Ce matin, je me suis levée avec l’impression qu’il me manquait quelque chose. Je n’avais pas tout préparé pour le matin comme je le fais normalement avant d’aller au lit, mais ce n’était pas ça. J’ai pris mon café en lisant avec les chiens, comme d’habitude. Ensuite je suis partie avec Cassius pour sa plus longue promenade puisqu’il est un bien plus grand garçon qu’Hannah.
Après, j’ai fait quelques courses et je me suis enfin posée pour écrire mon article pour le magazine féministe auquel je participe. J’ai basé ma réflexion sur une remarque au sujet du déni de la femme de Septimus Neverson faite par Patrick Lagacé dans La Traque. Je l’ai regardé deux fois en quelques jours pour écrire mon texte. C’était important pour moi de voir cette série. Septimus Neverson est un homme qui a commis plusieurs invasions de domiciles durant les années 2006 et 2009 (et avant, mais je ne vous dirai pas tout). C’est donc arrivé la première fois au moment où j’emménageais seule ici. J’ai dormi pendant plusieurs années avec une batte de baseball sous mon lit à cause de lui, chose qui étonnait toujours les hommes que je fréquentais et qui ne se posaient pas vraiment de questions sur la réalité des femmes. Mais j’arrête ici. Vous lirez la suite dans l’article.
Plus la journée avançait, plus j’ai commencé à comprendre ce qui manquait: la peur. Je vous l’ai dit dans le titre, oui. Pas de suspense. Je me suis régalée de la sensation de dégagement que je ressens dans la cage thoracique et au niveau du plexus solaire. Je l’ai fait même si mes allergies et la chaleur rendent ma respiration difficile ces jours-ci. Satanées moisissures.
C’est un peu comme si ma tête et mon corps avaient pris un pas de recul et retrouvé une certaine à confiance en moi. J’ai repensé à d’autres choses qui me sont arrivées au travail. Par exemple cette collègue qui m’a dit un jour qu’elle espérait qu’il y avait du contenu dans mes cours. C’est là qu’on voit à quel point c’est du délire. J’ai presque deux fois son éducation, je passe mon temps à lire et à suivre des formations, je suis encore aux études malgré mon statut de professeure… comment est-ce que ce serait même possible que je n’aie aucun contenu à transmettre à mes élèves?
J’ai gardé, de mon enfance avec un père manipulateur, le réflexe de vouloir parler et expliquer quand on me traite de façon injuste. Ça vient de la petite moi qui espérait toujours que mon père cesseraient ses mensonges et finirait par admettre les faits. J’ai aussi gardé le réflexe de me sentir en faute même quand je n’ai rien fait de mal. C’est parce qu’on a très souvent fait de la projection sur moi et qu’on m’attribue des fautes, des défauts et des responsabilités qui ne m’appartiennent pas. C’est par exemple plus facile pour les collègues de me rabaisser que d’examiner nos vies respectives et de voir que, comme je n’ai pas de famille, je ne suis pas responsable d’enfants, qu’il n’y a personne pour prendre mon temps quand j’arrive à la maison et… c’est normal que je puisse faire certaines choses plus rapidement et facilement. Ça ne leur semble pas facile d’imaginer les souffrances qui peuvent venir avec ma vie non plus ni de mesurer certaines des chances qu’ils ont. Je pense que ma douance masque certaines difficultés et que ma plus grande capacité de travail fait que même quand je suis mal en point, je suis quand même capable de fournir une capacité de travail qui est le maximum pour d’autres. C’est plus facile de me diaboliser que de me voir, même si je n’ai jamais proposé le sacrifice d’une chèvre pour régler les problèmes de grammaire des jeunes…
Je porte du noir et je n’ai pas l’air de mourir sous ma charge de travail. Je fais des choses que d’autres personnes se sentent incapables de faire en ne me demandant jamais si je suis capable. Je les fais tout simplement. Je dois être une méchante paresseuse… Il n’y a pas d’autre explication possible. Ça et le fait que j’aurais eu magiquement et contrairement à tout le monde une formation universitaire parfaite qui couvrirait tous les champs d’étude et que je n’ai bien sûr eu aucun effort à fournir pour apprendre et me former par moi-même en parallèle avec mon travail à temps plein.
Je pense que ça ne me sert pas, ce vieux fond d’inquiétude qui prend racine dans mon enfance. Je pense qu’on le confond souvent avec de l’idiotie ou de l’ignorance, alors que ça n’a rien à voir. Je pense que la peur est finie. À la fois celle des collègues et celle des voisins, le vieux et l’autre espion étrange. Je pense que quelque chose s’est dénoué après tout ce temps. J’ai moins peur de sortir. Moins peur de retourner au travail aussi. Moins peur de vivre surtout. Mon psy a suggéré que maintenant quand on me dit des choses déplacées ou violentes ou qu’on me demande quelque chose, je devrais leur dire de me dire ça en réunion devant tout le monde. Il était mort de rire. Bien sûr personne n’oserait rien dire ni faire. Ils attendent toujours qu’il n’y ait pas de témoins.
Les choses qu’on m’a faites et dites ces derniers mois, ce sont des choses inacceptables et violentes. Ce sont des comportements de rats haineux… et ça ne parle que des personnes qui ont choisi de me faire et de me dire ces choses. Ça ne m’est pas utile et je ne veux plus perdre mon temps ni ma vie avec ça, même si je ne crois pas que c’est ce que j’ai fait des derniers mois. J’ai produit et accompli un nombre impressionnant de choses malgré tout ce qui m’est arrivé. Je suis fière de moi. Je me connais. J’ai confiance dans les connaissances que j’ai et dans la parole de mon psy qui me dit que ce qu’ils font est malsain et anormal contrairement à ce qu’ils prétendent. Je n’ai pas besoin que qui que ce soit d’autre me le confirme. C’est à moi, à mon intégrité, à ma force et à mes connaissances qu’il faut que je fasse confiance. Il ne faut plus que je les laisse me vider de mon énergie. J’ai fes choses plus importantes et enrichissantes à faire.
Regarder cette série m’a ramenée au fait que je me demande parfois pourquoi je ne suis pas devenue journaliste. Peut-être à cause de mon père. Ce qui m’effrayait avant, c’était le rythme des parutions. Quand j’étais plus dépressive, je n’arrivais pas à écrire rapidement. Je pense qu’on peut dire que c’est passé maintenant. Il aura au moins servi à ça ce blogue… à me débloquer.
Je vous mets une souvenir plein d’amour et de douceur pour la route.
Xx
