Le présent

Ce matin, j’ai remarqué un jeune homme, genre 22-23 ans qui me suivait du regard et puis carrément dans les allées à l’épicerie. Il était joli, mais je ne comprenais pas trop ce qu’il me voulait. Il m’a offert de l’aide plusieurs fois. Je me suis demandé si maintenant j’avais l’air si vieille que les jeunes se sentaient obligés de m’aider dans les magasins. Puis il m’a offert de porter mes paquets jusque chez moi si je le voulais avec un immense sourire qui ne l’aidait aucun doute sur ses intentions. J’ai alors compris.

J’ai refusé mais je suis quand même rentrée à la maison en riant en me disant qu’apparemment les petits jeunes aiment les vieilles butchs apparemment trop laides et décevantes pour attirer aucun homme. Malheureusement pour lui, la jeunesse ne m’attire pas du tout (Il aurait pu être mon élève…) et les gens qui veulent juste du sexe m’ennuient profondément et c’est ce que ça aurait fort probablement été. Les menteurs et les manipulateurs aussi d’ailleurs. Quelle perte de temps! Au moins lui était direct et franc. J’avais cependant autre chose à faire qui me tenait bien plus à cœur et m’intéressait davantage…

Je ne sais pas ce qu’il se passe ces temps-ci. Probablement que c’est parce que je me sens mieux et que je suis moins verte. Même si je ne devrais pas avoir besoin de validation apparemment, la jeune femme en moi qui avait honte de son corps et se sentait laide et obèse même quand son médecin lui disait qu’elle était trop maigre, elle, elle avait quand même besoin de constater que le vieux monsieur frustré avait tort. Les hommes qui pensent que les femmes vieillissantes ne sont pas attirantes aussi. C’est la douleur de cette jeune femme là qu’il avait rejoint, le vieux monsieur qui m’a blessée en janvier. Pas la femme féministe que je suis aujourd’hui et qui sait que ses idées ne sont que des conneries misogynes.

J’ai encore travaillé sur le livre aujourd’hui. J’ai traversé la période où je suis allée voir mon médecin parce que je me sentais trop mal et où j’ai décidé d’aller en thérapie. Pas avec le psy que j’ai maintenant. Avec un autre. La première fois je n’ai pas aimé ça et je ne suis pas restée longtemps, mais c’était quand même intéressant de voir les peurs et les idées que j’avais face à la thérapie. Je suis tellement ailleurs maintenant. J’avance, donc. Je me force à faire le travail intellectuel le matin ces jours-ci.

Puis, parce que je sais que j’ai besoin de repos, je fais des choses que certaines personnes jugeraient indignes d’une femme avec un doctorat en épistémologie et théories de la littérature… (bonhomme qui lève les yeux au ciel). Aujourd’hui j’ai fait des tartelettes avec de la rhubarbe de mon jardin, des framboises, des fraises et du sirop d’érable, mais pas beaucoup, parce que souvent le sucre des fruits suffit à mes goûts. Et puis j’ai continué les mitaines et j’ai reçu une avalanche d’amour des chiens qui sont tellement heureux que je sois si souvent et longtemps avec eux. J’ai réalisé que je commençais à me sentir un peu apaisée et reposée. J’ai même oublié de prendre le traitement contre l’anxiété que j’ai été forcée de prendre pour fonctionner pendant des mois à quelques reprises durant les derniers jours et ça s’est bien passé.

Puis j’ai parlé avec une amie des choses que j’ai vécues au travail dernièrement. Elle est très gentille et franche et elle a dit qu’elle ne comprenait pas pourquoi les gens se permettaient de me dire des choses aussi dénigrantes et violentes. Parce que selon elle on le sait, quand ce qu’on dit est méchant, faux et destructeur… Je pense qu’elle a en partie raison et je ne comprends pas non plus vraiment comment certaines personnes peuvent acorn envie d’agir de la sorte. Je lui ai quand même répondu que j’avais remarqué que certaines personnes, parce qu’elles ont fait des études supérieures, pensent que ça fait automatiquement d’elles de bonnes personnes, des personnes supérieures qui n’ont pas à se remettre en question et qui pensent que c’est impossible qu’elles puissent faire quelque chose de violent ou de méchant. Ce point de vue, c’est un de ceux que je déteste le plus dans les milieux intellectuels parce qu’il est toujours faux. Je l’ai déjà dénoncé chez les hommes, mais je tenais à dire qu’il y a beaucoup de femmes comme ça aussi. Ce point de vue là, il implique de se sentir supérieur et quand on se sent supérieur, ça veut dire qu’on place immédiatement les autres en position d’infériorité et quand on fait ça, on est automatiquement dans une posture violente face à l’autre… qu’on se permettra alors de maltraiter sans gêne. Je trouve ça insupportable et inacceptable. Ça me dégoûte. Mon amie aussi. Il me semble au contraire que plus on a de connaissances, plus ça rend humble et nuancé.

Après, j’ai réfléchi un peu aux personnes qui disent qu’il faut cacher le fait d’être blessé sinon l’autre « gagne » en quelque sorte. Ça aussi, ça me semble vain, voir les relations comme une sorte de compétition. Je préfère assumer clairement que je suis blessée. Je sais de source sûre qu’il y a juste les personnes qui ont des problèmes de santé mentale qui se réjouissent ou dénigrent la douleur des autres, la considèrent comme de la faiblesse. Ça me permet donc de savoir plus vite à qui j’ai affaire, quand on se permet d’en rajouter, de se réjouir ou de minimiser ce que je vis de douloureux. Ça me semble très immature de faire semblant qu’une situation nous laisse indifférent au lieu de chercher à la régler en admettant ses torts et en s’excusant si nécessaire. Encore une perte de temps! Mais il y a vraiment beaucoup de personnes dominées par leur orgueil et leur ego. Pour moi c’est ça, la faiblesse.

J’ai aussi pensé à mes projets d’avenir. J’ai pensé au projet que je veux concrétiser. Je prendrai le temps que les autres prennent pour leurs enfants et leur famille, leur conjoint, la rénovation de leur maison et… pour le construire peu à peu. Je pense que ce sera beau. Je ne perdrai pas mon temps à partir en guerre ou à essayer de prouver quoi que ce soit à mon travail non plus. Je connais ma valeur et mes compétences. Je vais faire ce que j’ai à faire et continuer à bien le faire et c’est tout. Je suivrai cependant les conseils qui se trouvaient dans le dernier livre que j’ai lu sur le stress post-traumatique, par exemple de ne jamais accepter d’être seule avec une personne qui s’est déjà permis de me manquer de respect, voire de me dire des choses violentes. Mon projet prendra le temps que ça prendra, mais comme il est déjà plein de sens, il me rend déjà plus heureuse et pleine d’espoir. Il n’aura pas pour conséquence que je doive abandonner l’écriture ni la bd ni mes autres pratiques artistiques. Il les rendra en fait plus possibles. Je saurai aussi plus clairement pourquoi je travaille.

Je commence à me sentir vraiment mieux. J’ai quand même été un peu triste de lire qu’on annonce encore des problèmes avec la qualité de l’air à partir de demain… mais ça ira. Je sortirai tôt tous les matins, puis j’ai bien assez d’activités intérieures pour survivre heureusement quelques jours. J’apporte mes traitements pour l’asthme quand je sors, oui. Je prends soin de moi.

Prenez soin de vous… et de l’environnement.

Laisser un commentaire