La prochaine personne (avec qui je ne suis pas dans un lien de réciprocité d’aide au travail) qui me demande mes notes de cours va se faire répondre de sacrifier les parties de sa vie que je sacrifie et de trouver l’humilité et l’énergie nécessaires pour aller asseoir son cul sur une chaise d’université avec des jeunes de 21 ans pour parfaire ses connaissances. De voyager moins et d’avoir un mode de vie moins bourgeois afin de payer de sa poche pour augmenter la diversité des connaissances disponibles au collège. Voyager moins, passer moins de temps avec sa famille et ses amis, ne pas passer ses soirées à aller voir des spectacles mais plutôt à étudier, moins rénover son logis, ne pas avoir de voiture, boire moins, travailler sans arrêt, incluant les fins de semaines… ça a l’air facile, hein, ce que je fais? Tout ça en plus de toutes les obligations que tout le monde a. Et en plus, la majorité du temps, je ne me plains même pas de ma charge de travail. Qu’ils le fassent. Je les regarde aller maintenant. Ils verront comment c’est facile de ne rien faire comme moi.
Ils diront qu’ils n’ont pas le temps de faire ça… comme si je disposais d’une vie où le temps, l’énergie, les efforts et l’argent m’étaient disponibles en plus grande quantité que les autres et sans efforts ou sacrifice de ma part. La vérité c’est que je choisis de le faire parce que c’est important pour moi et par respect pour les élèves… et les collègues aussi. Il y a différentes façons de contribuer à un department. Oh c’est vrai… je donne des œuvres d’art pour la fondation du collège aussi, mais les heures que je passe à les produire ne compte pas non plus dans mes contributions bien sûr…
C’est sûr qu’il y a des sphères où je m’implique moins, oui. La dernière fois que j’ai essayé de m’impliquer dans un projet, j’ai critiqué un seul mot dont je pensais qu’il risquait de blesser les élèves. J’ai eu droit dans les heures suivantes à la visite de la personne dans mon bureau, personne qui a fait une crise de rage en hurlant et en tremblant que je lui faisais honte et que j’avais détruit son image. Cette personne se promène au travail en disant haut et fort qu’un nouvel employé est trop laid pour être compétent… mais c’est moi, en critiquant un seul mot, qui lui fait honte et qui brise son image. J’ai vécu des expériences semblables dans tous les projets auxquels j’ai participé à cet endroit sauf un. Ces expériences, en plus des autres violences que j’ai vécues au collège, font partie des raisons pour lesquelles j’hésite maintenant vraiment longuement avant de m’impliquer là-bas. Je préfère souvent aider les autres qui me respectent sans avoir besoin d’en faire tout un plat ni qu’on m’applaudisse contrairement à d’autres… Ce sont des choses dont il serait important de tenir compte avant de me juger sauvagement… mais apparemment, ce que je fais n’est rien pour eux.
Durant les deux dernières années, j’ai appris qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui ont une bonne conscience d’elles-mêmes et qui se remettent en question. J’ai aussi vu que je suis la plupart du temps beaucoup plus respectueuse et bienveillante envers les autres qu’ils le sont avec moi. Je vais retenir ces leçons pour l’avenir et agir en conséquence. J’ai aussi appris que peu importe le fait que je n’ai jamais pris de congé de maladie et que j’ai toujours terminé mon travail efficacement et à temps, parce que je suis très disciplinée et que j’ai une très grande capacité de travail, même alors qu’il m’arrivait des choses atroces dans ma vie personnelle alors que d’autres s’écroulent au moindre prétexte, ça ne compte pas. Je vais m’en rappeler et prendre vraiment plus soin de moi à l’avenir.
