Durant les derniers mois, j’ai eu, pour la première fois de ma vie, des idées de mort. Je ne dis pas ça pour vous inquiéter et il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Je vais mieux maintenant. Je ne ferais jamais ca aux petits. Mais ça m’a vraiment ouvert les yeux quand j’ai constaté encore une fois à quel point on me connaissait mal et à quel point on avait peu d’empathie pour ce que je pouvais traverser.
J’étais là à me lever le matin et à supporter que mon corps se vide de tout ce qu’il contenait par un orifice ou un autre tellement ca me demandait de juste sortir de chez moi et d’aller travailler. J’avais assez du harcèlement chez moi. Je n’avais pas besoin de violence au travail. Je suis quand même arrivée à faire tout ce que je devais et à finir deux jours d’avance. Je ne sais pas vraiment comment j’ai fait. Je ne sais pas comment j’ai trouvé la force et le courage, avec tout ce que je vivais.
Il y a quelques années, peu après l’histoire du mot en « n » une collègue avait dit publiquement que ca lui faisait peur pour un livre qu’elle voulait enseigner à la prochaine session. Malgré le fait que cette collègue m’avait nuit beaucoup au travail, je suis passée par-dessus ça et je l’ai contactée afin de savoir si elle avait besoin d’aide puisque je travaillais et j’enseignais ces deux livres depuis 12 ans. Ça venait du projet de post-doctorat que j’avais construit moi-même (pour lequel j’avais d’ailleurs été acceptée à Berkeley, mais que j’ai renoncé à faire faute de financement et à cause d’une anxiété et de manque de confiance en moi trop grands, choix que j’ai regretté amèrement depuis) et d’un cours que j’avais enseigné à l’université, mais je les utilisais encore au collégial puisque ca fonctionnait bien avec des plus jeunes. Donc j’ai tendu la main, parce que j’ai l’habitude d’enseigner les sujets sensibles et parce qu’au fil des années j’ai développé des techniques qui font que ça s’est toujours bien passé avec les jeunes qui se sentent vus et respectés même quand je parle de leur histoire… Elle enseignait deux livres qu’elle avait probablement pris sur mon plan de cours, mais je me suis fait répondre que ça n’avait aucun rapport avec moi et que je n’étais pas la seule à pouvoir enseigner ces livres et plein d’autres choses irrespectueuses.
Je l’ai trouvée malhonnête et inutilement agressive. Ça ne lui aurait pas coûté grand-chose de simplement dire qu’elle aussi trouvait que c’était une bonne idée. Je peux comprendre qu’un prof préfère construire ses cours soi-même. Je n’aime pas souvent utiliser le matériel des autres. Je pense quand même qu’il y a des manières de répondre respectueusement. J’ai fini par me dire qu’elle avait juste à s’arranger et continuer à avoir peur puisque c’était si compliqué pour elle d’admettre que possiblement je pouvais avoir quelque chose à dire qui l’aiderait avec mes 12 années d’expériences et de connaissances dans les poches.
Des expériences comme ça, j’en ai eu à la tonne avec ces personnes dont certaines ont craché sur mon doctorat sans aucune gêne en se ventant après de l’importance de leur maîtrise. J’aime enseigner, j’adore faire de la recherche, je suis boulimique de connaissances. J’ai cependant vraiment beaucoup de difficulté avec l’ego des autres et les mécaniques non dites et souvent agressives que suppose la vie départementale. C’est important pour moi d’agir de façon respectueuse et de me soucier de mes collègues. C’est un souci qu’on me renvoie rarement. Je fais beaucoup d’efforts pour comprendre leur vie, mais c’est un effort qu’on me renvoie rarement. Par exemple pour l’université et les formations que je fais. On me dit souvent assez abruptement que c’est secondaire et que je pourrais m’en passer. C’est bien mal me connaître et ne pas savoir ce que je vis. Pour moi, quand on me dit ça, considérant mon histoire et mon contexte de vie, c’est aussi violent que si je me permettais de leur dire de se débarrasser d’un de leurs enfants s’ils manquent de temps. Je ne pense pas que beaucoup sont prêts à faire l’effort d’empathie nécessaire afin de comprendre pourquoi et comment ça peut avoir une telle importance pour moi… alors que pour moi ça revient à me dire que je n’ai pas le droit d’avoir la vie personnelle que je veux. Ça soulève plein d’autres choses importantes, mais je suis tannée de parler de ça.
Certaines personnes diront peut-être que je ne devrais pas dire ces choses ici puisque certaines personnes parmi mes collègues peuvent me lire et elles pourraient être fâchées (au lieu de remettre leur comportement inacceptable en question, ce qui serait la base). Honnêtement, considérant ce que je vis déjà, je ne vois pas vraiment ce que ça changerait. Ça fait un moment que j’ai perdu le désir d’être aimée par les personnes avec qui je travaille. Dans toutes les sphères de ma vie et dans tous les emplois que j’ai occupés, j’ai toujours été considérée comme excellente et travaillant fort. Je ne vois pas pourquoi pour eux tout ce que je fais ne vaut rien. Considérant les autres témoignages que j’ai, ça finit par ressembler à de la mauvaise foi.
C’est important pour moi que mon intégrité physique et psychique soient respectées au travail. C’est mon droit. Ce n’est pas le cas. Ça me force donc à réfléchir très sérieusement à mon avenir parce que comment sont les choses maintenant, ça me tue. Je ne sais pas ce qui en sortira, mais je sais que je vais travailler très fort pour moi à partir de maintenant. Je vais continuer à agir respectueusement comme je l’ai toujours fait, mais je vais très certainement chercher à actualiser dans ma vie une situation où je suis mieux vue, respectée et traitée, au moins autant que je le fais pour les autres. Je pense que c’est fondamental. La phrase voulant qu’on ne sache jamais quels combats une personne mène est vraiment une devise pour moi. Je ne pense pas que tellement de gens s’en soucient. Je n’ai pas envie de devenir comme ça et de faire n’importe quoi aux autres sur la base d’un jugement superficiel. Jamais.
Maintenant j’arrête vraiment de parler de ça et je passe à autre chose. Les regrets ne servent à rien. Je dois aller de l’avant.
Bonne semaine!
