Durer

J’ai des journées difficiles ces temps-ci. Il est temps que nous ayons une petite pause dans la session. Il reste une semaine. Je suis exténuée, mais plus par tous les changements que les histoires de grève entraînent et par les êtres humains que par le travail en tant que tel. Le cours ça va. Les élèves ça va. C’est tout ce qu’il faut faire en plus ou refaire à nouveau qui épuise. Et il n’y a que la grève des élèves qui a eu lieu… Je comprends et supporte les raisons de la grève des professeurs qui s’en vient. Il reste que d’un point de vue personnel, j’ai vraiment hâte d’un jour recevoir mon vrai salaire pendant plusieurs mois sans interruption. C’est vraiment une situation difficile.

J’ai eu une conversation agréable avec une collègue que j’apprécie beaucoup cette semaine. Le mot « agréable » ne vous semblera peut-être pas convenir au début… Elle me parlait de choses irrespectueuses que sa belle-mère dit à son sujet et de comment c’est difficile de faire changer la vision du monde de quelqu’un, même si ses idées sont dépassées depuis longtemps et complètement fausses. Je n’avais pas de difficulté à comprendre de quoi elle parlait… et oui, les choses que sa belle-mère dit sont insensées et cruelles… et surtout très fausses. J’étais triste pour elle, mais à quelque part, ça me faisait me sentir moins seule. Je sentais aussi que je parlais à quelqu’un qui sait de quoi je parle quand je parle des idées violentes encrassées dans la tête des gens. Je lui ai raconté rapidement aussi une partie des choses qu’on m’a dites durant la période où j’ai été harcelée. Elle trouvait ça effarant. Je me suis sentie vue et entendue. Je pense qu’elle aussi.

On lit sur la misogynie ces temps-ci:

Club de lecture

« Encore! », vous direz-vous… mais non. Il n’y a pas de encore qui tienne. C’est le premier livre aussi complet et systématique sur la misogynie, sur son fonctionnement, même si certains des aspects qui y sont abordés l’ont été avant par d’autres. C’est donc un livre important et intéressant.

J’ai eu beaucoup de symptômes de stress post traumatique dernièrement. Je repensais justement aux choses qu’on m’a dites et qui ont été des violences supplémentaires par dessus ce que je vivais déjà. Je n’ai pas de respect pour les commentaires ignorants et violents. Voici les faits:

Les autorités estiment que seulement une personne sur cinq qui vit de la violence le rapporte à la police… ça donne une idée. A mon dernier rendez-vous avec mon psy, je lui ai dit que compte tenu de ce que je savais de la violence, ma situation me semblait plutôt ordinaire. Il m’a répondu qu’en effet, mon histoire est plus la norme que l’exception… la différence c’est que j’en parle, contrairement à la plupart des gens, mais aussi que je ne me soumets pas et je ne reste jamais avec eux… et que donc ça m’arrive plus souvent.

Au fond, si les gens veulent s’aveugler sur le caractère commun et fréquent de toutes les formes de violences, ça leur appartient. Je n’aime pas beaucoup ça les gens qui se voilent la face. J’aime encore moins les gens qui se permettent de blesser les autres alors qu’ils n’ont aucune idée de quoi ils parlent. J’ai pris la résolution de me dire que leurs commentaires parlent de leur ignorance. Pas de moi. Mes connaissances sont réelles et elles s’appuient sur des faits. Pas des impressions et encore moins ma sensibilité personnelle. Leur ignorance et leur absence de souci de l’autre leur appartient.

Quand j’ai appelé SOS violence conjugale pour parler de ce que mon voisin faisait. La réponse n’a heureusement pas été « C’est vraiment bizarre que ça vous arrive. ». La réponse a été: « Oui, c’est de la violence poste rupture, des menaces voilées. Vraiment beaucoup d’hommes font ça. Ça arrive tout le temps ». Mettez ça dans votre pipe les incrédules et les personnes qui se pensent meilleures parce que ça ne leur est pas arrivé…

Je vais au lit. Je vous laisse les coquilles. Demain je serai là:

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