La violence (3)

Peut-être vous êtes vous dit, en lisant le deuxième billet de cette série, que peut-être que l’amour du prof d’université et son ex était réel et sincère et pur et beau. Je ne crois pas non. Je pense que lui est très dépendant aux autres et qu’il savait qu’elle le reprendrait tout simplement. Ça semblait juste plus winner que de se faire crisser là par la femme qu’il avait choisie pour la remplacer. Parce que c’est le problème avec les personnes qui sautent d’une relation à l’autre. Souvent ils ne ressentent rien en fait pour la personne en face d’eux. Ils ressentent quelque chose pour l’image que la personne leur renvoie. Si on cesse de leur renvoyer une image qui leur plait, on devient un monstre, une saleté à éliminer. C’est aussi simple que ça.

Peut-être vous êtes vous dit aussi une chose que je n’ai heureusement pas entendue depuis longtemps, soit que c’était elle qui gagnait parce qu’elle était en couple avec lui. Comme si être en couple était une compétition ou alors un prix qu’on remporte. Le fait est que j’ai été en relation avec lui et je sais ce que ça fait. Je n’en veux pour rien au monde. C’est lui qui me posait aussi des colles de maths et essayait ensuite de me faire sentir stupide si je n’avais pas la bonne réponse. Je la saurais probablement aussi la réponse si j’avais un doctorat en maths… Ce n’est pas une question d’intelligence. Juste de connaissances acquises. C’est lui aussi qui voulait que je déménage sur le plateau pour bien paraître. Lui qui faisait des crises de nerfs si, malgré le fait que je lui avais dit plusieurs fois dans la journée qu’il était beau, je ne lui avais pas fait de compliments sur sa garde-robe et c’était un drame figurez-vous donc. C’était insupportable, être en relation avec lui. Et… Elle peut le garder, même si je lui souhaite mieux en fait. Elle est intelligente. Elle a l’air gentille. Je sais cependant que le grand amour des hommes comme lui est toujours la femme qui les reprendra le plus de fois, peu importe ce qu’ils lui font. Ce n’est pas de l’amour. C’est de la dépendance. Je n’ai pas envie d’être cette femme-là, non. Je préférerais être seule toute ma vie.

Peut-être aussi avez-vous eu récemment l’idée que je blâmais la société et la façon dont les hommes sont éduqués pour ne pas me remettre en question et se faire passer pour une victime. Ça c’est un argument valide pour une personne qui ne vient pas de passer 16-17 ans en thérapie à travailler sur elle et à retourner dans tous les sens les raisons pour lesquelles elle vit de la violence dans ses relations. Non, la raison n’est pas en moi. Il y a vraiment un problème social. Le taux de violence conjugale dans la société le dit. Il parle beaucoup plus fort que moi. Je ne suis pas la seule non plus. Juste durant l’après-midi j’ai rencontrée deux femmes que je ne connaissais pas et qui ont des histoires qui ressemblent à la mienne et qui savaient très bien de quoi je parlais. Sur pas tant de personnes que ça et je suis certaine qu’il y en avait d’autres dans la salle. Une des deux a fait une exposition sur la violence conjugale et elle m’a dit qu’elle avait reçu des tonnes de pages de commentaires de personnes qui avaient vécu de la violence après. L’autre que tous ses exs étaient violent avant l’amoureux qu’elle a en ce moment. Je sais aussi que la plupart des femmes qui me disent qu’elles n’en ont jamais vécu, de la violence, mentent (souvent parce qu’elles sont dans le déni). Je le sais toujours quand elles me racontent leurs relations. Elles ont vécu de la violence normalisée qu’elles ne voient pas parce que c’est littéralement devenu une norme justement et que plusieurs s’en contentent. Il y a trop d’ignorance au sujet de la violence. C’était notre conclusion cet après-midi.

La plupart du temps, les personnes qui cherchent des raisons qui proviendraient de moi ne pensent pas à moi quand elles le font. Elles pensent à elles. Elles veulent se rassurer par rapport au fait qu’elles ne pourraient pas faire l’erreur que j’ai dû faire pour vivre les choses que j’ai vécues. C’est bien trop effrayant d’accepter que la violence peut arriver à n’importe qui n’importe quand. C’est quand même ça la vérité. Ça m’est arrivé beaucoup plus jeune parce que j’étais aveugle à la violence parce que j’avais grandi dans un milieu où c’était ça la norme. J’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai remis en question ce qu’on m’avait appris. Je me suis éduquée. Je ne pense pas que c’est si commun. Je pense que les personnes qui me font du mal et les personnes qui me font honte de ce que je vis s’aveuglent et se voilent la face au lieu de s’informer. Je pense aussi qu’elles ont dû beaucoup souffrir et ne pas faire le nécessaire pour guérir. Et ça, ça les rend responsables de ce qu’elles m’ont fait malgré leurs souffrances. Je pense que c’est plus facile d’imaginer que je dois être une nounoune qui sort avec des épouvantails crottés que d’accepter que ça pourrait nous arriver. Mais ce n’est pas ce que je fais, non. Vous avez tort si c’est ce que vous pensez de moi. Et oui, ça peut très bien vous arriver malheureusement. C’est ça, la vérité.

Ce matin je me suis réveillée à 4h. J’entendais une voisine parler à un policier parce que sa fille était disparue. Non, la fille ne vit pas dans mon quartier et non, la fille n’habite pas dans mon quartier. Elle est disparue dans un coin beaucoup plus huppé de la ville. La police s’était déplacée pour venir parler avec la mère qui essayait d’avoir plus d’informations. Elle est partout, la violence. Elle ne connaît pas les classes sociales. Elle est souvent juste mieux déguisée sous des habits dorés. Ma journée s’est mieux terminée avec L’incroyable salon du zine où j’ai rencontré plusieurs personnes intéressantes. Je suis heureuse d’être allée. C’était ma première fois vraiment seule. Je suis heureuse d’avoir dépassé ma peur des humains aujourd’hui.

J’étais heureuse de retrouver la bienveillance des amoureux en rentrant! (Cassius se couche n’importe où, oui…)

Je vais au lit. A plus!

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