
Cette semaine, durant mon dernier rendez-vous avec mon psy avant ses vacances, je lui ai dit que je me considérais chanceuse d’avoir seulement été violée par le premier homme qui m’a agressée. C’est une phrase bien réfléchie, oui.
En relisant mon journal de quand j’avais 19 ans, je suis tombée sur le passage où mon ami D m’avait dit de ne jamais faire confiance à ce gars-là et où je ne l’avais pas écouté. D n’avait pas deviné que S, le violeur, était indigne de confiance en le voyant. Il ne l’avait pas vu. Il l’avait deviné par ce que je lui avais raconté de comment nous nous étions rencontrés et de ce qu’il avait choisi de faire. Je ne donnerai pas tous les détails, je suis en train de le faire ailleurs.
La deuxième fois que je l’ai vu, il est revenu avec moi à la maison après une soirée de poésie. On avait commencé à faire des trucs, puis, il avait prétendu être trop saoul et nous avions dormi. Puis il était revenu à la charge quelques jours plus tard en m’invitant chez lui très tard le soir. Il a attendu que nous soyons dans son lit pour finalement me dire qu’il était en couple. Je me suis sentie misérable, mais je suis rentrée et j’étais résolue à ne plus y penser.
C’est de ce constat là, que mon ami D avait dit de ne jamais lui faire confiance, du fait qu’il avait caché être en couple toutes les fois où nous nous étions parlé avant. Ça rappelle quelqu’un?
Je n’avais pas écouté D à l’époque. S m’avait rappelé et je lui avais dit que nous ne pourrions alors qu’être amis puisqu’il était avec quelqu’un. À 19 ans, je ne m’aimais pas beaucoup et je pensais en quelque sorte que les gens qui m’accordaient de l’attention me faisaient une faveur. Je pensais aussi qu’il ne fallait jamais faire sa difficile. Je croyais aussi fermement qu’il était possible d’être amie avec une personne qui nous avait vraiment blessée.
Alors S et moi, nous sommes devenus des amis. Il me téléphonait souvent. Il venait plusieurs fois par semaine. Nous buvions en parlant ou en regardant un film. Il prétextait toujours être trop saoul et trop fatigué pour rentrer. Nous dormions ensemble. Il ne me touchait pas. Ça me rendait plus triste à chaque fois puisque mon attirance pour lui ne s’était pas magiquement évaporée contrairement à ce que j’espérais, mais en même temps je respectais son couple et je ne faisais rien non plus. Je me disais pendant tout ce temps-là, que sa blonde était vraiment chanceuse d’être sa blonde. J’étais très naïve.
C’est seulement à mon anniversaire, alors que j’étais inconsciente et que j’avais les cheveux plein de vomi, qu’il a finalement décidé que c’était le temps de mettre son pénis en dedans de moi. Je ne sais pas ce qu’il a pensé. Je ne sais pas quelle genre de merde il faut avoir dans la tête pour être attiré par une fille inconsciente qui sent le vomi. Je ne sais pas non plus ce qu’il faut avoir comme merde dans la tête pour essayer de contourner le consentement de quelqu’un de quelque façon que ce soit. Je fais fast forward ici aussi pour arriver à mon point.
Dans les semaines qui ont suivies, j’ai appris que sa blonde l’avait laissé. J’ai appris qu’elle avait été admise d’urgence à l’hôpital parce qu’il l’avait battue à ce point-là, oui. Ce n’était bien sûr pas la première fois. J’ai appris qu’il était surveillé par la police maintenant et n’avait absolument pas le droit de l’approcher. J’ai appris quelques années plus tard qu’il avait été interné pendant un temps.
C’est pour ça que j’ai dit à mon psy que j’avais été chanceuse. C’était moi la chanceuse finalement, même si ce qu’il m’a fait reste horrible, oui. Inoubliable malgré l’inconscience, oui.. Celle que je croyais être la chanceuse, elle en a bavé bien plus que moi en fait. Et il l’a probablement violée plus qu’une fois, elle, en plus de la battre. Ça ne me surprendrait aucunement puisque je sais qu’il a fait ou essayé de faire la même chose qu’il m’a fait à d’autres femmes.
On dit parfois que les gens sont différents d’une personne à l’autre. C’est quelque chose à quoi je ne crois pas vraiment. Je pense que parfois les gens peuvent cacher qui ils sont aux autres pendant un temps parce que ça les arrange, mais que leur vrai visage, positif ou négatif, fini toujours par sortir un jour ou l’autre.
