J’ai pleuré pas mal ces derniers jours, mais c’est une bonne chose. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles j’ai été si mal si longtemps est que j’étais tellement coincée dans le travail et les obligations que je n’avais aucun espace pour relâcher la pression et vivre vraiment mes émotions. Ça a fait du bien en tout cas. Je me sens plus légère, même si tout n’est pas rose encore.
La semaine dernière j’ai écouté un podcast sur Polytechnique et j’ai dit que j’en reparlerais, alors voilà. L’ensemble est super intéressant et touchant, mais ce qui m’a le plus marquée, ce sont les propos sur la misogynie. La personne qui animait a demandé à une thérapeute si on pouvait vraiment dire que Marc Lépine était un malade. Pas au sens qui nous sort facilement de la bouche quand on voit quelqu’un qui fait quelque chose qui nous semble absurde et irrationnel. Elle voulait savoir s’il était malade au sens clinique, c’est-à-dire si la misogynie était un trouble de santé mentale. La réponse était non.
Ça ne veut pas dire pour autant que la santé mentale des misogynes va bien puisque après tout, il ne faut pas vraiment aller bien pour ressentir le besoin de rabaisser les autres et de les instrumentaliser. De les considérer comme inférieurs à soi, comme devant nous servir et… Elle expliquait le fait de s’accrocher à des idées misogynes comme provenant de la peur d’être seul et de ne pas avoir accès au corps des femmes… alors qu’en fait, ce sont bien souvent ces idées misogynes qui les empêchent d’y accéder et les laisse finir seuls.
Un moment marquant de cette émission, c’est quand ils vont rencontrer un misogyne qui prétend que Marc Lépine est une victime et que ces femmes méritaient de mourir. Ce que le vieux con ne sait pas, c’est que le gars qui co-anime le balado est en fait le cousin d’une des femmes mortes ce jour-là. Quand il finit par le lui dire, le vieux bonhomme et son discours s’effondrent complètement dans nos oreilles. Il se met à bafouiller, ne trouve plus ses mots. Sort l’excuse classique des manipulateurs : « Si tu as trouvé ça blessant je m’excuse ». Comme si le noeud du problème n’était pas dans les mots de cet homme et ses croyances haineuses mais simplement dans le fait d’avoir été blessé. J’avoue que c’était délicieux à entendre, son incapacité de raisonner, malgré la souffrance très présente du pauvre homme dont la cousine est morte.
L’autre moment particulièrement intéressant était la lecture de la lettre de Marc Lépine et d’entendre comment il se percevait lui-même… comme un pauvre homme à qui les féministes ont pourri la vie. On peut être sain d’esprit au sens de capable de comprendre ce qu’on fait et quand même avoir des idées qui relèvent du délire. Ce sont pourtant des idées qu’énormément d’hommes ont sans toujours en être conscients. Ils se voient comme supérieurs, meilleurs, plus intelligents et plus méritants et nous devrions être là pour les servir et ne surtout pas leur faire ombrage… Ce n’est pas toujours conscientisé, non, mais ça se sent à travers leur façon de nous parler, de nous regarder et de nous traiter. Il n’y a aucun doute possible quand on est face à ça, qu’eux-mêmes en soient conscients ou pas. Ils voient le monde à travers ce filtre, alors qu’ils pourraient aussi choisir de voir le monde comme un endroit où tous les êtres humains sont égaux et où, donc, tout le monde a sa chance d’obtenir quelque chose et il faut agir de la meilleure façon pour l’obtenir.
Un homme m’a déjà dit que des femmes l’avaient empêché d’avancer dans sa carrière parce qu’il est un homme blanc hétérosexuel. J’ai failli partir à rire. J’ai aussi failli lui dire que ce n’est pas rassurant d’avoir les mêmes pensées que les masculinistes, dont Marc Lépine. Ça devrait faire partir un signal d’alarme dans son cerveau qui lui dit qu’il est en train d’emprunter une mauvaise voie. Ça ne se produira probablement jamais même si j’espère qu’un jour il s’en apercevra. Ça lui appartient. Je ne lui ai pas dit parce que ça aurait été dangereux pour moi à ce moment là et même si je tiens à mes idées, parfois il est judicieux de préférer ma vie. Je pense que c’est une personne dont ce n’est jamais la faute et qui n’est responsable de rien. Peut-être que s’il avait des idées différentes les femmes seraient heureuses de lui donner plus d’opportunités de carrière… ça vaudrait la peine d’essayer. Tout le monde autour de toi sera automatiquement plus heureux. Y compris moi, oui oui.
J’ai rencontré énormément d’hommes dans ma vie qui avaient ce genre d’idées. Ils ne pensaient qu’à eux et leurs besoins étaient plus importants que les miens. Toujours. Ils me voyaient comme inférieure, comme une femme qui devrait se considérer chanceuse d’avoir leur attention. Ils ne tenaient jamais compte de ma valeur comme personne, même que je dirais qu’ils ne me voyaient même pas comme une personne. Ce sont des personnes incapables d’aimer et c’est normal que j’aie été malheureuse dans ces relations et que je n’aie pas voulu les continuer. Je n’ai jamais rencontré un homme (sur le plan sentimental) qui me voyait comme son égale… en 42 ans. C’est épuisant.
Je dis que ce sont des personnes incapables d’aimer parce que pour moi, aimer, c’est se soucier de l’autre, de comment nos paroles et actions l’affectent, de ne pas l’utiliser, de savoir reconnaître quand on a merdé et d’agir en ce sens tous les jours. L’action est très importante. (Je n’ai jamais vu un homme s’excuser décemment… C’est quand même incroyable! Ils préfèrent penser que ça va juste passer magiquement… C’est parce qu’on leur en a trop laissé passé par dépendance ou soumission, par haine de soi… Alors que c’est quand même la base, s’excuser, quand on a fait du mal à quelqu’un, qu’on l’ait voulu ou pas. C’est une force. Pas une faiblesse.) Si on pense que l’autre nous est inférieur, ce n’est pas possible d’être dans un lien de réciprocité. C’est quoi le problème? Eh bien ça cause des blessures et des problèmes psychologiques chez les deux membres du couple tout simplement. Ce n’est pas tellement difficile à comprendre., il me semble. Si je les traitais comme ils me traitent ils s’enfuiraient en courant.
J’espère qu’un jour j’arriverai à rencontrer un homme qui n’a pas des idées folles. Pas de connerie de femme qui est le boss (en apparence seulement, on le sait ), pas de violence psychologique, pas de violence coercitive, pas de caricatures des femmes et des hommes, pas de mensonges et… quelqu’un d’intelligent et d’honnête, quoi. Parce que pour moi, et pas seulement pour moi, ce ne sont pas des comportements ni des idées intelligents et honnêtes. C’est juste de la marde qui nuit à tout le monde. Quelqu’un qui ne choisira pas d’agir comme un con ou comme un personnage de film d’horreur.
Commencez donc par nous écouter et vraiment essayer de nous comprendre.
Ce matin j’ai vu mon vieux misogyne qui regardait mon affiche de vente de garage avec une moue de dégoût. J’ai trouvé ça con. Mais en même temps je m’en fiche puisque tout le monde à part lui la trouve incroyablement cute. Qu’il continue à mariner dans ses idées haineuses.
Bonne nuit!
