Marie-Hélène et le sang

 Il poignarde sa compagne 
 Et s’endort paisiblement 
Tandis que ses chiens la dévorent

La Nuit Noire – Bérurier Noir

Le monde est une vraie porcherie
Les hommes se comportent comme des porcs

Porcherie – Bérurier Noir

            Ces deux extraits de chansons proviennent d’une époque où il était encore jugé acceptable d’utiliser le mot « homme » pour désigner tous les êtres humains. Une époque où les femmes étaient encore plus que maintenant avalées par l’importance masculine auto-décrétée, cachées derrière elle. Ne faites pas d’erreur, donc… Ne soyez pas dupes. La porcherie dont je parle, elle comprend des hommes et des femmes. C’est celle que vous construisez chaque jour malgré nos efforts. Vous répandez votre cochonnerie de mépris partout.

            Petits attardés, tous des enfoirés. 

            Je parle de vous, oui. Arrêtez de vous cacher! Je vous vois! Je parle de vous, qui refusez de voir la gravité des agressions sexuelles. Je parle de vous, qui refusez d’agir et minimisez l’importance de notre parole. Je parle de vous, mollassons, qui n’agissez pas. Vous êtes libres de choisir votre ignorance. Je n’ai par contre pas à la respecter parce qu’elle vous fait tenir des propos haineux. Vous êtes dangereux. Je n’ai plus de patience pour vous. Je refuse la douceur. Je refuse de vous cajoler.    

            En même temps, cette image de porcherie, elle ne convient pas trop. Les cochons sont gentils et font preuve d’empathie. Pas vous. Vous salopez tout. C’est ce qu’il vous faut retenir. Vous devez changer. Vous êtes archaïques, dépassés, complètement mal informés. Vous ne pouvez plus continuer à exister comme vous êtes. 

« S.O.S. trop d’égoïsme sur terre / S.O.S. pour le droit au respect! »[1]

            Je suis née au début des années 80. Durant mon adolescence, dans les années 90, j’ai écouté Bérurier Noir, comme beaucoup de jeunes révoltés. Je me souviens d’avoir arpenté les rues de Saint-Louis-de-Courville avec mes Rangers 20 trous et mon grand imperméable de cuir noir, mes longs cheveux noirs, mes yeux barbouillés aussi de noir, tristes. J’écoutais La Nuit Noire, Elsa je t’aime et Hélène et le Sang avec un drôle de pressentiment sans trop savoir à quoi m’attendre. Quelque chose me disait que j’aurais à y passer, moi aussi, que j’aurais à traverser la violence qui sourdait dans les paroles et se déversait dans mes oreilles, puis mon cerveau de jeune femme. Je ne sais pas quand je l’ai vraiment su, mais je l’ai su. 

Est-ce que c’était la main de mon deuxième amoureux, me serrant la nuque, immobilisant ma tête sur sa queue, dont j’avais voulu m’éloigner, à 16 ans, qui avait vendu la mèche? Est-ce que c’était plutôt mon troisième amoureux polytoxicomane qui me disait des horreurs en souriant et en me comparant à son ex? Les femmes battues et démembrées à Super Écran, que je regardais souffrir et/ou mourir durant mon adolescence en mangeant des croquettes de poulet Flamingo avec du miel et en buvant du Coke, du vrai? Est-ce que je l’avais su plus tôt? Est-ce que c’étaient les choses que mon père disait à ma mère? Ou les choses que ma mère disait d’elle-même? Étaient-ce les voisins qui se lançaient des pintes de lait en s’insultant? Je ne sais pas. Je sais juste que je l’ai su très vite, que ça n’irait pas. Dès l’enfance, la terreur d’être une femme m’a empli les tripes jusqu’à m’en rendre malade. Elle ne m’a jamais quittée. Les dénonciations récentes n’ont rien fait pour la calmer, cette terreur. 

« Je vis dans la peur / Le noir, les horreurs »[2]

            Déjà en 1984, dans Elsa je t’aime, il était question d’un homme qui tue celle qui semble être son amoureuse. La voix hurlant la phrase titre de la chanson a de quoi terroriser. Se faire crier l’amour. L’amour fondu dans la violence, inséparables. C’est cela qui m’attendrait pas mal toute ma vie. C’était ce que je vivais à la maison. C’était aussi ce que je rencontrerais au dehors. 

« Je n’connais pas l’amour / Car le monde est trop lourd »[3]

Les parents s’inquiétaient, de Bérurier Noir… de la violence des paroles, parce que les parents, comme beaucoup de gens, ne comprennent pas l’ironie du punk. Ils ne comprenaient pas que c’était une dénonciation et non un encouragement à la violence. Ils ne savaient pas que François Guillemot (Fanfan, Fanxoa), il est complètement dégoûté par la violence… et que c’est ce dégoût, cette envie de vomir qui rend les chansons du groupes si glauques, si sales… C’est quand même à cela qu’il ressemble, pour moi, l’amour. Jusqu’ici, ça a été une saleté.

            Elle vient d’où, cette image? 