Après ce jour-là, je n’ai jamais plus pensé que les femmes qui étaient avec des hommes qui m’attiraient et se permettaient de me maltraiter étaient des chanceuses menant une vie de rêve auprès d’un homme merveilleux. Je sais que c’est faux. Un homme qui se permet de traiter qui que ce soit comme de la merde n’est pas un homme merveilleux, même si ce n’est pas à toi qu’il le fait. Je n’ai pas non plus la naïveté de penser que j’ai le pouvoir de transformer subitement un homme merveilleux en trou du cul, non. J’ai aussi appris depuis, en thérapie, que les femmes avec qui ces hommes se mettent en couple sont des femmes de qui les limites ne sont pas claires, des femmes qui pensent que c’est normal d’être traitées comme ça, des femmes qui ont une vision erronée de l’amour, des femmes qui toléreront beaucoup avant de finalement partir (même si oui, je sais que c’est complexe et graduel). Je ne suis pas comme ça. J’ai été une femme comme ça quand j’avais 16 ans, avec celui dans Je connais la musique et je ne l’ai plus été jamais depuis. Il s’appelait S, lui aussi… mon psy également. Ça a été difficile au début. J’en ai eu plusieurs autres dans ma vie, des hommes avec ce nom…. Ça a toujours été désastreux, à part le psy.
J’ai gardé de ce viol, une encore plus grande difficulté à faire confiance. J’avais déjà de la difficulté avant. Les humains semblent s’entêter depuis à me prouver que j’ai raison de ne pas souvent faire confiance et quand j’ose le faire, ça me rattrape souvent très violemment. Parfois on me dit que je suis parano… mais quand les choses se produisent réellement, ce n’est pas de la paranoïa. Ce sont des faits. J’ai demandé le suivi psychosocial pour m’aider à survivre aux humains qui ne méritent bien souvent pas le temps, l’attention, l’empathie et la bienveillance que je leur accorde. Il y a de bonnes personnes, oui, mais je me trouve pas qu’elles sont assez nombreuses honnêtement. J’ai demandé le suivi pour survivre aux hommes, à certaines de mes collègues, à d’autres personnes que je rencontre, par exemple l’Artiste l’automne dernier, mais bien d’autres. J’espère que ça aidera à ce que j’aie un meilleur futur. Je pense que oui. J’ai hâte que ça commence.
Même si j’ai fait le lien avec le voisin de l’été dernier un peu plus haut, je ne suis pas en train de dire qu’il était aussi pire que S ni qu’il se serait révélé être un violeur à la fin. Il reste que je suis allergique aux cachotteries, à la malhonnêteté, à l’incapacité de prendre ses responsabilités et… Je pense aussi que les hommes qui agissent de cette façon, les hommes qui pensent à eux et non à moi, ou à nous, ne savent pas vraiment comment agir avec moi. Je dois parfois être comme un coup de poing (mérité) pour des hommes qui ne se posent pas assez de questions. Je me suis demandé longtemps après si je m’étais trompée à son sujet. Je pense que si c’était le cas, il me l’aurait montré, puisque c’était la seule chose intelligente à faire.
Ça va faire un an bientôt. En relisant les journaux, j’ai bien vu la répétition et la raison pourquoi j’ai vécu une si grosse crise de stress post traumatique après ce soir de l’été dernier. Je le savais déjà, mais revoir les éléments s’aligner de la même façon, ça m’a confirmé ce que je pensais. Ça va mieux maintenant. J’y pense moins souvent. Un peu à chaque fois que je sors parce qu’il y a toujours le risque de le croiser, mais je peux quand même dire que je vais honnêtement beaucoup mieux et je pense que ça continuera sur cette lancée. Je ne sais pas si j’aurai à nouveau un homme dans ma vie dans l’avenir. Je ne sais pas si je sentirai un jour que j’ai encore les moyens, la capacité de prendre ce risque. Je sais cependant que si ça arrive, ce ne sera surtout pas un homme sneaky. Jamais.
Je continue bientôt sur le futur. L’air était dégoûtant aujourd’hui, surtout avec ma condition de santé. Durant ma longue promenade ce matin je me suis mise à tousser sauvagement après 15 minutes et l’air n’avait pas atteint encore la pire qualité qu’il a eue durant la journée. Plusieurs personnes m’ont répondu: « C’est moins pire que dimanche! », ce qui m’a semblé très étrange. Moins pire que dimanche ne veut pas dire bon. Prenez soin de vous et suivez les recommandations.
A plus!