas leur faute s’ils sont comme de grands enfants. Je n’ai jamais laissé un homme décider à ma place de ce que ça veut dire être sexy. Je n’ai jamais laissé un homme me faire croire que je lui étais inférieure et qu’il était donc normal que je me réalise moins que lui et que je doive faire des sacrifices en fonction de cela. Je n’ai jamais laissé un homme de décharger de ses responsabilités et de toutes les tâches ménagères sur moi. Je n’ai jamais fait vivre un homme qui me trouvait chanceuse de l’avoir… Je n’ai jamais aimé un homme qui me parlait avec condescendance ou encore comme si j’étais une enfant attardée ou une petite affaire cute niaiseuse. Je n’ai jamais aimé un homme qui me dénigrait. Je n’ai jamais aimé un homme qui se pensait plus intelligent ou globalement supérieur à moi, Je n’ai jamais vécu en fonction de si je plaisais aux hommes ou pas. Je n’ai jamais eu besoin d’eux pour me sauver. Je ne suis jamais restée dans une relation inégalitaire et… Combien de femmes peuvent honnêtement dire cela?

Personne ne va lever la main ni assumer sa responsabilité dans la perpétuation de la violence dans la société. C’est beaucoup plus l’fun et simple de me taper sur la tête et d’essayer de me faire croire que si j’avais été une meilleure femme, ces hommes n’auraient pas été violents avec moi… comment renverser un problème cul par-dessus tête. Le problème c’est toujours la violence et les personnes qui choisissent de l’exercer. C’est ça, la vérité.

J’entends l’inévitable « Et tu te demandes pourquoi tu es seule? » arriver. Je ne me le demande pas. Je le sais. Ma réponse c’est qu’il sera toujours préférable pour moi d’être seule que de me trahir en acceptant ne serait-ce qu’une de ces choses-là. Et si je ne rencontre jamais d’homme qui ne fait pas ces choses, eh bien ce sera ok pour moi. Ils sont très rares, je crois, malheureusement. Je pense quand même que ces hommes existent.

J’ai eu une journée bizarre. Les symptômes de covid diminuent mais je ne suis pas encore capable de faire mes journées. Quand j’ai été trop fatiguée pour continuer, j’ai regardé un documentaire sur des crimes haineux contre les homosexuels dans les années 80 et j’ai pleuré quand un vieux monsieur a dit qu’une fois qu’ils avaient eu leurs droits, c’était impossible que la société retourne en arrière. S’il voyait l’horreur présente (il est probablement mort vu l’âge qu’il avait) il se sentirait en enfer.

Après j’ai repensé à plusieurs choses qui me sont arrivées au travail parce que j’étais fatiguée et que je n’arrivais pas bien à m’extraire des mauvais souvenirs. Depuis que je travaille là, il m’est arrivé tellement de choses que je n’aurais jamais imaginées de la part de personnes éduquées. On a inventé que j’étais malpropre, toxicomane, pas intelligente, paresseuse, absente, lesbienne, juste absente et… Quelqu’un m’a dit l’autre jour que ça ressemblait à quand on était au secondaire. J’avoue que oui, c’est l’effet que ça me fait. J’ai l’impression de revivre le cauchemar de l’adolescence et d’être entourée de personnes a l’ego blessé oh fragile qui inventent n’importe quoi pour rabaisser les autres et se sentir mieux. Aucune de ces choses n’est vraie, en passant… mais plusieurs de ces rumeurs inventées auraient pu avoir un effet assez grave dans ma vie. Mais qui est-ce qui s’intéresse aux conséquences de ses actes? Qui a du temps à perdre avec ça, hein? J’ai reparlé du truc des femmes qui essaient de me faire croire que je ne suis pas intelligente au travail avec mon psy. Il était mort de rire et profondément découragé en même temps. C’est difficile de croire que c’est arrivé pour vrai. C’est difficile aussi de croire qu’elles continuent encore leur harcèlement même si je l’ai déjà dénoncé publiquement, elle doivent se dire que ce n’en est pas et mettre ce qui relève des lois sur le dos de ma terrible sensibilité. J’imagine aussi qu’elles se disent qu’on m’a donné un doctorat, qu’on m’invite à donner des conférences et qu’on me publie parce que je suis cute? C’est sûr… c’est pas possible d’être intelligente ET belle ET créative… Je dois être une imposture!

Je suis dégoûtée.

Sur ce, je vais aller chercher la paix.

Le reste de ma journée c’était ça:

A plus!

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