Était-ce le sculpteur qui m’a rentrée dans un mur à 18 ans en me tenant fermement le poignet parce que j’avais osé le grafigner un peu avec mon ongle brisé pendant que nous nous embrassions? Mon professeur de littérature au cégep qui me disait que mes parents ne m’aimaient pas et que je devrais déménager chez lui et qui a finalement hébergé une autre étudiante qui est devenue sa blonde un temps parce que ça me prenait trop de temps avant de dire oui? Est-ce que c’est l’autre prof de cégep, son collègue, à qui j’ai raconté cette histoire vingt ans plus tard et qui était, en 2019, encore assez attardé sur le plan de la conscience pour me parler seulement de combien mes jupes étaient courtes à l’époque (avec des leggings noirs opaques épais en dessous, on se calme l’obsession, le malade, mais même si j’avais été toute nue ça n’aurait pas rendu tes commentaires plus pertinents…) et qui me demandait sans arrêt si j’avais été amoureuse de lui? J’ai dû dire non quatre fois. Il a ensuite cessé d’être mon ami Facebook… pauvre ego, obsédé par une jeune femme de 19 ans n’existant plus… J’ai perdu ma valeur quand je ne l’ai plus flatté. Puis, je l’ai revu en train de faire semblant de comprendre quelque chose à Martine Delvaux… Il n’a pas très bien lu, on dirait. Est-ce que tu donnes des cours privé, Martine? Je vais payer.  

Petits attardés, tous des enfoirés.

À 15 ans, Fanfan, le chanteur de Bérurier Noir m’a crié des mots dans les oreilles qui répondaient à ce que je commençais déjà à voir et comprendre du monde. Il a dit : « Qu’on leur coupe les couilles, à tous ces violeurs de merde! Allez Hélène! Vengeance! »[4]. J’ai souri. Depuis, j’ai écouté cette chanson en boucle après chaque fois qu’on m’a fait des choses épouvantables. Je l’ai écoutée chaque fois qu’on m’a dit que j’exagérais… que ce qui m’était arrivé n’était pas vraiment grave… que les garçons seraient toujours des garçons et qu’il fallait les pardonner… Je l’ai écoutée à chaque fois que vous avez minimisé la violence qu’on m’a fait vivre. Adolescente, je me suis identifiée à la chanson la première fois que je l’ai entendue à cause du nom de la femme dont ça parle. Malgré l’atrocité du récit fait dans la chanson et la crudité et la violence des parole, elle m’a fait sourire. J’ai souri, parce que j’ai compris que lui, il savait et il osait dire que c’était inadmissible, de violer une femme.

Mais mon expérience m’a montré que ce n’est pas compris par tout le monde… 

            Était-ce le chargé de cours à l’Université qui me harcelait au téléphone et m’appelait pour savoir ce que je portais qui m’a mis la puce à l’oreille? Celui qui faisait venir les étudiantes chez lui et les faisait revêtir les minuscules vêtements de son ex, une danseuse nue, qui était disparue on ne sait où ni pourquoi, en laissant mystérieusement sa garde-robe dans laquelle elle commence son travail chez lui? L’autre chargé de cours à qui j’ai dit non cinq fois et qui me parlait encore de passer du temps ensemble à l’hôtel… que ce serait donc l’fun. Sa pauvre femme… Était-ce le fait d’avoir eu le cœur brisé à nouveau en apprenant que mon ancien meilleur ami qui se prétend féministe essayait de convaincre des petites écrivaines de devenir danseuses… Ça devrait être un choix personnel… mais le libre arbitre est pas mal loin quand c’est une personne que vous admirez et dont vous voulez l’attention qui vous recommande cela… C’est répugnant. Ça n’a rien de féministe de dire aux femmes ce qu’elles devraient être pour qu’on les trouve intéressantes. Est-ce plutôt d’avoir entendu à répétition sans savoir si c’est vrai, que mon ex utilise le pouvoir qu’il a acquis depuis notre séparation pour obtenir des faveurs sexuelles de très jeunes femmes cherchant son approbation? « Prostitution organisée / Putréfaction gerbe et nausée ».[5] Le même ex qui me disait, dix ans après ma première agression, que ça faisait assez longtemps pour que ça ne me fasse plus rien… comme si le temps effaçait et réglait tout. Est-ce plutôt le fait d’apprendre la vérité sur mon ancien collègue, qui m’a seulement harcelée, mais dont je devrais apparemment me compter chanceuse qu’il ne m’ait pas violée parce que c’est ce qu’il a fait à d’autres? C’est une des choses que les dénonciations m’ont apprises… 

            Pourquoi est-ce que vous ne faites rien, vous? Pourquoi est-ce que vous ne voulez pas en entendre parler? 

