En marge de la violence (toutes sortes de choses)

Je vis plusieurs émotions très contradictoires aujourd’hui. Ma matinée a été bizarre. J’ai révisé des plans de cours intéressants. Ensuite j’ai fait un aller-retour rapide à la bibliothèque où j’ai aperçu un livre sur les champignons et la mycorhize qui semblait fascinant. Ensuite j’ai eu mon rendez-vous avec mon psy. On a parlé de mes difficultés présentes avec les humains et de combien c’est difficile.

Je lui ai parlé de la fameuse phrase sur mon quartier. Je tiens à préciser que cette série de billets je ne l’écris pas par colère, mais parce que ce sont des questions importantes pour moi. La personne qui avait dit cette phrase a bien réagi à mes explications et je ne suis pas fâchée contre elle. C’est rare que les autres réagissent bien. Je suis fâchée que les idées impliquées dans une phrase comme ça existent encore tout simplement. Elles me font mal, ces idées. En premier, parce que les homosexuels se sont battus pendant des décennies afin que leur orientation ne soit plus considérée comme une déviance ou une maladie mentale. Même si la personne pouvait parler des autres personnes du quartier quand elle a dit cette phrase, ça reste leur quartier, le quartier qui les représente eux et leur lutte, et le désigner comme un lieu de malades mentaux n’est jamais une bonne idée. Ensuite, parce que les itinérants ne sont pas tous des malades mentaux. Je compléterai sur eux dans un autre billet, mais je veux juste donner l’exemple de ceux qui sont schizophrènes. Ces personnes-là sont porteuses de cette maladie de façon génétique. Pour que la maladie se déclenche (parce que ce n’est pas toujours le cas même si on porte en nous les prédispositions) il a fallu que ces personnes vivent des traumatismes graves. Elles sont des personnes qui ont eu un criss de mauvaise main aux cartes dans la vie et elle n’ont absolument pas besoin de notre dégoût, notre peur ni même de notre malaise et encore moins de notre pitié. Elles n’ont pas besoin que nous contribuions à leur faire honte. Elles en sont déjà pétrie, de honte.

J’ai parlé avec mon psy de comment, après 15 ans de lecture sur le sujet, j’ai parfois l’impression de recevoir un coup de masse sur la tête tellement je ne sais pas par où commencer pour expliquer la violence en fait. Ici et en classe je suis capable parce que j’ai de l’espace et du temps. Dans une conversation en personne ou par messages textes, ce n’est pas vraiment le cas. Et honnêtement je ne sais pas toujours par quel bout prendre ce que l’autre me fait et me dit pour lui démontrer que ça n’a pas de sens. L’autre ne me laisse pas toujours l’espace pour parler et n’est pas toujours intérieurement disponible à recevoir ce que j’ai à dire.

Il y a plein de choses en jeu aussi. Il y a moi qui est là avec mes connaissances. Il y a la relation en tant que telle. Il y a des personnes à qui je n’ai tout simplement pas envie d’expliquer des choses. Avant j’essayais toujours très longtemps s’expliquer les choses aux autres. Le problème avec ça c’est que souvent il leur manque des tonnes d’informations. Ensuite, c’est possible qu’ils ne soient pas capables de voir la réalité et qu’ils vivent dans le déni. C’est possible qu’ils soient trop fragiles pour se remettre en question et… Ça peut devenir crissement compliqué et je ne vois pas pourquoi on demande sans arrêt aux personnes qui reçoivent la violence de l’expliquer.

Prenons l’exemple de mon voisin. Après que ce soit arrivé, quand il passait très souvent devant chez moi (ça semble s’être calmé, mais je n’ose plus vraiment attendre que ce soit fini. A chaque fois que je pense que c’est fini ça recommence.), plusieurs personnes m’ont dit que c’était à moi d’aller lui parler. Je ne suis absolument pas d’accord avec ça. Ce n’est pas moi qui ai mal agi ni fait des choses blessantes. Je ne veux pas qu’il fasse partie de ma vie parce que ce qu’il m’a fait m’a réellement blessée. Dans une circonstance comme celle-là, l’initiative doit venir de l’autre et elle doit démontrer que la personne a compris ou veut sincèrement comprendre comment ses actions et ses paroles nous ont blessé. En plus je ne sais pas à qui j’ai affaire à part une personne capable de me faire beaucoup de mal. Imaginez que c’est un masculiniste, un narcissique ou… Il me faudrait défaire toute sa vision de lui-même et du monde avec lui pour qu’il finisse par comprendre ce que je vis et ce que je dis. Ce serait infiniment long et épuisant. Il est possible aussi qu’il ne veuille pas ou ne soit pas capable de m’entendre. Le jour où j’aurai un amoureux pertinent, ça me fera plaisir de répondre à ses questions et de lui expliquer.

