Le temps des fêtes (partie 2)

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            Le temps des fêtes est enfin terminé ! Quel bonheur ! Même si j’ai réussi à échapper à la majorité des fêtes cette année, je ne veux quand même plus entendre parler de quelque party que ce soit d’ici très longtemps. La piscine retrouvera enfin son horaire normal lundi, ce qui me permettra enfin de redevenir moi-même. J’ai quand même mangé un peu de chocolat de Noël, j’avoue… Donc tout n’était pas complètement horrible.

            Dans le dernier billet, j’avais commencé à parler d’un livre intitulé Lost Connections : uncovering the real causes of depression – and the unexpected solutions. Le titre dit exactement ce que le livre contient, soit l’idée que nous avons perdu des liens, ou des liens brisés (plusieurs traductions fonctionnent dans la mesure où il joue avec le sens des mots volontairement) avec nous-mêmes et les autres. Il propose aussi des façons de se reconnecter afin de ne pas souffrir de dépression. Ce texte est davantage une réflexion que le livre m’a inspirée sur ma vie qu’un résumé, mais il contient néanmoins quelques idées importantes du livre.

            Une des premières choses à faire, selon Johann Hari, l’auteur, pour ne pas être déprimé, voire souffrir de dépression, est d’avoir des valeurs importantes à nos yeux et les respecter dans notre vie. Ça c’est un élément qui me parle beaucoup. J’ai l’impression de ne pas vraiment vivre en fonction de qui je suis ni de mes valeurs depuis un certain temps maintenant. Par contre, je n’en ai pris vraiment conscience qu’assez récemment. Une sorte de flash, de surgissement d’images d’une autre vie qui sont apparues dans mon cerveau. C’est quelque chose de difficile à penser et expliquer pour moi, dans la mesure où extérieurement, je ne semble pas vraiment vivre en contradiction avec mes valeurs. Ce sera à explorer durant les prochaines semaines.

            Je peux quand même déjà donner l’exemple du travail. J’ai un travail qui fait du sens pour moi et qui est important à mes yeux, ce qui est un autre des éléments à aménager dans sa vie afin d’éviter la dépression ou d’en sortir. J’enseigne la littérature. C’est une des choses que j’ai voulu faire depuis le plus loin que je me souvienne. Il reste qu’il y a des problèmes avec ce travail et que ces problèmes me grugent la santé mentale et physique. Il y a eu les histoires de harcèlement, dont j’ai déjà parlé et qui semblent heureusement réglées. Il y a aussi le fait que j’ai beaucoup trop travaillé ces dernières années, mes charges d’enseignement étant beaucoup plus lourdes que la normale quand  j’en avais. Il y a aussi cette histoire de précarité. Même si j’enseigne depuis 12 ans maintenant, dont sept ans au même endroit, j’ai encore un emploi précaire. Je ne sais pas si je travaillerai cet hiver. Je ne sais pas si la liste se rendra jusqu’à moi. C’est quand même aberrant quand on y pense… Avoir étudié autant, être plus diplômée qu’à peu près tout le monde que je connais (sauf quelques exceptions comme mon amie B.), être compétente, avoir de l’expérience et être encore coincée dans ce système de merde à ne jamais savoir si je vais travailler ou pas. J’ai continué à le faire par passion, mais ça épuise. Ça me fait me sentir sous-estimée. Ça me donne l’impression qu’on se moque de moi. Qu’on abuse de moi, même. Je dois vraiment décider ce que je veux faire de ce côté, parce que je ne sais pas quand la précarité finira. Je dois aussi trouver quelque chose, si je décide de partir, puisque ce n’est pas si facile non plus, trouver un bon emploi, ici ou ailleurs… J’imagine que ça c’est une bonne nouvelle, par contre : il n’y a pas tant qui me retient ici.

            Cette absence de sécurité d’emploi rejoint une autre idée présente dans le livre qui dit qu’il n’est pas facile de ne pas souffrir de dépression si on a l’impression qu’on n’a pas de futur et que pour sortir de l’état dépressif, il faut restaurer cela, la possibilité d’un futur. Jusqu’à il n’y a pas très longtemps, c’est quelque chose à quoi je ne pensais jamais. Je n’ai jamais vécu ma vie en prévision de… Ça n’a pas trop mal tourné dans l’ensemble, jusqu’à ce que je me retrouve dans ce cercle vicieux du travail en fait. Là, ça s’est mis à moins bien aller. Étrangement, pendant que je rédigeais mon doctorat, j’étais absolument incapable de me projeter dans l’avenir et d’imaginer ce que je ferais après. J’avais un peu l’impression que j’allais mourir, que ma vie s’arrêterait là, le jour où je déposerais ma thèse. Même imaginer la soutenance était impensable. Bien sûr, je ne suis pas morte quand j’ai terminé mon doctorat, mais je ne suis pas contre toujours pas certaine de m’en être remise. Cette histoire implique aussi que je ne me suis jamais posé de questions au sujet de ce que je voulais vraiment faire dans la vie, ni de comment j’allais arriver à vivre avec des études en littérature. J’avais l’impression d’un grand vide devant moi, mais je ne peux pas dire que ça m’effrayait tellement.