Petits arriérés, tous des enfoirés…

            Dans Je t’aime Elsa, l’homme dit à la femme, la femme morte là, qu’il l’a tuée pour la garder. La femme comme possession, toujours. La femme comme devant être rendue plus facilement utilisable. J’entends des voix qui me disent que j’exagère… que nous ne nous faisons pas tuer, quand même… là, Marie-Hélène, tu vas trop loin… mais non. Ils tentent de nous tuer de partout, constamment. En nous effaçant. En parlant plus fort que nous même quand ils ont tort ou ignorent ce dont ils parlent. En nous disant comment être, à quoi ressembler. En exigeant notre douceur même sous leurs abus. En nous infantilisant. En nous fourrant inconscientes, surtout. Il s’agit parfois d’une mort psychique, à défaut d’un assassinat physique, mais ça revient au même, hein? Parce que quand on est morte psychiquement ou presque, on ne fait pas grand-chose… tsé… Ou quand on est paralysée par la peur, qu’on souffre de stress post-traumatique chronique… Ça n’a rien de pas grave…  

            Je n’exagère pas, non… mais qu’est-ce qui m’en a convaincue?   

            Était-ce mon agresseur, à 20 ans, alors que j’étais inconsciente? Était-ce le crétin qui traitait son ex de grosse truie en essayant de me saouler pour me fourrer et qui m’a dit après que j’aie refusé ses avances que je serais difficile à aimer parce que j’ai été violée? Était-ce mon autre agresseur à 30 ans qui a pensé que c’était une bonne idée de me rentrer dedans pas de capote pendant que je dormais? Qu’est-ce qu’ils ont ces crétins avec l’inconscience? Qu’est-ce qu’ils ont à ne pas comprendre qu’ils ont un problème… Qu’est-ce que vous avez, vous, à ne pas comprendre que c’est grave, ce qu’ils font? Nous avons pourtant la vedette de l’inconscience pour nous rappeler que c’est un vrai problème. J’aurais pensé que le consensus qui règne au sujet du fait que Jeffrey Dahmer avait réellement un problème de droguer tous ces jeunes hommes avant d’avoir des relations sexuelles avec eux puis de les tuer suffirait, comme démonstration de la sauvagerie à l’œuvre, la vraie. Mais non… On dirait que plusieurs hommes ont trouvé ça excitant, les cons… parce que plusieurs hommes le font, avoir des rapports sexuels avec des femmes inconscientes, ça a été dit, sans arrêt, pendant les dénonciations. 

« Tu es douce comme la mort. Tu es douce, donne-moi ton corps. 

Tu es douce, j’en veux encore. »[6]

Et vous? Vous faites quoi là-dedans? Vous restez amis avec eux. Qu’est-ce qui fait que vous ne comprenez pas que votre ami, il est comme Dahmer, au fond? Il a le même problème. Il est juste rendu un peu moins loin dans sa sauvagerie. C’est maintenant qu’il faut l’arrêter. Pas faire comme si de rien n’était. Du mensonge utilisé pour convaincre d’avoir une relation sexuelle à la pénétration d’une victime inconsciente, c’est toujours la même chose. Il y a contournement de la volonté de la femme qui n’est pas vue dans son humanité. Ce sont des agressions graves. Vous avez besoin de vous réveiller. Vous avez besoin d’avoir le courage de dire non. Vous ne l’avez pas pour le moment et ça m’enrage. 

            Petits attardés, tous des enfoirés.

            Durant les dénonciations, j’ai pu constater que six hommes dénoncés comme agresseurs m’avaient ajoutée comme « amie » Facebook durant les mois précédant le déversement d’accusations de toutes ces femmes. C’était sans compter ceux qui étaient déjà mes amis. Celui qui avait juste demandé des photos nues et envoyé des textos cochons à des femmes sur qui il avait du pouvoir. Celui qui avait profité du fait que je m’étais éloignée du milieu littéraire et que je ne connaissais pas sa réputation pour m’approcher. Figurez-vous que ce même gars m’avait dit que mon violeur était répugnant alors qu’en réalité lui-même violait des femmes comme j’avais été agressée. L’horreur. L’impensable. Aucune gêne. Aucune peur. Je suis heureuse d’avoir refusé ses invitations… Je pense quand même à ses victimes.  

            Pourtant, malgré l’ampleur de ce déversement de dénonciations, ça n’avait rien de nouveau pour moi, ce genre de situation. J’ai appris il y a bien longtemps qu’il faut s’attendre à tout… Mon psy me répète aussi régulièrement que je ne dois pas penser que le problème vient de moi, parce que tous ces hommes dont je viens de vous parler, ils font la même chose à plein d’autres femmes, constamment. Les dénonciations m’ont finalement fait le croire et libérée du reste de culpabilité que je ressentais. Ce sont des agresseurs en série. Aucune de nous n’a à se sentir responsable ni coupable… mais ça, vous ne le voyez pas… Vous refusez de le voir, en fait. Parce que si nous ne sommes pas responsables, cela signifie que nous n’avons rien fait et que même si vous, vous n’avez rien fait, vous pensez bien agir, eh bien, la vérité, c’est que vous êtes en danger. Ces hommes-là, ils peuvent venir pour vous. C’est ça que vous ne voulez pas voir. C’est cela qui se cache derrière votre mépris des agressées. Cela vous pourrirait la vie de vivre avec cette peur. Vous devriez pourtant l’avoir. Vous devriez arrêter de vous voiler la face. 

