Deux ans

Ce matin, j’ai officiellement décidé de me donner deux ans pour faire de très importants changements dans ma vie. C’est une promesse que je me fais. A la base, j’aime mon mode de vie, mais peu importe les efforts que j’investis en thérapie j’ai toujours beaucoup de problèmes avec des êtres humains qui ne semblent pas eux se remettre en question. Il y a beaucoup de choses qui doivent changer.

La première choses que je vais changer, c’est que je vais noter absolument tout ce que je fais et tous les efforts que je fournis au travail et dans ma vie. J’ai passé les dix dernières années à dépanner à mon travail. A sauver le derrière des coordinations précédentes en acceptant de changer de tâche à la dernière minute pour donner des nouveaux cours que je devais monter à la dernière minute parce qu’apparemment aucun de mes collègues n’avait les compétences nécessaires pour donner ce cours ou ne voulait le faire. Pourquoi engagent-ils des personnes incapables de donner les cours existants? Aucune idée. J’ai sauvé la face de collègues plus anciens que moi et qui reçoivent plus de respect et auront leur permanence avant moi à de multiples reprises parce qu’ils s’étaient vus attribuer des cours qu’ils se sentaient incapables de donner et pour lesquels ils ne voulaient pas faire la recherche nécessaire ni se former eux-mêmes et qui finalement donnent mes cours au lieu des leurs. Je me suis endettée pour ne pas perdre ma place dans la liste d’ancienneté. J’ai enseigné des sept heures d’affilée dans deux établissements collégiaux différents pour réussir à arriver et encore une fois ne pas perdre ma place sur la liste d’ancienneté. J’ai continué à me former en parallèle afin de pouvoir donner le plus de cours possible, si bien que je suis une des rares à pouvoir donner à peu près tous les cours du département avec un minimum de préavis à part certains en cinéma qui demandent des connaissances techniques un peu plus poussées que celles que j’ai. J’ai assisté à presque toutes les réunions, sauf celles de la dernière année pour des raisons d’horaire. Je me fais dire que je suis en avance sur mon temps dans ma façon de travailler par des collègues qui font des projets de recherche. J’ai organisé des conférences avec des autrices féministes importantes auxquelles presque aucun collègue ne s’est présenté, mais ces collègues veulent être applaudis quand ils mettent des livres écrits par des femmes au programme, comme si c’était exceptionnel. Je me suis fait voler mon plan de cours à plusieurs reprises par des personnes qui se font féliciter pour leurs bonnes idées originales alors que c’étaient les miennes et que personne n’a jugé bon de m’en donner le mérite. J’ai travaillé à de multiples reprises en souffrant de stress post-traumatique et même cette session d’un burn out en plus de vivre du harcèlement dans ma vie personnelle alors que des personnes prennent des congés de maladie simplement parce qu’ils se séparent et il faut les plaindre en plus et trouver qu’ils font pitié. J’ai été seulement une fois en retard dans les corrections en carrière et c’était la première session où j’ai eu 160 élèves au lieu de 120. Je passe ma vie à faire de la recherche pour être à jour dans les connaissances et les faire avancer. Je publie des articles féministes qui donnent du rayonnement au collège et… mais apparemment je ne fais rien, je ne travaille pas et je ne suis pas intelligente. Je suis restée la bouche ouverte de surprise, de colère et de dégoût quand une personne a posé ce jugement extrêmement superficiel et faux sur moi il y a quelques semaines. Tout ça parce que pour la première fois de ma carrière, j’ai eu de la difficulté avec une tâche qu’on m’avait imposée et dont j’ai fait 95% sans aucun problème.

J’ai aussi à cet emploi enduré des violences de différentes formes qui ont fait dire à plusieurs de mes amis qu’ils se seraient tués si ça leur était arrivé… mais apparement le problème ce ne sont pas les comportements réels mais plutôt ma trop grande sensibilité… alors maintenant… maintenant c’est non. Je comprends que je ne passe pas mon temps à me vanter de tout ce que j’accomplis comme tant d’autres les font, mais j’en accomplis vraiment beaucoup. A partir de maintenant je vais noter tout ce que je fais. Je ne donnerai plus mes cours complets avec des centaines de pages de notes que j’ai montées à la dernière minutes et dont des collègues plus expérimentés me disent qu’elles les font avoir honte des cours qu’ils donnent (sauf aux nouveaux mal pris, parce que ça c’est normal et que je sais ce que c’est être précaire). Je vais aussi noter absolument tous les comportements et remarques relevant de la violence que je vis. Je ne laisserai rien passer. Si les autres n’ont pas d’intégrité intellectuelle, moi j’en ai à revendre. Je ne changerai pas nécessairement de travail, mais je ne me rendrai certainement plus malade et c’est définitivement fini la trop grande modestie, la trop grande gentillesse et la trop grande bienveillance. C’est fini.

Ça me surprend toujours à quel point il y a des humains qui sont prêts à facilement poser des jugements faux et violents au lieu de juste poser des questions. Il me semble que quand on juge une situation ou une personne, la base c’est de tenir compte du plus de facteurs possible. Ce n’est apparemment pas la conviction de tout le monde. Je vais m’ennuyer beaucoup de ma collègue de bureau qui change de collège et qui me disait souvent qu’ils étaient chanceux de m’avoir. Elle, elle les reconnaissait mes compétences et ma valeur.

Ce matin j’ai appris que mon oncle préféré, le seul de qui je n’ai pas subi de violences dans ma famille qui est encore en vie est rentré à l’hôpital d’urgence et qu’il a dû subir quatre pontages et qu’une de ses artères est encore bloquées. Je ne sais pas s’il va être ok. Ça m’a fait très mal. Ça a renforcé ma décision de mieux vivre ma vie et c’est pour ça que je me suis fait cette promesse de changement. Je vais prendre soin de ma vie et de ma carrière, au collège, mais à l’extérieur de celui-ci aussi.

D’ici deux ans j’aurai une meilleure santé mentale et physique, moins de dettes, je serai mieux entourée et je ne sais pas où je serai. Chose certaine, à partir de maintenant, je vais très clairement exiger le respect dans toutes les sphères de ma vie et être plus affirmée, peu importe ce qu’il m’en coûtera.

(Oh… j’allais oublier. Le commentaire vient d’une personne qui enseigne une œuvre à ma suggestion mais qui a toujours fait semblant que c’était son idée… bien sûr)

Bonne journée!

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