Les plans

Ce matin un chauffeur de taxi m’attendait près de l’hôpital à côté duquel je passe en rentrant de ma longue promenade matinale avec Cassius, l’inépuisable géant. Il souriait et me faisait des signes. Il m’a bloqué le chemin avec sa voiture aussi. J’ai eu peur un peu. Ne me dites pas que je suis paranoïaque. Je ne sais jamais à quoi m’attendre quand des inconnus me parlent. Un homme m’a déjà demandé si je voulais me faire enculer alors que je faisais tranquillement des courses pour mon ancien chien au magasin pour animaux. TOUT peut arriver. Remarquez que je ne sais pas non plus toujours à quoi m’attendre des personnes que je pense connaître…

Ce matin c’était différent. Il m’attendait pour me dire de belles choses sur le chien. Il en a un pareil apparemment. J’en doute puisque Cassius est évidemment le plus beau des plus beaux, mais quand même. Il avait l’air touché en parlant de son chien. Ça m’a fait plaisir. C’était un moment charmant. Moins que la fois du monsieur avec l’éclipse lunaire sur ma rue, mais quand même. En personne qui sait que les pedophiles attirent les enfants en leur parlant de leur chien et qu’il n’est pas exclu qu’on fasse ça aux adultes, je me suis quand même tenue prudemment à distance de l’auto. Nous sommes rentrés heureux. Cassius sait toujours quand on dit qu’il est beau. Il est habitué. Tout le monde nous arrête toujours dans la rue pour lui dire. C’en est drôle.

J’ai eu une étrange fin de semaine. Davantage ponctuée de coups de blues que de déprime donc il y a du progrès, même s’il est un peu lent à mon goût. Ce sont des coups de blues au sujet de comment les relations humaines sont souvent du gâchis… mais aussi par rapport au fait que je me sens coincée et que j’ai hâte que des choses débloquent un peu. J’ai hâte qu’il fasse moins chaud aussi. J’ai passé ma première journée depuis plusieurs jours à l’air climatisé. C’est un peu déprimant à la longue. Je me prépare psychologiquement parce que j’ai vu, oui, qu’il y aura plusieurs jours au-dessus de 30 cette semaine. L’enfer.

Ça a été une fin de semaine principalement consacrée à la cuisine et à la sauvegarde de tout ce qui pousse dans le jardin… J’ai fait des soupes, des tacos jamaïcains (quoi que je ne pense pas qu’ils soient très conformes à la culture…), des feuilletés aux petits fruits, une compote de pommes et de rhubarbe, mais aussi une tarte au citron vegan parce que les œufs sont devenus vraiment chers et parce que les citrons allaient mourir sinon. J’ai aussi séché différentes herbes. J’essaie de prendre de l’avance sur l’automne, parce que je pense que je serai très occupée. Mais aussi pour profiter le plus possible du jardin tant qu’il est là. La saison sera probablement un peu plus longue encore cette année. J’ai aussi prié pour avoir une plus grande cuisine parce que j’ai vraiment, mais vraiment tout fait tomber et j’ai cassé quelques trucs. L’homme qui s’occupe des blocs viendra bientôt me construire un plus long comptoir, mais ce sera encore minuscule. C’est quand même mieux que rien et j’apprécie beaucoup son initiative et sa gentillesse.

Je n’arrive pas a décider si je prendrai un cours ou deux cet automne. Je sais qu’un seul serait plus sage à cause de mon épuisement… mais parfois c’est porteur aussi d’être très occupée sur le plan créatif. Et puis je n’habite pas très loin de l’université, donc l’automne c’est n’est pas si pénible d’y aller. Il y a aussi la possibilité de rencontrer plus de personnes. Je ferai le cours de vidéo, c’est certain . Je prendrai peut-être aussi un cours de photographie. J’aime bien utiliser des images fixes dans mes vidéos de toute façon … et l’accès au studio est toujours pratique. Il me faut être ordonnée et disciplinée… mais surtout prendre vraiment soin de ma santé.

J’ai appliqué pour quelque chose. Je devrais savoir bientôt si ça fonctionne. J’en reparlerai alors, mais ce serait la même fin de semaine que le marché anarchiste donc j’aurais deux activités différentes en deux jours pour présenter mes trucs. C’est intéressant, mais ça signifie que je dois me transformer en petite manufacture de zines (et plus) pour quelque temps. De toute façon ce qui restera sera prêt pour Expozine en décembre. J’ai aussi fait les corrections mineures nécessaires à un texte que je vais publier. Et j’ai tricoté… et j’ai lu… et j’ai promené les chiens. L’anxiété d’Hannah commence à diminuer.

Malgré tout ça, j’ai encore l’impression que je ne fais rien… Je sais que je dois faire attention à ce sentiment parce que c’est souvent lui qui me mène droit dans le mur. Je fais beaucoup. Je ne fais pas toujours ce que les autres voudraient que je fasse au moment où ils le voudraient. Et alors? Je ne dois pas oublier ça non plus quand je me tape sur la tête:

La seule chose possible à faire avec ça, c’est de travailler sans cesse à déconstruire les idées que les traumatismes et les personnes violentes m’ont enfoncées dans la tête pour me rappeler plus facilement que je vaux les efforts. Comme quelqu’un de sage me disait tout à l’heure: mon combat est continuel et j’ai le droit de perdre certaines batailles parfois. Mais il y a tellement de choses que je voudrais faire et il y a si peu de temps et d’énergie. Tant d’obstacles aussi! Il reste les rêves pour me tirer vers l’avant.

Ce matin en marchant j’ai commencé à écouter Dépeindre Riopelle et sa dernière conjointe parlait de la force et de la sauvagerie de la nature autour de leur maison. J’aimerais bien y aller, à L’isle-aux-Grues. Je voulais aller dans sa réserve un temps (Riopelle). L’amie avec qui je voulais y aller avait peur que nous manquions le traversier pour rentrer. Cela la faisait paniquer. Ça me semble plutôt une belle aventure de rester coincée toute une nuit avec mon chien sur L’isle-aux-Grues. On peut emmener les chiens, oui. C’est parce que Riopelle aimait les chiens. Il avait un Komondor. Vous savez, les chiens qui ressemblent à d’immenses serpillères. Ça lui va bien, je trouve. Immense et empâté. J’irai un jour seule avec mes amours.

Demain, augmentation du temps de préparation de cours et autres trucs. Je dois aussi dessiner ce qu’insère mon dernier tatouage pour longtemps. J’ai lentement, mais sûrement plus d’énergie. Je vais aller rêver de tempêtes, de petites maisons et d’îles.

Bonne nuit !

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