             Petits attardés, tous des enfoirés.

Je ne suis pas surprise que des personnes soient contre les dénonciations ou n’y croient pas. Je ne suis pas surprise de vous voir vous indigner contre les femmes qui dénoncent. Je ne suis pas surprise de vous entendre sans arrêt dire des imbécilités. Vous pensez que ça vous donne du contrôle sur la situation. Vous vous mentez. Je ne suis pas surprise que vous existiez, vous, les lâches qui êtes en train de me lire. Je ne suis pas surprise, mais je ne comprends pas. Nous devrons entendre encore longtemps le sempiternel refrain disant que la vie des pauvres hommes sera brisée… celles déjà brisées des femmes ne comptant pour rien, encore une fois. Je sais que ce sera encore comme ça, mais je suis de moins en moins apte à comprendre et même à respecter votre choix de ne pas vous informer, de vous vautrer dans l’ignorance au sujet de la violence.  

Petits arriérés, tous des enfoirés…

« Futurs horribles carnages, futurs horribles carnages. »[7]

            Il y a des carnages à venir en effet… comme s’il n’y en avait pas déjà assez eu. Ils seront partiellement de votre faute, si vous ne changez pas. Si, déjà au début des années 80, Bérurier Noir dénonçait les viols et la violence conjugale, que ces jeunes punks que vous méprisez probablement, étaient conscients que c’est inacceptable et qu’il fallait que cela soit arrêté, qu’ils avaient le courage de le crier, qu’est-ce qui fait que vous ne savez pas, vous? Qu’est-ce qui fait que vous restez dans votre peur? Qu’est-ce qui fait que vous vous taisez sauf pour mépriser les femmes agressées? Comment ça se fait que vous existez encore, vous, les personnes qui minimisent les agressions sexuelles? Qu’est-ce qui vous rend si ignorants? Comment faites-vous pour vous enfermer dans le noir? 

« Le noir les horreurs »[8]

Il faut que ce soit volontaire, là… Il n’y pas le choix d’y avoir une part d’ignorance et d’aveuglement volontaires, avec toutes les informations disponibles… Peut-être qu’il y a beaucoup de mauvaises consciences coupables et de peurs irrationnelles aussi. Vous ne voulez pas voir. Vous avez honte. Vous faites semblant de vous indigner. Vous n’agissez pas. Vous tremblez de dire à votre collègue ou votre ami que dorénavant, tant qu’il n’ira pas chercher de l’aide, il ne fera pas partie de votre vie. Ce serait pourtant la moindre des choses. Ça aiderait à vraiment changer le monde, ça. Ça ferait réellement de vous les bonnes personnes que vous vous racontez être. Vous ne le faites pas… parce que c’est trop difficile pour vous d’être inconfortables 5 minutes le jour où vous les croiserez par hasard dans la rue ou à la cafétéria. Ce serait la fin du monde… voyons, Marie-Hélène… tu nous en demandes trop!

« Des marques sur ta peau /  Sous la gorge un couteau / Quatre salopards… /  
Une nuit de cauch’mar »[9]

Est-ce que ce sont les scénarios qu’on a mis trop longtemps en scène qui vous embrouillent? Est-ce que vous pensez encore qu’il faut sauvagement attaquer une femme dans la rue pour que ça compte? C’est trop compliqué pour vous, de comprendre qu’un viol c’est pas mal ordinaire, au sens où ça se passe tout simplement très souvent dans un lit avec quelqu’un qu’on connaissait avant? Vous auriez besoin de nous voir hurler, nous tordre de douleur, nous faire menacer avec une arme, nous faire chier dessus après qu’on nous soit déjà venu dessus, comme si une souillure ne suffisait pas? Est-ce que c’est ça? Est-ce que c’est ce que ça vous prend pour comprendre que vous êtes violents, vous aussi? Que votre silence et le détournement de votre regard vous rendent complices des agressions? C’est quoi dans vos têtes qui ne marche pas, câlisse? 

Petits arriérés, tous des enfoirés…

« S.O.S. assez d’hypocrisie! S.O.S. halte à la barbarie! »[10]

Dans la chanson La Nuit Noire, l’homme s’endort paisiblement après avoir tué sa compagne pendant que ses chiens la dévorent tout simplement parce qu’il sait bien que personne ne viendra pour lui. Bien sûr, son absence de conscience est répugnante… mais il a clairement un problème. Ce qui m’intéresse, c’est pourquoi vous, vous qui assumez ne pas avoir de problème, vous le laissez dormir tranquillement? Pourquoi n’êtes-vous pas tous en train de frapper à sa porte, enragés? Pourquoi pensez-vous que c’est correct de continuer à faire comme si de rien n’était après avoir appris que votre ami viole des femmes en série depuis des années? Vous, qui dites que ce sont juste des affaires que sa blonde dit, mais que c’est quand même votre ami, qu’il a de bons côtés aussi (comme si ça effaçait quoi que ce soit) et… Vous voulez prendre votre petit ami l’agresseur par la main? Vous voulez pouvoir continuer à aller prendre une bière tranquillement avec lui parce que c’est tellement cool quand il parle de musique ou de cinéma et que vous n’en avez rien à câlisser de ce qu’il fait avec les femmes de sa vie? Ce n’est pas de vos affaires? Vous n’êtes pas concernés? Vous pensez que c’est juste des affaires que les filles disent comme ça, pour rien, et qu’il ne faut pas trop y accorder d’attention ou de crédit? Comme si nous n’avions rien de plus intéressant à faire que d’inventer des accusations horribles. Il y a de rares cas de fausses dénonciations, oui… mais ils sont tellement rares que ça n’excuse pas votre lâcheté.  