Sinon, ce n’est pas mon rôle. Ce n’est pas à moi d’instruire les personnes qui me font du mal et de leur ouvrir les yeux. Quand j’essaie de le faire, si l’autre ne fait pas d’efforts, je me retrouve juste à vivre encore plus de violence. Comme mon ancien collègue de bureau qui essayait de m’interdire de lire sa face et que c’était vraiment bizarre que je pense même à le faire alors que le langage corporel représente une énorme partie de la communication. Beaucoup plus que le langage verbal en fait. Ça m’arrive souvent ça, me faire donner un char de marde par une personne qui n’a en fait aucune idée de quoi elle parle et c’est vraiment bizarre. Il me semble que je me garde une petite gêne quand il est question d’un sujet que je ne maîtrise pas.

Je parlerai d’autres choses soulevées dans cette conversation bientôt… c’est trop long pour un seul billet.

Ah oui…. Après j’ai vu que les masculinistes sont de retour dans le journal aujourd’hui. Ce n’est pas fort son affaire… et très malhonnête.

https://www.ledevoir.com/societe/796243/societe-des-influenceurs-quebecois-pronent-un-nouveau-mouvement-masculin

Ça me trouble vraiment beaucoup quand on déforme complètement les discours. Est-ce que quelqu’un pourrait aller dire à ce mâle supérieur que la raison pour laquelle il y a plus de suicide chez les hommes n’est pas le féminisme, mais plutôt la masculinité toxique qui fait croire aux hommes qu’il est faible de demander de l’aide ou d’aller en thérapie et que la meilleure chose à faire c’est de refouler le plus possible ses émotions, choses pourtant démontrée malsaine et nuisible pour la santé mentale depuis des décennies maintenant? Est-ce que quelqu’un pourrait lui dire aussi qu’il y a des hommes qui passent leur temps à essayer de guérir des maladies mortelles, à sauver des espèces en voie de disparition et à percer les secrets de l’esprit humain au lieu d’être obsédés par l’idée de ce qu’il appelle élégamment s’accoupler? Il est suivi par tellement de personnes en plus! Ça me donne l’impression que le cauchemar ne finira jamais. Ou alors il finira par nous faire une belle crise cardiaque ou de la haute pression ou encore devenir toxicomane à force de refouler… C’est pas mal ça qui risque d’arriver en fait, mais bon… je lui souhaite plus de réfléchir. On pourrait aussi lui dire finalement qu’il y a d’autres façons plus saines et riches d’être fort que la domination de l’autre, chose qui ma foi est complètement conne. J’irais bien, mais je suis trop clairement épuisée pour ça ces jours-ci. On n’a pas besoin d’un nouveau mouvement masculin. On a besoin d’être entendues, respectées, vues humainement et comprises.

Un appel est venu interrompre ma lecture de l’article. L’appel que j’attendais depuis longtemps. Celui de l’aide aux victimes d’actes criminels. J’ai appris que j’aurais droit à plein de remboursements que je n’espérais honnêtement même pas et qui couvrent plein de trucs jusqu’à payer les frais de déménagement s’il s’avère que la situation que je vis ici nuit trop à mon rétablissement. Ça m’a rendue heureuse, mais j’ai aussi vécu une sorte de choc quand la dame m’a dit que mon cas était considéré grave et que même si normalement il y a une limite temporelle, dans mon cas j’avais le droit d’être indemnisée pour ma thérapie de façon illimitée. Ils vont payer ma thérapie toute ma vie si j’en ai besoin. C’est grave à ce point-là, ce que j’ai vécu. Je le savais, mais c’est bien une des premières fois qu’on le reconnaît et qu’on en prend soin (à part mon psy bien sûr).

Après j’étais abasourdie et l’homme qui fait les réparations ici depuis des années est arrivé. Je lui ai dit ce que je venais d’apprendre et il m’a demandé ce que je pouvais bien faire dans la vie pour que ça m’arrive des choses comme ça et s’est mis à me parler de mon air craintif et que les méchants savent alors qu’ils peuvent profiter de moi. J’avoue avoir eu des pensées violentes pendant une minute. Je n’ai pas un air craintif. J’ai un air de personne qui souffre de stress post-traumatique complexe et si les gens n’arrêtent pas de me violenter, je n’ai pas vraiment beaucoup de chance de me remettre ni même de m’en sortir. Ensuite, il n’est pas possible que je transforme une personne en personne violente juste parce que mon corps est crispé de stress. La violence est déjà dans la personne. Finalement: why the fuck personne ne réalise que justement je ne les laisse pas profiter de moi ces hommes-là (depuis mon deuxième viol)? Je ne reste jamais avec ces hommes. Je ne commence souvent même pas de relation avec eux. Il me semble que c’est clair que ce n’est pas moi l’ostie de problème. Étrangement, je n’ai jamais vu ni entendu personne aller demander à ces hommes pourquoi ils ont choisi d’agir comme des caves dans ma vie? Ça, ça ne semble poser de problème à personne. On ne leur demande jamais non plus ce qu’ils ont fait pour devenir comme ça, pour penser que c’est normal de traiter les autres comme ça. Le jour où ça arrivera, je sauterai et j’applaudirai de joie.

Pour finir sur quelque chose de plus léger, voici mes cucamelons. J’ai aussi mangé du labneh aux noix et aux olives dans un pain aux olives. C’était pas mal magique et ça m’a fait penser à ma belle-sœur que j’aime (Elle est libanaise…).

A plus!

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