            Quand j’ai trouvé l’emploi au collège, j’ai eu l’impression que j’avais trouvé une forme de sécurité, que j’étais arrivée à quelque part. Personne ne m’a jamais parlé de cette possibilité de ne pas avoir de travail tout le temps, avant qu’elle ne se produise un an et demi après mon embauche. Je ne suis pas quelqu’un qui est beaucoup « à l’argent » ni qui a un besoin de sécurité excessif… Je n’en ai juste jamais eu, de la sécurité. Je n’étais pas en sécurité chez moi enfant, ni après dans la majorité de ma vie. C’est ce que l’université avait été pour moi, une sorte de refuge quand j’étais partie de la maison. Ce que les autres trouvaient stressants, les examens, les échéances, les résultats, c’était pour moi réconfortant parce que ça, c’était quelque chose sur quoi j’avais de l’emprise… mais maintenant, je manque de sécurité sur plusieurs plans et ça finit par être lourd.

            Je suis ce qu’on appelle une enfant parentifiée, ce qui rejoint un autre aspect abordé dans le livre qui consiste dans le fait de reconnaître et dépasser les traumatismes d’enfance… J’en ai vécu plus que ce que je vais raconter ici, mais je n’ai pas fini de les dépasser, ça c’est sûr, même si j’y travaille ardemment. Ça veut dire que c’était moi, le parent de mes parents. La mère de mon père instable, la mère de ma mère persuadée qu’elle ne peut rien faire, la personne plus responsable que responsable qui sait toujours tout et comment régler tous les problèmes et qui ne se plaint jamais…  qui endure tout trop longtemps… Je fais ça un peu encore, je pense, prendre soin des gens. C’est dur de se débarrasser du réflexe quand on a grandi à penser que pour obtenir des miettes d’amour, il fallait se donner sans compter. Et c’est ça que les gens font en général : ils sont dans ma vie tant que je prends soin d’eux. L’inverse n’est cependant pas toujours vrai par contre. Les autres prennent rarement soin de moi. Ils assument souvent que je n’ai besoin de rien, je ne sais pas pourquoi… ou que tout est facile pour moi… Je ne sais pas pourquoi non plus, puisque je ne cache plus vraiment les difficultés que j’ai depuis que j’ai commencé ma thérapie il y a plusieurs années maintenant. Peut-être aussi que les autres n’écoutent pas, parce qu’ils sont trop occupés à penser à eux.

            Ça commence à changer… un peu en tout cas… Durant les dernières années, j’ai mis à la porte de ma vie toutes les personnes qui me faisaient du mal, qui assumaient que je me plaignais pour rien quand je parlais d’une difficulté, qui me disaient des choses blessantes, qui étaient hypocrites, qui préféraient penser du mal de moi plutôt que de poser des questions, qui riaient de ce que j’aimais et de ce que je faisais ou de moi tout court…  Ces personnes ont été mises à la porte de ma vie. Ça a fait beaucoup de bien, mais c’est un peu difficile de se faire de nouveaux amis et de reconstruire une communauté. C’est aussi difficile de se faire une autre famille. Tisser des liens avec les autres et faire partie d’une communauté sont d’autres façons de ne pas sombrer dans la dépression. Il me semble donc important de le faire. Et j’ai commencé à le faire, oui et mes nouveaux amis me semblent plus gentils et aimants que ceux d’avant. J’essaie aussi de garder de bons liens avec mes très anciens amis, même s’ils sont dans une autre ville. Tout cela progresse, mais il reste des difficultés.

            En plus de savoir que le fait d’être neuro-atypique rend les relations interpersonnelles un peu plus difficiles pour moi, j’ai sondé un peu autour pour savoir quelle perception les autres   avaient. Les réponses qui reviennent le plus souvent, c’est que j’ai l’air de n’avoir besoin de personne pour être heureuse et que je suis intimidante parce que je fais trop de choses et j’ai l’air de les faire facilement… Ces deux choses ne sont pas vraies, mais il se peut que ce soit effectivement l’image que je projette. C’est possible qu’après avoir vécu plusieurs traumatismes, je me sois un peu refermée en plus d’être introvertie à la base. Trouver quelque chose difficile ou avoir besoin d’aide étaient des choses inadmissibles chez moi… même être fatiguée l’était. J’ai probablement aussi pris l’habitude de cacher ce que je vis sans m’en rendre compte, par réflexe, même si j’ai l’impression d’en parler. Je dois réfléchir à cela et trouver des façons d’être plus vulnérable… Ce sera un peu difficile, je crois.

            J’ai aussi lu beaucoup sur la solitude récemment et je ne suis pas du tout satisfaite de ce que j’ai lu. Cela manquait beaucoup de précisions et de distinctions… Peut-être que c’est parce que la solitude n’est pas tant étudiée… Je ne sais pas. Je vais continuer mes recherches. Je vais aussi dresser des listes et essayer de réparer ou modifier les parties de ma vie qui doivent l’être pour que je puisse être plus cohérente avec moi-même et vivre ce que j’ai envie de vivre. Me donner le droit de créer a été déjà une étape importante bénéfique. Il faut continuer et le faire plus.

            Il y a bien d’autres choses dans le livre… mais vous le lirez, j’ai assez aidé pour le moment… donc congé. Bonne fin de semaine !

 

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