Petits arriérés, tous des enfoirés…

« S.O.S. pour tous les opprimés ! S.O.S. ne fermons pas les yeux!

S.O.S. oui nous devons faire mieux! »[11]

Tout le monde, incluant moi, rêve que ça ira mieux après chaque vague de dénonciations. J’ai été bombardée de messages de mes amis masculins durant cette période… Certains apeurés que leur nom sorte à tort. Certains voulant savoir quoi faire, comment être un allié. Je ne sais pas trop quoi dire, au fond. Je ne sais pas quoi dire de plus que ce que je dis depuis des années… Et c’est ça qui m’a interpellée dans la version de la chanson Hélène et le Sang dont je parlais au début de ce texte. C’est la version qui vient de Carnaval des agités. La version live, la plus viscérale, la plus colérique, la plus impatiente. C’est l’absence de doute du chanteur, qui m’intéresse. Quand la voix de Fanfan s’élève dans l’espace sans aucun signe du moindre tremblement hésitant et crache, sincèrement enragée : « Qu’on leur coupe les couilles, à tous ces violeurs de merde! », je souris. C’est ça qui m’intéresse. Pas la violence du propos, mais sa détermination, sa colère. C’est la première personne qui m’a fait comprendre que le viol était toujours inacceptable. Je l’ai cru et je n’ai jamais oublié. 

Je ne suggère pas qu’on leur coupe les couilles, aux violeurs, même si parfois la castration chimique semblerait quand même indiquée. Fanfan était lui-même très jeune lorsqu’il a prononcé ces mots, mais malgré sa jeunesse, il était capable d’être là, complètement, pour les femmes. Il le dit à Hélène : « Tu peux compter sur moi »[12]. Elle est bien rare, cette solidarité envers les personnes ayant été agressées. Il y en a peu à peu un peu plus. La suggestion de leur couper les couilles, aux violeurs, c’est quelque chose qu’il dit avant la chanson, donc quelque chose qui n’est pas prévu dans l’œuvre. Je me plais à croire que son dégoût des agresseurs est tel qu’il l’a fait sortir de lui-même, de ses valeurs, pour le placer à nos côtés, disant des mots violents à son tour, parce que pour lui il faut que ça cesse. C’est parfaitement clair. Il y a aussi quelque chose de désespéré dans cette phrase. Quelque chose qui nous dit que lui, un homme, ne pense pas que ces hommes, les agresseurs, peuvent changer. Je ne suis pas certaine de cette impossibilité de changement, mais je suis avec lui dans la certitude que la violence sexuelle doit cesser… et qu’il faut le crier tant que cela sera nécessaire. 

Ce qui m’intrigue vraiment, c’est pourquoi le refus de cela n’est toujours pas total pour tout le monde. C’est un fait. Le refus des viols et des agressions sexuelles, n’est pas clair pour tout le monde. Pourquoi est-ce qu’il y a encore tant de personnes qui branlent dans le manche par rapport à ça? Pourquoi vous, vous êtes encore mous? Pourquoi avez-vous peur de vous décider et de vous affirmer? Il y a des personnes parmi vous que ça excite. Il y a des personnes parmi vous qui ont envie d’essayer et qui pensent pouvoir s’en tirer. Il y a des hommes qui ne savent même pas ce que c’est que la violence sexuelle et qui pensent qu’ils peuvent juste enfoncer leur pénis où bon leur semble quand bon leur semble sans demander et que ce n’est pas une agression. Ou leurs doigts… Parfois, c’est juste leurs doigts… juste ça oui… Il y a plusieurs hommes qui pensent que c’est une bonne idée de masturber ou pénétrer des femmes inconscientes. Je ne comprends pas. Ça me hante vraiment. Il y a aussi des femmes qui pensent que c’est correct qu’on les traite comme ça… ça me hante encore plus. 

Il me semble que le désir, c’est supposé être tourné vers l’idée du plaisir de l’autre aussi. Un peu, au moins, en tout cas… Vous allez me dire après que les femmes ne sont pas traitées comme des objets? Je ne comprends pas. Quand j’essaie d’imaginer, la scène qui me vient dans la tête est à la fois horrifiante et cocasse. J’imagine la fille inerte. J’imagine le pauvre cave qui s’excite tout seul à lui gossailler entre les jambes. J’imagine ça et je n’en reviens pas. J’essaie de l’incarner, dans ma chambre. Je m’agenouille sur mon lit. Je dis des cochonneries à mon oreiller qui ne réagit pas plus qu’une femme inconsciente. Je fais le mouvement du bras comme s’il y avait une pauvre fille inerte couchée devant moi. Je fais un genre de mouvement du bassin de gars qui se croit pour que ce soit plus réaliste. Je me sens pathétique. Je pense aux hommes qui font ça… et qui écartent ensuite une peu plus les jambes pour s’enfoncer dans ces femmes par une autre extrémité. J’ai un haut le cœur. J’abandonne. Je frissonne de dégoût, mais je ne devrais pas parce que ça va probablement les exciter aussi… ou exciter votre mépris. Vous ne pourrez jamais dire que je n’ai pas essayé de me mettre à la place des agresseurs, de les comprendre… mais c’est ridicule. Je les trouve ridicules et répugnants. Je vous trouve aussi, ridicules et déprimants. 

C’est possible que je me fasse agresser, là, juste pour avoir écrit ça… Quelqu’un va vouloir me montrer que non, ce n’est pas ridicule et qu’il est très puissant. C’est possible. Tout à fait. Je ne cèderai pas à la peur ensuite pour autant. Je ne l’ai jamais fait, même si elle m’a parfois ralentie. Je continuerai à vivre, après, et j’en parlerai, de ce qui m’est arrivé. J’en ai toujours parlé, moi, de ce qui m’était arrivé. Je n’ai rien caché. Jamais. J’en ai toujours parlé à tout le monde. J’ai vu les autres s’éloigner. Je suis restée seule. J’ai continué quand même. Je le savais que c’était mal. Je le savais, que c’était inacceptable. Un petit punk que j’aimais me l’avait dit. Je ne vais pas arrêter maintenant que les autres commencent à en parler. Je ne me tairai jamais. J’espère que c’est clair. Je ne suis pas la seule. De plus en plus de personnes parlent, dénoncent. Vous n’avez pas le droit d’être en colère que nous parlions. Jamais. Si un homme met son pénis de force dans quelqu’un, c’est parfaitement normal que tout le monde en parle. Il a automatiquement perdu son droit à la discrétion s’il a choisi d’être un danger public. Pourquoi vous ne le comprenez pas, vous, que c’est inadmissible? Pourquoi vous ne contribuez pas à les arrêter? Ça vous rend inconfortables? Pauvre vous!   

            Petits arriérés, tous des enfoirés. 

            Fils de… Fils d’enfoiré. Pas de pute, non… Parce qu’une pute serait déjà au courant de la panoplie de dégueulasseries humaines qui existent et aurait peut-être au moins essayé de faire de son fils un homme décent… ou pas… selon la biographie de certains meurtriers… Peut-être qu’on lui aurait lavé le cerveau incessamment et qu’on l’aurait violentée jusqu’au point où elle penserait que tout ce massacre des femmes est inévitable et qui valait mieux s’y abandonner parce que c’était normal qu’il en soit ainsi et en profiter pour essayer de tirer le plus de plaisir qu’elle pouvait… Comme cette dominatrice que j’ai rencontrée en faisant de l’aquaforme et recroisée ensuite à la pharmacie où alors que j’allais acheter une crème que j’aimais, elle s’est empressée de me dire que les hommes n’aimaient pas cette odeur là… comme si ça devait déterminer mon choix. Elle m’a mesquinement dit de faire à ma tête quand je ne l’ai pas reposée sur la tablette, comme si je faisais quelque chose de mal en ne me soumettant pas à sa perception du désir masculin et de son importance dans la gestion de ma vie. Vous vous en fichez, d’elle, hein? Eh bien elle est morte, la dominatrice, quelques temps plus tard. Elle est morte du VIH parce qu’un client contaminé a décidé que la payer pour ses services ne suffisait pas. Il était nécessaire, dans sa tête de malade, de la sortir de sa position de domination, de la violer, de la contaminer volontairement, de la tuer, finalement. Ça vous rend mal à l’aise? Tant mieux! Cette pauvre jeune femme… Elle n’aura jamais pensé pour elle… Elle avait fait l’erreur de croire le mensonge qu’on nous raconte sans arrêt, celui dans lequel le sexe donnerait un pouvoir réel aux femmes… Quand on connaît la très grande stabilité des érections dans le cours d’une vie, on se rend compte assez rapidement d’à quel point il s’agit d’un pouvoir fragile et superficiel de merde qui est encore une fois balisé par les hommes… puisqu’il faudrait correspondre à ce qu’ils veulent pour avoir du pouvoir sur eux… mais le fait de se conformer à leur désir montre en fait clairement qui a le pouvoir encore une fois.  

« Et je pense aux massacres / Que personne ne condamne »[13]

Je pense à toutes les femmes réduites à exister pour les hommes. Je pense aux gars qui regardent mon corps comme s’il était dégoûtant peu importe à quel point eux-mêmes sont laids et répugnants. Leur corps n’a pas d’importance, lui, alors que les femmes sont réduites à leur corps, toujours. Comme cette jeune écrivaine, morte du cancer du cerveau et qui était doublement en souffrance parce qu’elle avait cru cette société qui lui avait dit que le plus important dans la vie était que son corps soit sexy et qui, par la suite, se désespérait de le voir changer et ne plus correspondre à la définition sociale superficielle de ce qui est sexy parce qu’il devenait malade, mourant. Donnez-moi un monde où les changements du corps n’ont aucune pertinence lors d’une lutte contre une maladie grave comme le cancer, où ils n’ont aucune importance simplement dans le vieillissement. Ayez assez d’amour et d’intelligence pour cela. Ce serait la moindre des choses. 

« Il faut vous réveiller / Ou bien continuer / À [nous] massacrer / Avec brutalité »[14]

             Il ne m’en reste plus beaucoup de cœur ni d’amour, maintenant. Les violents m’ont juste pris tous les morceaux. «Je suis mal dans ma peau / Car le monde n’est pas beau. »[15] Après, j’irai à un rendez-vous galant, faisant un effort pour dépasser mes peurs. Quand j’aurai l’air hésitante, le gars me dira que je pense que tous les hommes sont des salauds et que je suis négative… Il me dira que j’ai peur pour rien et suggèrera que j’ai un problème en me parlant comme si j’étais une imbécile et que c’était normal de me parler comme ça. Il pensera qu’il sait mieux que moi de quoi il parle, sans avoir aucune idée de tout ce au travers de quoi j’ai vécu avant de me retrouver là, en face de lui, dégoûtée par son comportement idiot et intolérant après avoir pourtant fait beaucoup d’efforts pour le connaître. Je rentrerai chez moi seule, avec l’impression d’être en faute, même si de nous deux, je serai restée la plus fidèle à l’expérience du monde que j’ai… et je ne sais pas comment je pourrais en avoir une différente.  

            Quand j’avais 11 ans, j’ai vu un jeune homme de 15 ans rentrer son pénis dans un trou qu’il avait fait dans une planche de bois. Il avait mis un peu de tissus autour, pour que ce soit plus confortable. Ça l’excitait. J’ai vécu tout ce que je vous ai raconté, mais bien plus en fait… infiniment plus. J’ai aussi lu sur Ted Bundy fourrant des femmes mortes et se pensant le King des kings des tueurs en séries. C’est pas mal dur, contrôler une femme morte… J’ai entendu Edmund Kemper parler tendrement de quand il dormait sagement avec les têtes de ses victimes après avoir eu des relations sexuelles avec elles (les têtes). C’était ça, pour lui, l’intimité. C’est apparemment ça pour trop d’hommes malheureusement. C’est ça que les dénonciations m’ont confirmé, que beaucoup d’hommes n’aiment pas ça, l’altérité, qu’ils ne peuvent pas la supporter. Il leur faut la détruire.  

Des pénis grouillants un peu partout et s’infiltrant subrepticement dans une atmosphère aussi glauque que les chansons de Bérurier Noir, c’est l’impression que ça me laisse, vivre, après les dénonciations. Il y a juste les insectes et les rats qui s’infiltrent comme ça dans n’importe quel orifice… La vermine, les indésirables… Ok… peut-être les que les opossums aussi vont s’enfoncer dans n’importe quel trou noir, mais ils ne sont pas beaucoup plus attrayants. J’aimerais penser autre chose de vous, chers mollassons qui minimisez les agressions, mais il vous faudra agir différemment longtemps pour que ça change. Il vous faudra arrêter de vous enfoncer la tête en souriant dans un trou noir pour ne pas voir l’ampleur du carnage de femmes qui est à l’œuvre. Je suis méchante avec vous, oui. Je vous secoue un peu, oui, mais vous n’avez pas droit à la gentillesse. Vous avez perdu ce droit il y a très longtemps. Salauds. Salopes.

            Petits arriérés, tous des enfoirés.

            Et vous nous regardez calmement nous déchirer sur les mots. Victime, survivor, guerrière… Sans nous apercevoir que la question et le problème ne sont absolument pas là. Ces mots-là, ils sont toujours liés aux autres… à ce que les autres vont penser de nous parce que nous avons été agressées. Il est là le problème. Dans la connerie de conception des agressions que vous avez. Dans l’essence même. Nous confondons tout. Le problème est dans la tête des autres… dans la vôtre entre autres… pas tant dans les mots. Mais encore là, ce n’est pas assez précis. Je veux dire que le problème n’est pas dans les mots qui sont utilisés pour nous désigner. Le problème est dans tous ces gens terrorisés, vous, qui ont peur que ça leur arrive. Alors au lieu d’avoir de l’empathie, il nous crache dessus dans leur lâcheté infinie, alors que comme dans la chanson, nous devrions être « Tous unis contre le viol! »[16]. Comment ça se fait, qu’on hésite encore à parler de culture du viol? Parce que vous choisissez la peur et l’ignorance. Ça m’enrage. 

« Ma conscience est hantée / De fillettes brûlées / Je m’adresse à tous / 

Vous n’êtes que des chiens mous »[17]

Nous devrions vivre dans une société où aucune femme ne peut même imaginer qu’elle soit faible du fait d’être affectée par un viol. Une société où ce niaisage sur les mots n’a absolument aucune raison d’être. Une société où l’on comprend que la violence sexuelle n’a absolument rien de personnel. Qu’elle est systémique, tout comme le racisme, et qu’elle est solidement encrassée dans tellement trop de cerveaux que ça m’en donne la nausée plusieurs fois par semaine, voire par jour. Une société qui sait qu’une personne n’est pas plus responsable d’une agression sexuelle que du fait de se faire tirer dans une jambe parce qu’elle est entrée dans un dépanneur au moment où un cambriolage avait lieu. Je ne veux rien savoir de vous, si vous ne comprenez pas ça. Pour moi, vous n’êtes pas autorisés à être amis avec des prédateurs, peu importe les mensonges que vous vous racontez.   

Je n’ai pas besoin de vous, les arriérés. Personne n’a besoin de vous en fait. Nous préférerions que vous disparaissiez. Vous n’êtes pas obligés de mourir. Vous pouvez vous faire soigner et changer. Vous pouvez vous trouver du courage. Vous ne me faites plus peur, quoi qu’il en soit. Vous m’effrayiez, avant, avec vos petites phrases mesquines… mais c’est terminé. J’arrive à 40 ans et j’ai traversé votre violence sans arrêt, toute ma vie, en plus de celle des agresseurs. Ne me cassez pas les oreilles avec le fait qu’il existe des hommes bons. Ils ne savent déjà, ces hommes décents, que je ne parle pas d’eux. Ils sont mes amis, ils sont ceux dont j’ai cité les chansons ici, ils sont tous les autres anonymes qui respectent les femmes. Je préfèrerais rester seule toute ma vie plutôt que d’avoir un quelconque lien avec vous, vous qui excusez les agresseurs, les abuseurs, les manipulateurs, les menteurs, les misogynes, les condescendants, les violents, les violeurs… Je n’aurai jamais besoin de vous. C’est vous qui avez besoin de quelqu’un. Vous avez besoin d’aide. Vous avez besoin d’apprendre à vous respecter et à respecter les autres. Vous avez besoin d’apprendre à vous engager. 

Je vois l’amoncellement de ces esprits et de ces corps meurtris, parfois morts. Ces femmes blessées par la haine et le mal-être des autres. Je vois l’indifférence généralisée devant leur souffrance. « Tes victimes violées / Je me fais un café »[18]. C’est vous, ça… vous, qui menez votre vie comme si rien ne se passait. Je vois que vous les ridiculisez, ces femmes, vous les culpabilisez, vous leur crachez dessus parce qu’elles brisent la vie de ces pauvres hommes… Alors qu’en fait, ils l’ont brisée eux-mêmes, leur vie, les crétins. Je vois qu’on a fait vivre les femmes dans la peur depuis trop longtemps. Je vois que nous n’en pouvons plus. C’est fini maintenant. Je respire à nouveau quand je vois qu’enfin, les autres femmes parlent. Nous avons toujours été quelques-unes, mais les mouvements sociaux de dénonciations des dernières années me donnent de l’espoir. Cela me fait comprendre que Fanfan avait raison lorsqu’il me disait, quand j’avais 15 ans : « Ta rage n’est pas perdue! »[19]

Marie-Hélène Charron-Cabana


[1] BÉRURIER NOIR, « S.O.S », Abracadaboum, Bondage Records, 1987.

[2] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[3] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[4] BÉRURIER NOIR, « Hélène et le Sang », Carnaval des agités, Last Call Records, 1995 (version originale 1985).

[5] BÉRURIER NOIR, « Porcherie », Concerto pour détraqués, Bondage Records, 1985.

[6] BÉRURIER NOIR, « Elsa je t’aime », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[7] BÉRURIER NOIR, « Bûcherons », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[8] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[9] BÉRURIER NOIR, « Hélène et le Sang », Carnaval des agités, Last Call Records, 1995 (version originale 1985).

[10] BÉRURIER NOIR, « S.O.S », Abracadaboum, Bondage Records, 1987.

[11] BÉRURIER NOIR, « S.O.S », Abracadaboum, Bondage Records, 1987.

[12] BÉRURIER NOIR, « Hélène et le Sang », Carnaval des agités, Last Call Records, 1995 (version originale 1985).

[13] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[14] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[15] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[16] BÉRURIER NOIR, « Hélène et le Sang », Carnaval des agités, Last Call Records, 1995 (version originale 1985).

[17] BÉRURIER NOIR, « Noir les horreurs », Macadam Massacre, Rock Radicals Records, 1984.

[18] BÉRURIER NOIR, « Le Renard », Concerto pour détraqués, Bondage Records, 1985.

[19] BÉRURIER NOIR, « Le Renard », Concerto pour détraqués, Bondage Records, 1985.

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